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Natixis : le gérant H2O fait encore parler de lui
Autrefois fleuron de la gestion d’actifs de Natixis, H2O Asset Management fait encore défavorablement la Une. En témoigne sa décision de geler pour 4 semaines les souscriptions et les rachats pour trois de ses fonds d’investissement de stratégie "global macro" à la demande de l’Autorité des marchés financiers (AMF) française vendredi, ainsi que de cinq fonds supplémentaires "afin de préserver l’égalité de traitement" entre porteurs de parts. Ce qui représente environ la moitié des 22 milliards d’euros d’encours de la boutique londonienne adossée depuis sa création en 2010 à Natixis Investment Managers (qui détient 50,01% de son capital).
En cause, les investissements malheureux dans les actifs non cotés (dettes privées et actions non cotées) liés au financier allemand controversé Lars Windhorst, dont la vente se révèle longue que prévue, ainsi que l’effondrement des marchés au mois de mars en raison de la crise sanitaire (et pétrolière), qui a provoqué des pertes très importantes dans certains des fonds de H2O et ont accéléré les retraits.
Ces deux phénomènes ont contribué à faire grimper la proportion d’actifs illiquides à environ 15%, alors que la limite réglementaire imposée aux fonds de droit européen UCITS est fixée à 10%. Et ont abouti à la décision de H2O, après plusieurs semaines de discussion avec l’AMF et Natixis.
Natixis IM peine à se sortir de l’épineux dossier H2O qui, après avoir été la coqueluche des distributeurs de produits d’investissement grâce à ses performances mirifiques générées par des stratégies à haut risque, a cumulé les difficultés. A la suite de la révélation par le Financial Times, au début de l’été 2019, de son exposition à des titres de dette privée liés au groupe Tennor (le holding de Lars Windhorst), H2O AM avait subi huit milliards d’euros de retraits en quelques jours – tout en faisant chuter le cours de Natixis, la structure cotée réunissant les métiers de haute banque, d’assurances et de gestion du groupe mutualiste bancaire BPCE. L’incident a conduit l’AMF et la FCA, son homologue britannique, à se pencher sur les liens entre H2O AM et Tennor.
Pour éviter de brader les titres illiquides contre l’intérêt des clients et de nuire à la performance des autres actifs, H2O AM a décidé de transférer les premiers dans un fonds de cantonnement (ou side pocket). Les clients détiendront ainsi des parts dans deux fonds.
A court terme, les conséquences financières sont limitées : en raison notamment des revers subis par H2O AM, cette dernière n’a contribué aux bénéfices de Natixis qu’à hauteur de 4 millions d’euros au deuxième trimestre 2020 et ne représente plus que 2,3% des encours totaux de Natixis IM au 30 juin. Au 31 décembre 2019, la boutique pesait encore 30 milliards d’euros d’encours. En 2019, hors commissions de surperformance (qui sont de nature exceptionnelle), H2O représentait moins de 2% du produit net bancaire de Natixis et 2,5% de son résultat net.
Toutefois, l’affaire pèse plus lourd en termes de réputation. Et en gestion d’actifs, comme sur les marchés financiers en général, la confiance est fondamentale. La succession de mauvaises nouvelles concernant H2O AM constitue notamment un handicap pour l’action Natixis en Bourse depuis un an. Cet après-midi, elle chutait encore de 2,3%. La banque a d’ailleurs entamé une revue de sa gestion des risques. Mais cette nouvelle mésaventure ne la pousse pas pour l’instant à revoir sa stratégie en gestion d’actifs, qui repose sur un modèle "multi-boutiques", dans lequel se côtoient 24 affiliés, autonomes dans leurs décisions d’investissement. Au risque d’avoir quelques ratés comme celui de H2O.
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