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Macron, de la réforme au dialogue...
par Yves de Kerdrel

Il n’y a plus grand-chose de commun entre le Macron de septembre 2017 et des ordonnances sur le droit du travail et le Macron de septembre 2019 qui change de pied sur la réforme des retraites afin de pouvoir reprendre langue avec la CFDT et ne pas braquer le pays. Au risque que sa volonté de « transformer » le pays ne se perde dans un dialogue mou et dans un excès de concessions.

08/09/2019 - 06:00 Temps Lecture 16 mn.

 

 

Il l’a dit à ses ministres lors du séminaire gouvernemental qui s’est tenu mercredi dernier à l’Élysée en présence des deux nouveaux membres du gouvernement : Emmanuel Macron entend procéder avec calme. Pour aborder la délicate réforme des retraites, il prendra son temps. Le président français a tiré la leçon de la séquence "gilets jaunes", qui avait mis en évidence sa déconnexion avec une partie de la population française. En cette rentrée politique, il est disposé à échanger avec les syndicats et à ouvrir le dialogue avec les citoyens. Le jeu lui est favorable. L’opposition est dans les choux, sa cote de popularité remonte et, pour l’heure, l’économie française résiste aux menaces mondiales.

"Rien n’est décidé", a répété Emmanuel Macron à ses ministres. Et c’est dans cet esprit que le président et le gouvernement préparent une réforme qui, si elle risque fort de faire descendre les Français dans la rue, pourrait aussi devenir, en cas de succès présidentiel, un des jalons de son quinquennat. "Quand on refonde un système de retraite, on ne le fait pas dans la précipitation et on ne le fait pas de façon verticale", a déclaré dernier le Premier ministre Édouard Philippe au sortir de ce "séminaire gouvernemental" de quatre heures destiné à fixer les priorités de l’année. Prudence, dialogue, humilité et écoute, et une place plus grande accordée au Premier ministre, parfois relégué au second plan jusque-là : l’Élysée change de méthode.

 

Confusion sur la réforme des retraites

 

Il y a deux ans, Macron est arrivé au pouvoir avec le pied sur l’accélérateur et un dynamisme qui parfois se confondait avec de l’arrogance. Il lui a suffi de quelques mois pour imposer, presque sans résistance, des réformes comme celle du marché du travail ou de la SNCF. Un an après son arrivée à l’Élysée, en novembre 2018, ont surgi les "gilets jaunes" : depuis, tout a changé. Sa popularité s’est effondrée, sa capacité à transformer la France a été bloquée par son impopularité et en même temps par sa nécessité de céder à la rue. Car le fait est que quelques casseurs et des manifestations épuisantes pour les forces de l’ordre ont suffi à ce que le Chef de l’État décide de mettre sur la table 17 milliards d’euros. Ce qui représente 850 euros pour ceux qui concernés par ces mesures.

Dans cet acte II du quinquennat, il y a beaucoup de sujets sur la table. Qu’il s’agisse de la loi Bioéthique qui va un peu agiter les foules, de la loi mobilité, de nouvelles mesures sur l’économie circulaire mais surtout de la réforme des retraites. Pour Emmanuel Macron il y a un certain nombre de lignes rouges à cette réforme : d’une part qu’elle se fasse à euro constant, donc sans chercher à en faire un sujet d’économies pour les dépenses publiques, qu’elle supprime un certain nombre d’inégalités insupportables notamment entre le public et le privé, et qu’elle donne une visibilité à tous. Le problème c’est qu’à défaut de visibilité il a commencé par apporter de l’incompréhension. D’abord en assurant, pendant sa campagne, qu’il ne bougerait pas l’âge de la retraite. Ensuite en commençant à parler, 25 avril dernier d’un âge pivot de 64 ans. Enfin en changeant de pied de façon radicale il y a quelques jours assurant qu’il préférait trouver un accord sur la durée de cotisation.

