Politique européenne / Allemagne / Angela Merkel / Récession
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Allemagne / Angela Merkel / Récession
Le risque d'une récession allemande va-t-il pousser Merkel vers la sortie dès l'automne ?
La faiblesse de l'économie allemande a fait l'objet de nombreuses discussions ce week-end à Washington, lors des rencontres du FMI, de la Banque Mondiale et du G20, à laquelle la plupart des ministres des Finances ou chefs d'États des pays développés participaient. Il faut dire que le gouvernement allemand, tout comme les principales institutions internationales, n'ont cessé de revoir leurs prévisions de croissance à la baisse depuis la fin de l'an dernier, au point que la France devrait pour une fois surperformer sa grande rivale outre-Rhin en 2019. Il y a quelques mois encore, le gouvernement fédéral prévoyait une hausse de son PIB de 1,8 % pour 2019, avant de revoir ce chiffre à hauteur de 1 % début janvier. Le FMI s'est montré encore plus pessimiste la semaine dernière dans ses prévisions de croissance mondiale, et anticipe de son côté une hausse de 0,8 % pour cette année. Et selon les informations du Handelsblatt, les autorités du pays devraient annoncer dans les prochains jours un chiffre de 0,5 % seulement… "la tendance est très claire : les choses sont en train de se détériorer en Allemagne. Mais la question que beaucoup se sont posée à Washington est : quelles sont les raisons de ce ralentissement ?"
Deux versions pour expliquer ce coup de mou outre-Rhin. La réponse allemande : le ralentissement est temporaire, lié à son secteur industriel. Les constructeurs allemands ont particulièrement souffert de la mise en place de nouvelles normes automobiles à l'automne dernier, qu'ils ont mal anticipées. Or l'industrie représente plus de 20 % du PIB allemand. Tout ralentissement dans le secteur pénalise donc directement la croissance du pays, qui a d'ailleurs reculé de 0,3 % au T3 2018 et a stagné sur les trois derniers mois de l'an dernier. Mais le ministre des Finances allemand Olaf Scholz estime qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour la croissance de son pays, comme il l'a répété ce week-end à Washington : "nous avons de la croissance en Allemagne et rien qui ne ressemble à une récession traditionnelle", s'est-il défendu face aux inquiétudes du FMI et des autres puissances de la zone euro, dont la France. Principal argument du ministre, la force du marché du travail allemand : "s'il y avait 500.000 ou 1 million de personnes très qualifiées qui frappaient à la bonne porte en Allemagne, elles trouveraient du travail. Telle est la véritable situation de notre pays".
Un argument que la France ne semble pas partager : ce week-end, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a plaidé pour que les principaux États de la zone euro mettent en place des politiques fiscales plus agressives, afin de se prémunir contre un risque de récession. "Nous avons déjà une stratégie financière très expansive, dont un programme de dépenses sociales et d'infrastructures important" a rétorqué Olaf Scholz par interview interposée. De même le FMI souhaite-t-il que l'Allemagne mette davantage à profit de l'Europe son excédent budgétaire. "Nous continuons à croire que l'Allemagne devrait augmenter ses dépenses ou réduire ses impôts pour stimuler la croissance ", a déclaré Poul Thomsen, directeur du FMI Europe ce week-end.
Car l'Allemagne est bien la seule à se montrer aussi optimistes à propos de son économie. Les chiffres de la production industrielle depuis le début de l'année continuent d'être décevants. Ainsi, la production manufacturière allemande a de nouveau reculé de 0,4 % en février, soit un plus bas de trois mois. "Il y a encore très peu de signes qui prouveraient un redémarrage du secteur automobile", explique Jack Allen, économiste chez Capital Economics. "Selon nous, la production devrait continuer d'être peu dynamique dans les prochains mois, notamment parce que les carnets de commandes sont en baisse (-4,2 % en février), dans un contexte de ralentissement du commerce mondial et de l'économie", poursuit l'économiste.
Le point fort de l'économie allemande, à savoir son modèle exportateur, pourrait effectivement s'avérer être en fait une faiblesse, si Donald Trump décide d'appliquer des hausses de tarifs douaniers aux produits européens, et alors que la guerre entre la Chine et les USA l'an dernier a largement pesé sur les ventes à l'étranger du pays ; car les exportations du pays représentent 44 % de son PIB, le plaçant en troisième position des exportateurs mondiaux, selon le classement de l'OMC, contre la 7e place seulement pour la France. L'ouverture de l'économie allemande la rend bien plus vulnérable aux chocs extérieurs que la France, comme l'a montré l'effondrement de son PIB au moment de la crise de 2008.
Cette détérioration de la conjoncture allemande pourrait bien faire tomber la fragile coalition au pouvoir, alors que d'importantes élections régionales se profilent cet automne (en Saxe, dans le Brandebourg et en Thuringe). Trois länder de l'Est où la chancelière est très critiquée et ou les partis écologique et d'extrême droite (AfD) risquent de remporter beaucoup de voix. Selon Kai Franke, CIO de la banque privée d'Oddo, le gouvernement Merkel est d'ailleurs si préoccupé de ces échéances, qu'il a concentré sa politique sur une stratégie économique de court terme, misant sur des dépenses sociales, plutôt que de relancer son industrie, en perte de vitesse. Selon le CIO, le site industriel allemand a perdu en compétitivité ces dernières années, et la chancelière n'a pas su adopter de mesures adaptées. Ce qui explique le ralentissement actuel du secteur.
La coalition SPD-CDU pourrait donc exploser cet automne, en cas de défaite des partis dans les trois Länder. Et au cas où les négociations pour reformer un gouvernement n'aboutissaient pas, ou s'éternisaient (comme cela avait été le cas à l'automne 2018), il n'est pas impossible que de nouvelles élections aient lieu. Ce qui signifierait la fin du règne de Merkel. Car la chancelière avait annoncé dès l'automne 2018 qu'elle ne briguerait pas de nouveau mandat à la fin du sien, qui devait se terminer en 2021. Mais pourrait finalement finir deux ans plus tôt.
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