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Brexit
Hard Brexit : quel impact sur les marchés actions ?
Les marchés sont-ils trop optimistes concernant l'issue des négociations sur le Brexit ? À 38 jours de la date fixée pour la sortie du Royaume-Uni de l'UE et alors que Stephen Barclay, le ministre britannique en charge du Brexit, doit rendre compte à Downing Street des échanges qu'il a eus hier avec Michel Barnier, aucune option n'a pour l'instant émergé de part et d'autre de l'UE, notamment au sujet du backstop irlandais. Ce mécanisme de sauvegarde dont la complexité juridique constitue le principal point noir des discussions. "Objectivement, les investisseurs ne semblent pas croire (...) à la possibilité d'un hard Brexit", relève ainsi Sylvain Goyon, stratégiste CFA chez Oddo, dans une note sur le sujet.
Pour preuve, la probabilité d'une sortie sans accord n'est située qu'aux alentours de 36 %, selon les sites de paris en lignes des principaux bookmakers britanniques, soit un niveau très inférieur à celui enregistré en septembre dernier, où il avait atteint 75 %. Par ailleurs, les autres indicateurs d'aversion au risque tels que le rendement du Gilt (en baisse, mais tout de même situé à un niveau supérieur à fin juin 2016) montrent que les marchés sont plutôt dans l'expectative que dans la projection d'un scénario noir de sortie sans aucun accord.
Une situation assez similaire à celle qui a précédé le référendum du 23 juin 2016, où très peu d'investisseurs misaient sur un scrutin favorable au Brexit (probabilité inférieure à 50 % selon les sites de paris en ligne), et où le résultat du vote avait fait l'effet d'une petite bombe sur le marché de la devise britannique et sur la bourse londonienne. Pour tenter de connaître le potentiel impact d'un hard Brexit sur les marchés, la réaction des bourses européennes au lendemain du 23 juin peut donc constituer un élément de comparaison éclairant.
Au lendemain du vote de 2016, le FTSE 100 avait perdu 5,6 % (exprimé en euro, la chute de l'indice britannique atteint 13,5 %) en deux séances, contre une chute de 11 % pour l'Eurostoxx et le Stoxx 600. "Le recul plus marqué des indices européens peut sembler étrange, mais la réaction enregistrée à l'époque reflétait la crainte d'une désintégration rapide de l'Union", souligne ainsi Sylvain Goyon. Une crainte désormais écartée, vu l'unité des 27 face à la Grande-Bretagne depuis le début des négociations. Cette fois-ci, l'indice britannique pourrait dégringoler de 6 %, selon les estimations d'Oddo, tandis que le recul des indices européens devrait être moins marqué. Dans une hypothèse de contraction du PIB britannique de 5% et de 1% pour la zone euro sur la première année, la croissance des bénéfices par action outre-Manche serait amputée de 30%, avant prise en compte des effets de change, et de 5% à 7% en zone euro. Sur la base d'une anticipation de dépréciation de 20% à 25% de la livre, la chute du FTSE 100 serait comprise entre 5% et 10% et de 5% à 7% en zone euro, immédiatement après l'annonce d'une sortie sans accord.
Tous les pays ne seraient néanmoins pas affectés de la même façon : ainsi, l'impact sur les bourses nationales européennes dépendra du degré d'imbrication des États à l'économie britannique en fonction du poids respectif des échanges de biens et services rapportés au PIB. À la lumière de ce critère, les économies de la zone euro les plus exposées, c'est-à-dire celles avec un poids des exportations de biens et services supérieur à la moyenne de la zone euro, sont sans surprise celles de l'Irlande et du Benelux. Au sein des quatre plus grandes économies de la zone euro, l'Allemagne serait la plus exposée (avec 3,3% de son PIB), devant l'Espagne (3,1%) et la France (2,7% de son PIB). Hors zone euro, le Danemark est également très exposé, mais son marché boursier devrait être protégé par le poids relatif du secteur pharmaceutique, selon Oddo.
Afin de vérifier si cette analyse macro a tenu au moment du vote sur le Brexit, l'analyste a étudié l'évolution des indices européens du 1er juin au 27 juin 2016, période qui, selon l'analyste, "capture bien le potentiel de surprise d'un événement inattendu". À l’époque, l'indice FTSE 250 avait dégringolé de 18,6%, tandis que le FTSE 100, très orienté exports, n'avait lui reculé "que" de 10,4% (l'effondrement de la livre étant plutôt favorable aux grandes valeurs exportatrices). Le CAC 40 et le DAX ont de leur côté reculé de 10% en moyenne, "l'exposition internationale de ces deux indices jouant un rôle protecteur". Les indices scandinaves ont relativement mieux performé, mais dans une moindre mesure (chute de 9,8%). L'indice suisse SMI est finalement celui qui a le mieux résisté au moment de la période du référendum britannique, avec une baisse limitée de 5%. "Il fournirait donc la meilleure protection en Europe" en cas de hard Brexit, conclut Sylvain Goyon.
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