 

Des consultations peu concluantes

 

En dehors de vouloir s’attirer les bonnes grâces de la CFDT, on comprend mal ce changement radical. D’autant plus incongru que tous les pays qui réforment leur système de retraite le font en fonction de l’âge de départ à la retraite. Tout simplement parce que la retraite est liée à la démographie et donc à deux facteurs : le rapport actifs-inactifs et l’allongement de l’espérance de vie. L’équilibre financier d’un système de retraite, quel que soit le pays, ne peut pas être regardé sans ces deux facteurs essentiels. Et même si Emmanuel Macron ne veut pas faire de cette réforme une source d’économies – ce qui est louable – il faut qu’elle permette d’assurer l’équilibre financier de manière pérenne du système de retraites.

Le premier tour de rencontres avec les syndicats et les organisations patronales n’a pas été très concluant. Chaque camp a essayé de pousser le plus loin possible son avantage dans cet exercice de consultation. Le patronat ne veut pas entendre parler d’un modèle axé sur la durée de cotisation. Et il a raison. Quant à la CFDT, qui est le syndicat le plus réformiste, il a souhaité que l’on reparte d’une feuille blanche. Ce qui signifie de mettre au panier le rapport Delevoye. Mais Laurent Berger a le gros avantage de ne pas être fermé à l’une des conditions essentielles de cette réforme qui est l’égalité entre le mode de calcul pour les fonctionnaires et celui pour les salariés du privé.

 

Léger réveil de l’opposition

 

Une première manifestation aura lieu sous l’égide de Force Ouvrière le 21 septembre, suivie d’une deuxième le 24 septembre menée par la CGT. Le problème c’est qu’en plus de cette consultation des organisations patronales, va s’ajouter une consultation citoyenne qui constitue un handicap pour relever l’âge de la retraite. Car en dehors des salariés qualifiés, la plupart des autres, qu’ils soient fonctionnaires ou pas, préfèrent la notion de durée de cotisation. Surtout cette consultation citoyenne, comme l’a montré le grand débat, peut être un moyen pour passer outre les corps intermédiaires et permettre au gouvernement de mener cette réforme comme il l’entend en se donnant le temps d’enjamber les municipales.

Ce quiproquo sur la question de l’âge versus la durée de cotisation a eu le mérite de réveiller une opposition bien endormie. Éric Woerth est notamment monté au créneau en connaissance de cause. Mais la droite reste toujours aussi engourdie par ses revers électoraux. Et chacun attend la prestation télévisée de Xavier Bertrand le 19 septembre prochain pour voir s’il existe à droite de l’échiquier politique un son de cloche différent et une vraie doctrine en cours d’élaboration loin des éléments de langage. De la même manière que le retour de Bernard Cazeneuve chez les socialistes fait entendre une nouvelle musique largement teintée d’écologie, mais plus raisonnable que celle que faisait entendre Raphaël Glucksmann pendant les élections européennes.

 

Fortes créations d’emplois en France

 

S’agissant des questions économiques, Bruno Le Maire, a confirmé jeudi la prévision de son gouvernement d'une hausse du produit intérieur brut de 1,4 % pour l’ensemble de l’année 2019. Selon les données diffusées fin août par l'Insee, la croissance de l'économie française au deuxième trimestre a été revue en hausse à 0,3 %, soit 0,1 point de plus qu'annoncé initialement, conservant ainsi son rythme du début d'année. Dans sa deuxième et dernière estimation, l'Institut national de la statistique a en effet confirmé la croissance du premier trimestre, à +0,3 %. L'acquis de croissance pour l'ensemble de l'année si l'activité stagnait complètement au cours du deuxième semestre, s'établit ainsi à 1,1 % (contre 1,0 % en première estimation).

Dans une interview accordée cette semaine par François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France s’étonnait presque du niveau élevé des créations d’emplois (180 000 créations nettes depuis le début de l’année). Depuis 2014 elles atteignent 900 000. Et aujourd’hui les milieux patronaux commencent à dire publiquement que l’objectif d’un taux de chômage de 7 % en 2022, comme promis, par Emmanuel Macron est atteignable. Cela grâce à deux raisons principales, l’effet-retard de la loi El-Khomri, des ordonnances Macron et du CICE (désormais transformé en allègements de charges).

