Dirigeants, gouvernance / Vincent Bolloré / Arnaud Lagardère / Vivendi / Amber Capital
Dirigeants, gouvernance
Vincent Bolloré / Arnaud Lagardère / Vivendi / Amber Capital
Pourquoi Bolloré fait monter la pression sur Lagardère
Vincent Bolloré est prêt à donner des coups de main lorsqu’il pense la cause juste, mais comme tout un chacun, il a horreur de découvrir qu’il s’est fait flouer. Il y a quelques années il avait aidé Alexandre Bompard à boucler le financement du rachat de Darty par la Fnac en prenant 11 % du capital de celle-ci. Et cela sans même signer le moindre papier. Il n’a pas eu à le regretter, et il a pu revendre sa participation avec une forte plus-value.
Lorsque la banque Rothschild & Co est venue le solliciter en février dernier pour aider Arnaud Lagardère à sortir des griffes du fonds anglo-saxon Amber Capital, il a tout de suite accepté de prendre une participation de plus de 10, puis de 15 % du capital de Lagardère à travers Vivendi. D’autant que le banquier de Rothschild & Co qui l’avait sollicité, comme il avait sollicité Marc de Lacharrière, avait promis l’abandon du statut de commandite par Lagardère.
Mais le 25 mai Vincent Bolloré, devenu l’un des principaux actionnaires, et après avoir joué son rôle de sauveur lors de l’assemblée de Lagardère, a appris que la même banque qui l’avait approché a permis au groupe Arnault de rentrer au capital du gérant commandité, à savoir la société Lagardère Capital et Management. Non sans qu’un vaste nettoyage de cette société surendettée ait lieu. Si bien que le groupe Arnault ne clôturera cette opération qu’en septembre prochain.
Ce serait pourtant erroné de ramener la colère de l’industriel breton à cette seule entrée dans la danse de Bernard Arnault, destinée à bloquer l’abandon du statut de commandite. Il y a quelques jours Lagardère a publié des résultats semestriels calamiteux. Et tout laisse à penser qu’ils le seront encore davantage à la fin de l’exercice. De surcroît le groupe a annoncé qu’il se portait candidat au rachat de l’éditeur américain Simon and Schuster, qu’Editis, filiale de Vivendi cherche aussi à racheter.
Selon les informations de WanSquare, comme Lagardère est financièrement fragile, le montage conçu pour cette acquisition serait une sous-holding, au capital de laquelle entreraient des financiers, qui enchérirait pour le rachat de l’éditeur américain. Avec une poison-pill, prévoyant, qu’en cas de changement de contrôle ou de la gouvernance de Lagardère, Simon and Schuster passerait immédiatement dans la main des financiers sollicités.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase
Pour Vincent Bolloré, cette information a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il aurait donc décidé de reprendre l’achat de titres Lagardère. Selon nos informations il viserait désormais les 29 % du capital. Ce qui devrait l’amener à publier prochainement deux déclarations : l’une concernant le franchissement de 25 % du capital de Lagardère et l’autre concernant le franchissement de 20 % des droits de vote.
Les avocats d’Amber et de Vivendi, White & Case et Dominique Bompoint, préparent désormais le courrier qu’ils adresseront au Président du conseil de surveillance de Lagardère et à son gérant commandité afin qu’il convoque une assemblée ordinaire dès le mois de septembre prochain. Une assemblée destinée à faire nommer trois représentants d’Amber Capital et un représentant de Bolloré en faisant attention à respecter la parité. Ce qui nécessitera le départ de deux membres actuels du conseil de Lagardère. Car celui-ci ne peut pas – statutairement – être composé de plus de douze membres.
Sans doute la question du rachat de Simon & Schuster et de l’intérêt pour les actionnaires de Lagardère de cette opération sera posée. Surtout s’il se vérifie qu’elle est truffée de calls et de puts en faveur d’investisseurs financiers qui récolteraient in fine la mise. Si Lagardère refuse de convoquer cette assemblée, Amber Capital et Bolloré saisiraient, selon les informations de WanSquare, le tribunal de commerce afin qu’il rende cette convocation obligatoire.
Par ailleurs, Nicolas Sarkozy, membre du conseil de surveillance et proche à la fois de Vincent Bolloré et de Qataris, a été tenu au courant de toutes ces manœuvres et les a approuvées. De manière implicite l’alliance de circonstance entre Amber et Bolloré – qui n’est pas une action de concert, comme l’AMF le précisera dans la journée – devrait se voir rejointe par le Qatar et la Caisse des Dépôts. Reste donc à savoir quelle sera désormais la posture de Bernard Arnault, et s’il soutient toujours un Arnaud Lagardère prêt à tout pour ne jamais tenir ses promesses.
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