Politique économique / Yves Perrier
Politique économique
Yves Perrier
L'année 2021 vue par... Yves Perrier, directeur général d'Amundi
Pensez-vous que le rebond de la croissance française sera plus fort qu’attendu ? Selon vous, le Plan de relance est-il bien adapté à la situation exceptionnelle de l’économie française ?
Le rythme de la reprise est très incertain. Beaucoup dépendra du calendrier et de l’efficacité des campagnes de vaccination. On ne peut écarter de nouveaux épisodes de confinement au moins partiel, et donc une conjoncture encore très irrégulière en début d’année. Mais un rebond plus fort qu’attendu est ensuite possible. C’est ce qui s’est déjà passé au 3ème trimestre 2020 : certains secteurs ont rapidement retrouvé un niveau d’activité presque normal. Rappelons aussi que les ménages ont accumulé une épargne très importante (près de 200 milliards d'euros), dont une partie pourrait venir doper la consommation une fois la confiance rétablie. Le plan de relance français est important tant du point de vue conjoncturel que structurel. C’est un plan de relance de la demande qui comprend également un important volet "offre" : il est riche en investissements pour soutenir la reprise, mais aussi en mesures de compétitivité favorables aux entreprises, notamment via la baisse pérenne des impôts de production.
En 2021, les entreprises auront moins de soutien de l’Etat. Craignez-vous une forte hausse des défaillances ?
Les dispositifs mis en place par l’Etat – et qui ont pour l’instant bien fonctionné – pourraient être prorogés : le remboursement des PGE peut être reporté et la Banque de France évoque la possibilité de les transformer en quasi-fonds propres. Par ailleurs d’autres éléments viendront soutenir la demande et l’investissement grâce au plan de relance quand certains dispositifs d’urgence seront retirés en 2021. Nous pensons en effet que l’activité économique devrait être soutenue avec une croissance réelle de 6 à 6,5% en 2021 et 3,5 à 4% en 2022 pour la France. Néanmoins, Il y aura une hausse des faillites d’entreprise en 2021. Cela parait inévitable mais ce risque de défaillance n’est pas uniforme. Grâce à l’action de la BCE qui maintient des taux d’intérêt bas à court et à long terme, les grandes entreprises n’auront pas de difficulté à trouver des financements. La situation est plus contrastée pour les PME surtout dans les services qui doivent supporter le coût supplémentaire des mesures sanitaires. Certaines activités se remettront difficilement de la crise, et les entrepreneurs peuvent décider de jeter l’éponge après une année particulièrement éprouvante.
Que pensez-vous de l’évolution des finances publiques ?
Le déficit public s’est beaucoup creusé et la dette s’est alourdie (elle devrait atteindre 120% du PIB en 2021, contre moins de 100% du PIB en 2019), mais les programmes mis en place étaient indispensables pour répondre à la crise. Cette dégradation est commune à la plupart des économies avancées et, grâce au soutien de la BCE, la dette ne pose pas de problème de soutenabilité dans l’immédiat au sein de la zone euro. Tant que les taux d’intérêt demeurent inférieurs à la croissance nominale, les charges de la dette seront contenues et il sera possible de stabiliser le ratio dette/PIB avec un déficit primaire.
Mais cette tente à oxygène ne peut durer éternellement. Surtout, cela n’enlève rien au fait que la France a un problème chronique de déficit public. Il est essentiel que le gouvernement dispose d’une stratégie de moyen terme et ne se repose pas sur les seuls achats d’emprunts d’Etat par la BCE. Une fois la France et l’Europe sorties de cette crise, l’engagement du gouvernement à diminuer la part des dépenses dans le PIB serait bien accueilli par les investisseurs.
Craignez-vous que la pandémie et son coût ont fait prendre à la France un retard difficile à rattraper ? Redoutez-vous des crispations et des tensions au sein de la société française ?
Certains dégâts causés par la crise du Covid seront longs à réparer. Certes, ce n’est pas spécifique à la France, néanmoins certains de nos secteurs d’excellence, comme le tourisme, le luxe ou l’aéronautique, ont été touchés de plein fouet. La France pâtit d’une industrie affaiblie : elle ne représente plus que 12 % du PIB contre 23 % en Allemagne ou aux Pays-Bas. Mais les crises sont aussi l’occasion de changer. D’importantes évolutions qui étaient déjà en cours, par exemple dans le secteur des transports et de l’environnement, doivent s’accélérer pour permettre le développement de nouvelles activités.
