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Warren Buffett / Berkshire Hathaway
Warren Buffett en manque d’inspiration
En 2018 la fin du rallye boursier, mais aussi la déconfiture de participations classiques de sa thèse d’investissement, ont coûté cher à Warren Buffett. Samedi, le fondateur de Berkshire Hathaway a publié sa traditionnelle lettre annuelle aux investisseurs qui recelait son lot de mauvaises nouvelles. En cause selon lui : une nouvelle règle comptable qui oblige les investisseurs comme lui à oublier les pertes latentes sur ses participations, même si elles ne sont pas réalisées. L’oracle d’Omaha et son associé, Charlie Munger, ont depuis plusieurs années contesté ce changement vers le mark-to-market qui, à leur sens, provoquerait des "variations fortes et capricieuses de notre résultat net".
Et côté volatilité, l’année passée a été douloureuse pour Berkshire Hathaway, qui n’a pas échappé à la déroute des marchés au dernier trimestre. Le groupe a ainsi annoncé 25,4 milliards de dollars de pertes latentes sur les trois derniers mois de l’année en raison de la baisse des titres, mais surtout de sa provision sur une de ses participations phare : Kraft Heinz, dont il détient 27 %. L’actionnaire a ainsi dû enregistrer une perte potentielle de 15,4 milliards de dollars sur le groupe d’agroalimentaire, propriétaire des ketchups Heinz, Weight Watchers et Bénédicta. Cela est dû aux faibles performances du groupe, dans lequel Warren Buffett avait parié en 2013 en rachetant Heinz aux côtés du fonds 3G Capital, puis en organisant la fusion géante de Kraft et Heinz deux ans plus tard. Cela représente surtout un camouflet pour la thèse d’investissement de l’octogénaire, qui a toujours souhaité miser sur des marques fortes de grande consommation, aux cash flows prévisibles et récurrents, mais qui subissent aujourd’hui les changements en cours des styles de vie.
Tout n’est pas noir cependant : Berkshire Hathaway a publié un résultat opérationnel de 24,8 milliards de dollars, un record, et ce chiffre est à retenir car il est plus stable et fiable que le résultat net, a souligné Warren Buffett. Reste que l’homme n’a pas trouvé la perle rare en 2018 : "les prix touchent le ciel pour des sociétés qui affichent des perspectives à long terme décentes", s’est-il lamenté dans sa lettre. Son groupe n’a pas réalisé d’acquisition majeure depuis trois ans, et peine à trouver de grandes cibles offrant un point d’entrée attractif. Résultat, sa position de cash n’a cessé de progresser et atteint désormais plus de 100 milliards de dollars. Il compte poursuivre sa politique de rachats d’actions, qui s’est déjà élevée à 1,3 milliard de dollars, et s’est engagé à renforcer ses participations les plus prometteuses, mais cela ne sera pas suffisant pour faire rêver les marchés, et surtout maintenir sa réputation d’investisseur au flair hors pair. Même si Berkshire Hathaway a fait un peu mieux que le S&P 500 l’an passé, avec un titre en hausse de 2,8 % (0,4 % pour sa valeur comptable) contre une baisse de 4,4 % pour l’indice.
Pourtant, la firme "est bien mieux gérée que quand j’étais seul à superviser les opérations", a-t-il également écrit. Warren Buffett reste encore très évasif sur sa succession : s’il a nommé Ajit Jain et Greg Abel comme vice-chairmen début 2018, il n’a donné aucun indice sur lequel pourrait prendre sa suite. À 88 ans, l’homme réputé pour son humour et ses bons mots a publié une lettre un peu plus sobre qu’à son habitude. Il reste néanmoins très optimiste sur l’économie américaine, même si ce démocrate n’a pas résisté à un mot en faveur du multilatéralisme. "Les Américains seront plus prospères et en sécurité si toutes les nations réussissent".
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