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L'Allemagne se prépare à un hard Brexit
Le scénario d'un Hard Brexit semble de plus en plus probable, tant le gouvernement britannique peine à se mettre d'accord sur ce qu'il souhaite demander à l'UE, et tant les divisions au sein des conservateurs sont importantes. L'industrie allemande, qui était jusqu'à présent restée assez discrète sur le sujet, a désormais ouvertement incité les entreprises outre-Rhin à se préparer à une telle issue.
Dans une interview au Welt am Sonntag parue ce samedi, le managing director de la BDI, la puissante fédération allemande de l'industrie, s'est dit inquiet du manque de préparation des firmes de son pays à une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE sans accord, et incité les entreprises à se préparer à tout prix à ce scénario. "Même si le gouvernement britannique est en train de faire bouger les lignes, les entreprises allemandes doivent absolument planifier l'option d'un Hard Brexit", a ainsi déclaré Joachim Lang au journal. Qui rapporte également les propos de Thilo Brodtmann MD de l'association des constructeurs allemands VDMA. Celui-ci rappelle ainsi que la production d'automobiles en Allemagne a reculé de 2% l'an dernier, de même que les exportations de véhicules du pays, notamment en raison du Brexit et du ralentissement britannique. La Grande-Bretagne est le premier marché à l'export de l'industrie automobile allemande en volume, et le deuxième en valeur derrière les Etats-Unis, et les conséquences d'un hard Brexit seraient donc très douloureuses pour l'automobile outre-Rhin. "Le Brexit est une telle absurdité que de nombreuses entreprises allemandes espèrent que l'UE ne laissera pas la Grande-Bretagne sortir sans filet de sécurité. Elles ne peuvent pourtant pas se permettre de miser sur cela", a affirmé le patron de VDMA au Welt am Sonntag. Qui conseille aux entreprises allemandes de revoir leurs chaînes de valeur et leurs projets d'investissement.
Les craintes de l'industrie allemande sont visiblement justifiées, puisque selon un document interne à l'UE que la chaîne irlandaise RTE a consulté, la Commission appelle également les 27 à se préparer à un "no deal scenario". "Envisager le pire des cas n'est pas un manque de confiance dans les négociations... La Commission espère parvenir à un accord, et accorde beaucoup de ressources pour que cela soit le cas. Mais les discussions peuvent tout à fait échouer", peut-on lire dans ce document, qui rappelle qu'aucune solution alternative n'a été trouvée concernant la frontière irlandaise.
La semaine dernière, le gouvernement May a en effet présenté son white paper détaillant l'ensemble des positions qu'elle compte présenter à Bruxelles, et notamment le maintien de la régulation européenne au UK dans le domaine de la libre circulation des biens (mais pas des services), et le contrôle des citoyens européens qui souhaiteraient entrer sur le sol britannique. Des mesures qui, selon James Smith, analyste chez ING à Londres, ont toutes les chances d'être refusées par Bruxelles. "Aux yeux de Bruxelles, les propositions de la Grande-Bretagne ressemblent fort à du 'cherry picking', puisque les services financiers sont exclus de la régulation européenne. Or le principal sujet d'inquiétude de l'UE est que la Grande-Bretagne ne prospère en dehors de l'Union et ne donne des idées à d'autres", explique encore l'analyste. La réponse de Bruxelles au white paper devrait être connue lors du prochain sommet européen sur le Brexit courant octobre. Mais d'ici là, les différents Etats et la Commission pourraient laisser fuiter leur opinion sur les propositions, afin de pousser le gouvernement May à revenir avec une meilleure option.
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