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France Telecom

Evenements / France Telecom / Orange / Didier Lombard

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France Telecom / Orange / Didier Lombard

Le procès très contestable fait à France Télécom

Aujourd’hui s’ouvre le procès pour harcèlement moral de la société France Télécom et de sept de ses anciens dirigeants après que l’entreprise a été confrontée à 18 suicides entre 2008 et 2010. Le procès de la souffrance au travail va malheureusement éclipser celui des restructurations inévitables à tout grand groupe.
Orange
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Pour la première fois, un grand groupe français, France Télécom, devenu Orange en 2013, est jugé pour harcèlement moral à grande échelle à partir d’aujourd’hui. Ce procès est celui du plan mis en œuvre par l'opérateur de télécommunications en 2006-2010 pour réduire en trois ans ses effectifs de 22.000 personnes et en transférer 10.000 autres. Un plan soupçonné d'être à l'origine d'une vague de suicides. Car l'ordonnance de renvoi en correctionnelle de 673 pages retient le cas de 39 victimes, dont 18 suicides et 13 tentatives de suicide en deux ans, entre avril 2008 et juin 2010.

Bien sûr il s’agit d’un sujet très délicat pour que l’on considère que tout soit blanc d’un coté et noir de l’autre. D’autant plus qu’il y a dix ans la souffrance au travail n’était pas un sujet aussi important qu’il l’est devenu aujourd’hui. Bien sûr il s’agit de morts et de tentatives de suicides et c’est difficile de contester les accusations mais, compte tenu du nombre de suicides dans la police, ou dans l’éducation nationale, on est fondé à se demander pourquoi cette fois il y a sept anciens dirigeants de France Télécom à la barre du tribunal et jamais un ministre de l’Éducation nationale ou de l’Intérieur n’a été inquiété. Bien sûr, d’une certaine manière le procès est "médiatiquement" bouclé d’avance lorsque l’on affiche un groupe géant d’un côté et de l’autre des suicides d'hommes et de femmes.

Que la justice fasse son travail. Mais ce serait bien si, pour une fois, elle arrivait à considérer que les dirigeants d’un groupe industriel n’ont pas pour unique préoccupation, quand ils arrivent au travail le matin, de se dire, qui on va mettre à la porte, qui on va pousser au suicide ou qui on va harceler moralement. Car telle est la présentation que l’on peut lire ici ou là depuis quelques jours. Ces dirigeants, ne l’oublions pas, ont repris à leur compte un plan élaboré par Thierry Breton, l’ancien Ministre de l’Économie, visant à redresser les comptes d’une entreprise détenue par l’état et à la désendetter. Qu’ils aient cherché à réduire les effectifs, c’est évident. Comme cela arrive dans beaucoup d’entreprises. Qu’ils n’aient pas fait preuve du tact nécessaire, c’est possible. Mais ce serait bien si ce procès permettait d’éviter les caricatures, dans un sens, comme dans un autre.

Enfin, il est bien que ce procès ait lieu, même avec dix années de retard. Mais n’oublions pas que derrière les associations d’aides aux victimes qui sont à la manœuvre, il y a aussi des syndicats qui ne souhaitent qu’une chose : montrer que le travail est une souffrance. C’est d’ailleurs l’origine latine du mot travail, considéré jadis comme un instrument de torture. Dans la France de 2019, il est surréaliste qu’au-delà du deuil des familles qui ont perdu des proches, des organisations syndicales souhaitent démontrer que nous vivons toujours à l’heure de Germinal. Le travail est d’abord un épanouissement. Et de plus en plus d’entreprises et de start-up recrutent des jeunes en leur montrant qu’ils vont effectivement pouvoir "s’éclater" au travail, en travaillant même bien plus que les horaires légaux.

Il n’y a qu’en France où travailler est une forme de punition, sinon, de pis-aller, destiné à faire bouillir la marmite. Ne nous étonnons pas, dans ce cas, que beaucoup de nos concitoyens préfèrent alterner les contrats courts et les longues périodes de chômage correctement rémunérées. Et ne nous plaignons pas si le taux de chômage tutoie les 9 % alors qu’il est de 3,6 % aux États-Unis. C’est dire si la responsabilité des juges qui sont en charge de ce procès est immense et dépasse largement le strict cadre du dossier qui leur est soumis.

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