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Danone muscle sa gouvernance pour convaincre le marché
Danone a beau surfer sur la vague du capitalisme responsable, la crise sanitaire l'a ramené à la dure réalité économique et boursière. Pour accompagner son plan d'adaptation "Local First", mais aussi redorer son blason aux yeux des investisseurs, le groupe agro-alimentaire a profondément renouvelé et transformé son conseil d'administration.
Première surprise, Cécile Cabanis va faire son retour. La directrice générale en charge des finances de Danone avait annoncé en octobre son départ en février prochain après 16 ans de présence, alors qu'elle était considérée comme le bras droit du PDG Emmanuel Faber. Tout en maintenant sa démission de ses fonctions actuelles, elle a finalement accepté de rester au conseil d'administration (dont elle était membre depuis 2018) pour en devenir vice-présidente non exécutive. "Je suis particulièrement heureux que Cécile Cabanis ait accepté ma proposition de prendre une position renforcée dans le conseil, en tant que vice-présidente. Sa connaissance intime de l'entreprise depuis 16 ans et son expérience au sein du conseil seront de précieux atouts dans cette phase de transformation", explique Emmanuel Faber dans un communiqué du groupe.
Autre évolution dans sa gouvernance, Gilles Schnepp, ancien PDG de Legrand, a accepté d'intégrer le conseil d'administration avec effet immédiat à l'occasion de la prochaine assemblée générale de Danone, le 29 avril 2021. Cette pointure du monde de l'entreprise (Legrand est un leader mondial des infrastructures électriques, membre du CAC 40) sera par ailleurs désignée administrateur référent.
Danone proposera enfin à l'AG la nomination d'Arian Gorin, président du groupe Expedia Business Services, et de Susan Roberts, professeure en nutrition à l'Université de Tufts. Elles doivent remplacer les départs du conseil de Benoît Potier et de Virginia Stallings.
Témoin de la nécessité de renforcer la timonerie dans la tempête, un nouveau comité créé au sein du conseil. Baptisé "Stratégie et Transformation", il devra préparer les travaux du conseil sur les choix stratégiques de Danone, en particulier, dans un premier temps, sur la mise en place de Local First, annoncé fin novembre. Il faut dire que ce plan est massif : il prévoit un milliard d'euros d'économies d'ici à 2023 et 2 000 suppressions de postes, dont près de 400 en France. "Ce comité sera notamment chargé du suivi de l'avancement de la revue de portefeuille et de la mise en oeuvre du plan de croissance et d'efficacités", indique le groupe, qui doit donner les résultats de sa revue de portefeuille au premier semestre. À la tête de ce comité a été placé Benoît Potier. Déjà administrateur de Danone, c'est un poids lourd de l'industrie puisqu'il dirige Air Liquide, numéro un mondial des gaz industriels. Il quittera en revanche le conseil après la prochaine AG du groupe agroalimentaire, puisqu'il aura atteint la limite d'âge.
Ces annonces montrent que face aux défis actuels, susceptibles de modifier en profondeur les tendances sociétales et la trajectoire de Danone à plus long terme, Emmanuel Faber a plus que jamais besoin de soutiens forts pour asseoir sa légitimité, alors que le cours de Bourse accuse encore une baisse de 29 % par rapport au début de l'année et de 27 % sur trois ans. Que ces soutiens viennent de l'extérieur (comme Gilles Schnepp), ou de l'intérieur (en parvenant à récupérer une dirigeante historique comme Cécile Cabanis, dont l'annonce du départ avait fait beaucoup du bruit).
Mais rien n'indique que ces évolutions suffiront à convaincre les actionnaires de Danone et les professionnels de marché : peu satisfaits des acquisitions certes légitimes mais coûteuses de Numico et de WhiteWave et de l'évolution du bénéfice net par action depuis une décennie, ceux-ci réclamaient de longue date un poids plus important et plus autonome du conseil d'administration face à Emmanuel Faber. Avec toutes les nominations à venir, Danone pourra revendiquer au sein de son conseil de 16 membres 71 % d'administrateurs indépendants, contre 57 % aujourd'hui, et 50 % de femmes, contre 43 % aujourd'hui.
Les réactions ont été mitigées. Concernant la nomination prochaine de Cécile Cabanis, le courtier RBC a "du mal à imaginer une démarche moins favorable à la gouvernance d'entreprise que celle-ci et nous pensons qu'elle envoie le message que la représentation impartiale des actionnaires est loin dans la liste des priorités de Danone (malgré la nomination de trois nouveaux administrateurs indépendants)". En revanche, les analystes de Jefferies qualifient le renouvellement du conseil de "mesure positive". "Elle devrait augmenter la responsabilité de la direction autour du plan et Potier semble être une voix forte au sein du conseil d'administration", expliquent-ils.
Témoin de cet entre-deux, l'action Danone est restée stable aujourd'hui (+0,2 % peu avant 16 heures), dans un CAC 40 en légère hausse (+0,75 % au même moment).
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