Professions financières / Banques / Banque-assurance
Professions financières
Banques / Banque-assurance
Banques-assurances : la rentabilité avant la solvabilité
Le discours donné vendredi dernier par le gouverneur de la Banque de France lors de la présentation des premiers enseignements de la crise sanitaire pour les banques assurances par l’ACPR a retenu l’attention pour sa position exprimée sur le versement des dividendes. Pour autant, une autre idée centrale se dégageait dans les mots de François Villeroy de Galhau : "la bataille, notamment dans le secteur bancaire, doit porter plus sur la rentabilité que sur la solvabilité ". Exprimée au sujet des défis que devaient affronter les banques et les assurances au-delà de la crise sanitaire, cette idée est aussi le fruit des enseignements de la crise elle-même.
Car, comme a tenu à le souligner le plus haut dirigeant de la Banque de France, "l’effet de la crise ne remet pas en cause les fondamentaux solides des banques en France qui ont poursuivi leur progrès en solvabilité ". En effet, fin septembre, les quatre premières banques françaises affichaient un ratio de solvabilité moyen de 14,6 %, soit une augmentation de 56 points de base par rapport à fin 2019. Les assurances françaises, elles aussi, ne rencontrent pas de problème de ce côté-là, puisque le ratio de solvabilité s’établit en moyenne à 239 %.
Mais, c’est du côté de la rentabilité que les choses vont mal. Déjà, sur le long terme, la baisse des taux, précipitée par la politique monétaire accommodante que nécessitent les situations de crise économique comme la nôtre, pèse sur la rentabilité des banques. Et ces taux faibles risquent de s’installer dans le temps avec le rôle de plus en plus prégnant des gouvernements sur l’économie, comme le note Fitch Ratings dans sa note mégatendances et notations des institutions financières : "nous nous attendons à ce que cela s’accompagne de taux d’intérêt bas pour longtemps".
Ce sujet de la rentabilité est d’autant plus central qu’il s’avère que les banques et assurances ont bien traversé la crise. Certes, Dominique Laboureix, secrétaire général de l'ACPR, a tenu à rappeler que "toutes les lignes d’activité ont été affectées sauf la banque de financement et d’investissement" et qu’on observe "une forte progression coût du risque liée au passage des prêts sains à des prêts qui sont dégradés même si l’ampleur n’a pas été si importante que cela". En effet, le résultat agrégé des 4 premières banques françaises a chuté de 39 % sur les neuf premiers mois de l’année par rapport à 2019. Mais les banques n’ont pas vacillé. Pour les assurances, les difficultés restent un peu plus importantes. Les niveaux de collecte, toujours en baisse sur un an progressent lentement. La fédération française de l’assurance a par exemple publié jeudi un marché de l’assurance vie qui subit une décollecte nette de 7 milliards d’euros depuis le début de l’année.
Des changements structuraux nécessaires alors qu’on attend les défaillances d’entreprises
Concernant les assurances, face à la décollecte sur les fonds euros, qui s’explique par de faibles rendements avec les taux bas, "cela pose la question du modèle d’activité de l’assurance-vie". Ces mots, prononcés par Laurent Clerc, directeur de la stabilité financière au sein de l'ACPR, témoignent de la nécessité pour les assureurs de vendre d’autres produits que les assurances-vie. Ce que le gouverneur de la Banque de France confirme "l’assurance-vie doit repenser son offre".
Concernant les banques, il ne faut pas lutter contre les taux bas. François Villeroy de Galhau l’exprime lui-même : "il ne s’agit pas d’une condamnation que de dire que ces taux bas ont mis à mal la rentabilité, puisqu’ils sont mis en œuvre pour le bien commun, mais le reconnaître vaut nécessité d’adaptation". Pour lui, l’alliage entre la sécurité, la liquidité et les rendements n’est plus tenable, et il faut diversifier sa clientèle. Ce qui pourrait d’ailleurs faire une pierre deux coups avec les deux autres défis structurels : la numérisation et la consolidation. En effet, la fidélisation des clients et l’efficience permises par la numérisation, mais aussi un véritable marché unique bancaire en Europe, seraient de vrais atouts pour renforcer la rentabilité des banques.
Toujours est-il que l’instance de régulation entend bien rester vigilante dans un premier temps sur les prochains mois vis-à-vis des défaillances d’entreprises qui arrivent et pourraient donner du fil à retordre aux banques. Lors de la publication de la revue de stabilité financière de la BCE, Luis de Guindos, vice-président de la BCE reconnaissait que cela jouerait sur la rentabilité :"la rentabilité des banques devrait rester faible. Les provisions ont progressé, mais paraissent optimistes dans certains cas, tandis que les garanties et les moratoires peuvent avoir allongé le délai nécessaire pour que la faiblesse des performances économiques se traduise par des pertes sur prêts".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