Sur le plan social, des moyens très importants ont été déployés pour maintenir le revenu des ménages et atténuer le choc sur le marché du travail. Malgré tout, les risques de crispation sociales sont bien là : ce sont en effet les travailleurs les moins qualifiés qui ont été les premiers à perdre leur emploi. Et le surcroît d’épargne observé se concentre sur les ménages les mieux rémunérés. La seule façon d’éviter les tensions est dans un premier temps de s‘assurer des conditions d’une reprise forte en protégeant le tissu des entreprises et les ménages les plus fragiles. Dans un deuxième temps, il faudra poursuivre les réformes et savoir saisir les opportunités d’investissement qui se présentent pour bâtir une économie plus résiliente.
Quel vœu formulez-vous pour la France en 2021 ?
Avant tout que nous sortions le plus rapidement possible de cette épidémie et que nous retrouvions tous une vie familiale, sociale et professionnelle normale. Pour cela je forme le vœu que la campagne de vaccination massive qui se prépare se déroule dans les meilleures conditions possibles. C’est sans doute la condition sine qua non pour que la confiance revienne durablement et que l’économie redémarre, notamment dans les secteurs les plus durement touchés.
Le défi pour la France, comme pour de nombreux pays européens, sera de sortir des mécanismes de soutien exceptionnels mis en place sans provoquer de nouvelles tensions. Je pense naturellement aux tensions qui pourraient survenir sur les taux d’intérêt : les entreprises et l’Etat ont su tirer parti du faible niveau des taux d’intérêt pour s’endetter davantage : c’était nécessaire à court terme mais ce ne sera soutenable que si les taux d’intérêt ne remontent pas trop vite. On peut compter sur la BCE en 2021 pour nous prémunir contre une hausse des taux.
Après les avancées notables en 2020, dans quelle mesure l’Europe pourrait faire un pas supplémentaire en 2021 ?
L’accord de juillet 2020 sur le fonds de relance européen a été une étape très importante et 2021 sera l’année du début de son déploiement. L’Union Bancaire et l’Union des Marchés de Capitaux constituent d’autres chantiers très importants. C’est sur ces dimensions que l’Union européenne doit encore progresser. Il faut en même temps consolider les avancées de 2020 et progresser sur tous les chantiers pour parachever l’union monétaire dans les années qui viennent. Il en va de la résilience de la zone euro face aux chocs du futur.
Quelle devra être l’attitude de la BCE dans ce contexte ? Qu’attendez-vous de sa revue stratégique ?
L’environnement a radicalement changé avec la crise du covid. La frontière entre politique budgétaire et politique monétaire est devenue plus floue avec les politiques de quantitative easing à répétition. A court terme, la BCE se doit de maintenir des conditions monétaire et financières très accommodantes. Mais il lui faut aussi dessiner une stratégie de sortie crédible à moyen terme. C’est un vrai défi.
La plupart des banques centrales des grandes économies avancées font face aux même questions. Quelle est la bonne politique monétaire quand le taux réel d'équilibre mondial a tendance à baisser ? Et comment faire quand l’inflation est trop faible pendant trop longtemps ?
La Réserve fédérale y a répondu en revoyant son propre cadre stratégique et en adoptant une cible d’inflation de 2% en moyenne sur un cycle. Mais il y a en pratique de multiples façons d’ancrer les anticipations d’inflation. La BCE pourrait lui emboîter le pas mais certaines questions lui sont propres : faut-il définitivement abandonner le suivi des agrégats monétaires ? Faut-il élargir la définition des prix à la consommation, en prenant par exemple en compte les prix des logements ? Ou encore faut-il intégrer d’autres objectifs, comme l’aide au financement de la transition climatique ? Les investisseurs auront besoin d’avoir un cadre clair pour se projeter dans l’avenir.
Quelles mesures fortes attendez-vous de Joe Biden après son entrée en fonction ?