 

Le message du Gouverneur sur la politique monétaire

 

Il reste que François Villeroy de Galhau reste perplexe du niveau d’incertitude au plan international qui pèse sur la croissance de la zone Euro à travers l’Allemagne. C’est pourquoi il espère que Christine Lagarde améliorera la "forward guidance" de la BCE qui est l’une des quatre armes monétaires. Mais les achats d’actifs restent un instrument essentiel de la politique monétaire et la question se pose de savoir si la Banque centrale européenne doit relancer ses achats nets, a-t-il déclaré. Il reste que ce n’est pas là forcément l’arme la plus efficace en termes de politique monétaire. Voilà pourquoi il faut s’attendre à une poursuite de la politique des taux de dépôts négatifs avec des mesures de compensation pour les banques. Avec la possibilité d'exempter du taux négatif une partie des réserves excédentaires par un système de paliers, dénommé tiering.

Aux États-Unis, le nombre de créations d'emplois a été inférieur aux attentes en août mais des revalorisations salariales appréciables devraient soutenir la consommation et permettre à l'économie d'enregistrer une croissance raisonnable malgré les tensions commerciales. Les États-Unis ont créé 130 000 emplois le mois dernier, a annoncé le département du Travail vendredi, alors que les économistes interrogés par Reuters en projetaient 158 000 en moyenne. Le chiffre d'août pourrait avoir subi un effet saisonnier défavorable habituel pour ce mois-là, ce qui laisse espérer une révision à la hausse possible dans les mois qui viennent. Mais le ralentissement des créations d'emplois est compatible avec les fortes contractions de l'activité dans l'industrie et les services soulignées cette semaine par plusieurs autres indicateurs. Même si le contentieux commercial sino-américain ne semble pas avoir d'impact particulièrement notable sur le marché de l'emploi, la croissance de ce dernier n'en ralentit pas moins depuis la mi-2018.

 

Bolloré poursuit la guerre contre Berlusconi

 

S’agissant des relations entre la Chine et les États-Unis, Donald Trump a déclaré que les négociations entre les États-Unis et la Chine se passaient bien, tout en prévenant qu'il serait plus dur dans les négociations si elles se prolongeaient jusqu'à son deuxième mandat. Il a souligné que Pékin hésiterait à traîner des pieds vu l'impact négatif des droits de douane américains sur son économie. Le vice-premier ministre chinois en charge des négociations commerciales Liu He avait auparavant déclaré que la Chine s'opposait fermement à une guerre commerciale qui n'était bonne ni pour les États-Unis et le reste du monde. La Chine espère que les deux parties cherchent des bases communes tout en laissant de côté leurs divergences et qu'elles pourront résoudre la question sur une base d'égalité et de respect mutuel, a ajouté Liu He, cité par Chine nouvelle.

Du côté du business, en dépit de la victoire juridique remportée le week-end dernier par Vivendi contre Mediaset, le groupe Berlusconi a pu faire voter ses projets, tout en privant le groupe français d’une grande partie de ses droits de vote. Vivendi a riposté en prenant une participation dans Mediaset Espagne. Par ailleurs le groupe, qui poursuit l’implémentation de ses accords avec Tencent au sujet de l’ouverture du capital d’Universal Music continue de procéder à des achats d’actions comme l’assemblée des actionnaires lui en a donné l’autorisation.

L’autre évènement de la semaine a été l’entrée au capital de Casino, à hauteur de 4,63 % du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, par ailleurs actionnaire du Monde de Marianne ou d’Elle. Cette opération qui a porté sur 200 millions d’euros est une pure marque de soutien à l’égard de Jean-Charles Naouri, de la part d’un industriel présent au capital de l’allemand Metro ou d’un groupe d’e-commerce. Sur la semaine, l’action Casino a gagné près de 10 %. Ce qui porte à 55 % sa performance depuis un an. Dans ces conditions le poids de l’endettement de Rallye devient plus relatif face à une filiale dont le cours est apprécié à sa juste valeur au lieu d’être massacrée par les activistes et qui a annoncé un plan de cession massif.

                                                                                                                                                      Yves de Kerdrel

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