WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
Série d'été - Ils et elles vont construire le monde d'après - Jean Moreau

Feuilleton de l'été / Jean Moreau / Phenix / Danone / Essec / Sciences Po / économie circulaire

Feuilleton de l'été
Jean Moreau / Phenix / Danone / Essec / Sciences Po / économie circulaire

Série d'été - Ils et elles vont construire le monde d'après - Jean Moreau

Sortir des sentiers battus et s’ouvrir à l’anti-gaspi pour un petit supplément d’âme.
Jean MOREAU, fondateur de PHENIX / DR
Jean MOREAU, fondateur de PHENIX / DR

Jean Moreau décrit lui-même son parcours scolaire comme assez "classique". Après une scolarité et une classe préparatoire à Toulouse, le jeune homme se retrouve à l’Essec. Il y passe des années étudiantes rythmées par les activités associatives étudiantes, mais reste sur sa faim en terme d’offre académique. Comme pour le reste de sa carrière, à tout ce qui le dérange, Jean Moreau se propose une alternative. Il s’inscrit donc à la faculté de droit de Cergy et y fait ses études en parallèle de l’Essec, "mais le métier d’avocat enferme un peu trop dans un carcan, car en France quand on est avocat, on ne peut plus changer de métier ". Il renonce alors à continuer dans le droit.

Jean part ensuite en banque d’affaires, chez Merrill Lynch, où il est formé aux fusions-acquisitions. Il est content de sa formation, mais cherche un "métier pas seulement mercantile, qui aurait plus de sens" pour lui. Il passe alors les concours d’admission parallèle à Sciences Po en affaires publiques, dans le but peut-être de passer par l’ENA et de se retrouver dans les cabinets ministériels. Mais Jean Moreau se rend vite compte qu’il est "trop vieux" pour commencer un nouveau cursus. Après son nouveau Master de la rue Saint-Guillaume en poche, qui l'ouvre aussi "à un autre réseau que celui de l’Essec ", le jeune homme retourne chez Merrill Lynch et y reste 5 ans. Son métier d'analyste financier lui permet une progression rapide : "Je ne suis pas du genre à cracher dans la soupe, j’ai été très bien formé et mes années chez Merrill Lynch m’ont permis de me préparer à l’entrepreneuriat ".

Mais au bout de cinq ans, l’éternel insatisfait trouve que sa "courbe de progression" stagne trop, et l’envie ancienne qui l’habite de trouver un métier qui a du sens le pousse à quitter son activité. Après quelques recherches, il mettra le doigt sur ce qui lui correspond : il découvre l’économie sociale et solidaire, "un milieu pas encore en vogue à l’époque ", mais qui, il le sentait, pourrait lui "apporter le petit supplément d’âme qui donne envie de se lever le matin ".

Avec ses deux associés de l'époque, ils creusent plusieurs thématiques et tombent d’accord sur un problème à résoudre, qui est celui du gaspillage alimentaire. L’idée est au départ de créer une application pour les particuliers, qui pourraient donner ou vendre à très bas prix plutôt que de jeter ce qu’ils ne consomment pas. Le concept est bon, mais les freins sanitaires et juridiques les rattrapent vite. Alors Jean contourne le problème: l’idée de base doit rester la même, mais l’application bascule en B2B. Et cela fonctionne. Un an après la création de Phenix, le fonds Starquest investit dans la start-up et lance pour de bon la machine. Un an plus tard, les fonds d’impact INCO et Avisa permettent à Phenix de réaliser une levée de fonds de 2 millions d’euros qui accélère sa notoriété pour, fin 2018, arriver à un "gros tour de table" qui lui rapporte 15 millions (notamment de la part d’ETF Partners, Arkéa Capital (WePositiveInvest), Sofiouest et BPI France Ecotech). En février 2020 finalement, la start-up était considérée comme un pionnier de la réduction des déchets par Danone, moment où Wansquare s’était intéressé à ce "leader de l’anti-gaspi".

La solution de Phenix, simple mais efficace, couvre aujourd'hui une très large cible. Ce "modèle hybride", entre rentabilité et utilité sociétale, met "concrètement en place le principe de l’économie circulaire" pour tendre vers le 0 déchet, décrit Jean Moreau avec une fierté méritée, car grâce à lui, on peut espérer qu’un jour "tout ce qui pouvait être consommé le sera ". En attendant le changement de paradigme qui permettra à nos sociétés de consommer sans déchets, Phenix apporte sa pierre à l'édifice en employant 160 personnes. La start-up réalise un chiffre d’affaires de 15M€ et permet de sauver 120.000 repas par jour (80 millions depuis le début de l’aventure en 2013). Donner du sens à son activité est resté un point essentiel pour Jean Moreau lors de la pandémie. Il se réjouit d’avoir pu aider davantage les associations (Restos du coeur, Croix Rouge) et les commerçants en supprimant les commissions, enfin d’avoir "permis aux particuliers de récupérer un peu de pouvoir d’achat ".

Loin de se reposer sur ses lauriers, ce papa de deux enfants a profité de ses connaissances dans le gaspillage alimentaire pour monter un nouveau service en 2018, les épiceries "Nous anti-gaspi", qui revendent à prix réduit les "produits moches" (fins de série, hors calibre, moins esthétiques…). Un plan d’expansion pour Phenix est aussi prévu, bien que mis en stand-by depuis le confinement. Pour la start-up déjà implantée en Espagne et au Portugal, "l’avenir, c’est clairement l’Europe ", sourit Jean Moreau qui, du haut de ses 36 ans, fera vraisemblablement encore parler de lui dans les années à venir.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article