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Kering / Publication des résultats
Pas de miracle non plus pour Kering
En publiant ses comptes du premier semestre le lendemain de son grand rival LVMH, Kering (qui possède entre autres Gucci, Yves Saint Laurent et Balenciaga) prenait évidemment le risque d'une comparaison avec le numéro un mondial du luxe. Etant donné les résultats plus mitigés que prévu de son premier concurrent et la sanction que son action a subie en Bourse (-4% à la clôture hier), le groupe de François-Henri Pinault était attendu au tournant.
De fait, Kering n'a pas pu faire l'économie d'une très forte baisse de son activité, affectée comme l'ensemble du secteur du luxe sur tous les fronts par les mesures de confinement mondiales : fermeture des magasins, fermeture du trafic aérien et absence de déstockage des grossistes. La dégradation du chiffre d'affaires est importante (-30% à 5,38 milliards d'euros), proche de celle qu'a subie LVMH (-27%). Elle est évidemment particulièrement marquée au deuxième trimestre (-44% à 2,17 milliards d'euros) et davantage encore que celle du groupe de Bernard Arnaud (-38%). Une différence qui peut étonner, dans la mesure où Kering est davantage exposé que LVMH à l'Asie, où le déconfinement - donc la reprise des ventes - était déjà entamé début avril. En revanche, la maison-mère de Gucci fait légèrement mieux que le consensus des prévisions d'analystes, qui s'établissait autour d'une baisse de 46% toujours au deuxième trimestre. Et surtout, le groupe est parvenu à protéger un tant soit peu sa rentabilité : sa marge opérationnelle courante atteint 17,7% (contre 29,5% un an plus tôt). Une performance réalisée "grâce à l'ajustement de la base de coûts", précise le groupe. Celle de LVMH a été plus lourdement affectée et atteint un bien peu flatteur 9%, contre 21% au premier semestre 2019.
Gucci reste la marque phare de Kering : elle réalise à elle seule 3,07 milliards d'euros de chiffre d'affaires et est celle dont le résultat opérationnel chute le moins (-50,5% à 929 millions d'euros, alors que le groupe affiche -55% à 2,37 milliards). La surprise vient du maroquinier Bottega Veneta, dont les revenus résistent bien après des années difficiles (-9,5% à 503 millions).
L'évolution du bénéfice net est difficile à analyser : certes il n'a reculé "que" de 53% à 272 millions d'euros (contre -84% à 522 millions pour son rival), mais Kering bénéficiait d'un effet de base très favorable : le redressement fiscal de Gucci en Italie en 2019 avait amputé son bénéfice net semestriel de l'époque de 1,25 milliard d'euros. Si l'on prend comme élément de comparaison un premier semestre plus "normal" (comme les 2,3 milliards d'euros en 2018), on aboutit à une chute proche de 90%.
En définitive, Kering n'a particulièrement profité de la reprise de la consommation en Asie, sa région la plus forte, au cours du deuxième trimestre, même si le groupe observe "une reprise encourageante à mesure des réouvertures de magasins, notamment en Asie-Pacifique, tirée par la Chine continentale". "Sur plusieurs marchés importants, on a des taux de croissance positifs. En Chine, pour l'ensemble de nos marques, depuis mai on a des tendances à +50%, +70%", a précisé le directeur financier Jean-Marc Duplaix.
Pour obtenir des prévisions, il faudra patienter. Car comme LVMH, Kering n'estime pas avoir de visibilité suffisante sur l'ensemble de 2020. Mais le groupe prévient que "la perte de chiffre d'affaires constatée au premier semestre ne devrait cependant pas être compensée au second semestre", enterrant ainsi, s'il en était besoin, l'idée d'une reprise en "V". Les évolutions inquiétantes de la pandémie sur le continent américain et en Russie, ainsi que les retours ponctuels observés en Europe, confirment en effet que rien n'est encore joué.
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