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Politique européenne / Brexit

Politique européenne
Brexit

Le risque de Hard Brexit est de retour

Les négociations officielles entre l'UE et le Royaume-Uni pour parvenir à un accord commercial ont commencé cette semaine. Les deux camps ont déjà fait connaître leurs positions ces dernières semaines, et elles sont opposées.
Van der Leyen Boris Johnson
Van der Leyen Boris Johnson

C’est donc lundi que les négociations officielles entre l’UE et le Royaume-Uni concernant leurs futures relations ont commencé, près de quatre ans après le référendum sur la sortie du pays de l’Union. Et si les Britanniques ont mis de très longs mois à trouver un accord sur les modalités de sortie, ils ne disposent en revanche que de dix mois pour parvenir à un compromis commercial avec leur ancien partenaire.

Une période très réduite alors que les deux camps arborent des positions quasiment opposées : les 27 devraient effectivement proposer à Londres un accord de libre-échange " sur mesure " sans aucun tarif ni quota, en contrepartie de quoi le Royaume-Uni s’engagerait à ne prendre aucune mesure risquant de fausser la concurrence, tout en acceptant des normes équivalentes pour la production industrielle. Autre condition établie par l’UE : que les Anglais maintiennent un accès réciproque aux eaux territoriales pour les pêcheurs. "Sans des conditions de concurrence équitables en matière d'environnement, de travail, de fiscalité et d'aides publiques ", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, "vous ne pouvez pas bénéficier d’un accès privilégié au plus grand marché unique du monde ".

Or Boris Johnson a déjà fait savoir que son pays ne se conformerait pas aux normes de l’UE en matière de subvention, de concurrence, de normes sociales ou d’environnement. Et alors que la Commission a estimé que la Grande-Bretagne n’aurait pas le temps de tout négocier d’ici la fin de l’année, lui recommandant de demander un délai supplémentaire, le Premier ministre anglais a exclu cette possibilité. Rappelons que, selon les modalités de négociations conclues en fin d’année dernière, le Royaume-Uni a jusqu’au 1er juillet prochain pour demander à l’UE une prolongation de la période de négociations.

Autant dire que les négociations commerciales ne commencent pas sous les meilleurs auspices. La Commission européenne a d’ailleurs déclaré la semaine dernière qu’elle se préparait à la possibilité d’un échec des discussions. Le Royaume-Uni a quant à lui déclaré qu'il pourrait se retirer des discussions dès le mois de juin, faute de perspectives sérieuses d’accord. Quel est l’intérêt pour le pays de montrer les dents avant même que les négociations n'aient débuté ? “L’empressement du Royaume-Uni à signer un accord avec l’UE donne à penser qu’il souhaite se consacrer au plus tôt à la négociation d’accords avec d’autres partenaires commerciaux”, explique ainsi Stéphane Monier, CIO de Lombard Odier. Selon le dirigeant, le pays pourrait conclure un accord a minima, de faible portée, plutôt qu’un accord commercial “approfondi”.

Mais le risque est que le Royaume-Uni ne parvienne même pas à trouver un deal au sujet du secteur des services financiers, bien que ceux-ci représentent près de 7% de son PIB et alors que le pays est le premier exportateur net de services financiers au monde. Certes, la déclaration politique commune du Royaume-Uni et de l’UE mentionne que les services financiers devront être régis par une reconnaissance mutuelle ou une "équivalence" entre les réglementations. Il reste que quel que soit l’accord d’équivalence obtenu, il n’offrira pas autant de possibilités que les règles actuelles, qui permettent aux sociétés financières européennes et britanniques d’exercer dans l’ensemble de l’UE grâce au système de passeport. Car l’équivalence ne s’appliquera que pour les secteurs financiers déjà couverts par les “dispositions des pays tiers”. Les activités de prêt, de vente de produits d’assurance ou de paiements ne bénéficient pas de telles dispositions. “Ils ne doivent pas se faire d’illusions à ce sujet”, a d’ailleurs déclaré le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier. “Il n’y aura pas d’équivalence générale, illimitée et permanente pour les services financiers”, a-t-il ajouté.

L’évolution de la livre depuis plus d’un mois est en tout cas le reflet des inquiétudes des investisseurs quant à l’éventualité d’une sortie sans accord. La devise britannique a ainsi dégringolé de 4% contre l’euro et s'échangeait ce matin à 1,152 et de 2% contre le dollar, à 1,2767. À court terme, les équipes de Lombard Odier anticipent une livre comprise dans une fourchette comprise entre 1,28 et 1,32 dollar. Tout dépendra cependant de la direction que prend le futur gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, qui prendra ses fonctions le 17 mars prochain. S'il décide de baisser les taux lors de sa première réunion de politique monétaire le 26 mars, afin de soutenir la croissance du pays, la livre pourrait dégringoler davantage.

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