Sur le plan domestique, il faut encore attendre les élections sénatoriales du 5 janvier pour connaître le camp majoritaire au Sénat. Si les démocrates l’emportent ils chercheront à remonter l’impôt sur les sociétés et à mettre en place un vaste programme d’infrastructures. Si en revanche, les Républicains maintiennent leur majorité, Joe Biden ne pourra pas mettre en œuvre son programme budgétaire et il faudra rechercher un compromis avec les républicains. Toutefois, le vote par le Congrès d’un plan de stabilisation de près de 900 mds $ montre qu’un accord bipartisan est possible et que les Etats-Unis n’ont pas fini de stimuler leur économie.
Sur le plan extérieur, la mesure la plus emblématique – vu d’Europe – sera le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris sur le Climat et, d’une façon générale, la recherche d’une coopération avec l’Europe dans les affaires internationales, notamment dans le cadre d’institutions régionales ou multilatérales. Cela ne signifie évidemment pas l’absence de dissensions mais cela promet en revanche une approche plus rationnelle des grands dossiers. L’Europe devra apprendre à mieux défendre ses intérêts avec les mêmes armes que les Etats-Unis défendent les leurs.
Voyez-vous l’euro continuer à s’apprécier face au dollar ?
Non, du moins pas très significativement. Nous anticipons que l’euro ira à 1,25$ d’ici la fin 2021. A ce niveau-là, les entreprises n’ont pas de réel problème de compétitivité. La dynamique de croissance ne devrait pas entretenir cette hausse : la zone euro ne retrouvera pas le niveau de PIB de la fin 2019 avant fin 2022, soit à peu près un an après les Etats-Unis. En outre, l’appréciation de l’euro est malvenue du côté de l’inflation. La hausse de l’euro observée en 2020 (6% face à un panier de 42 devises) a déjà conduit la BCE à revoir à la baisse ses prévisions d’inflation pour 2021 et 2022. Dans le cadre d’une scénario de croissance molle, la BCE ne resterait donc pas inerte si l’euro monte trop vite.
Dans votre entreprise allez-vous davantage prendre en compte les risques climatiques, sanitaires et environnementaux ?
Amundi a été pionnier en plaçant, dès sa création en 2010, l’investissement responsable comme l’un de ses piliers fondateurs. Nous sommes reconnus comme un leader au plan international avec des encours gérés de façon responsable qui s’élèvent à plus de 345 Md€. Nous avons initié plusieurs marchés dans les fonds d’obligations vertes avec des partenaires prestigieux comme la Banque Mondiale, la BEI et l’AIIB.
Et nous avons annoncé il y a 2 ans un plan ambitieux pour amplifier cet engagement avec notamment l’objectif que 100 % de nos fonds ouverts gérés de façon active intègrent ce processus d’analyse ESG ou celui de doubler les montants levés pour financer la transition énergétique ou des projets à fort impact social. D’ici la fin du 1er trimestre 2021, tous nos fonds ouverts auront officiellement pour objectif d’afficher une notation ESG supérieure à celle de leur indice de référence et nous avons avons d’ores et déjà levés 19 Md€ d’euros pour financer la transition énergétique ou des projets à fort impact social.
Vous attendez-vous à des changements de comportement de vos clients ?
L’ESG est devenue et restera une question majeure pour nos clients. Après le "E" environnemental de l’ESG, les investisseurs, surtout en Europe, ont désormais pris conscience de l’importance du facteur social - le "S" - de l’investissement responsable. Sur les marchés financiers, cela se matérialise par la hausse des volumes drainés par les entreprises les mieux notées dans ce domaine. La crise sanitaire - et la crise sociale qu’elle est en train d’engendrer - ont d’ailleurs grandement accéléré cette montée en puissance des critères sociaux et sociétaux. Les investisseurs les intègrent dans une logique d’impact -participer à la réduction des inégalités par exemple. Mais également dans une logique de gestion des risques, et pour des enjeux de performance. Cet appétit pour les sociétés les plus respectueuses du capital humain va donc continuer à croître au cours des prochaines années.
Sur les sujets sociaux et sociétaux, Amundi fait une nouvelle fois figure de pionnier. Comme elle l’a été sur la thématique environnementale. Ces dernières années, et plus particulièrement en 2020, nous avons publié toute une série d’études sur les questions des inégalités sociales et du partage de la valeur ajoutée. Notre capacité de recherche dans ces domaines fait l’objet d’investissements constants. Amundi propose en outre déjà des solutions d’investissement spécifiques comme le fonds CPR Invest - Social Impact. C’est également le premier gestionnaire d’actifs à avoir émis des social bonds. Une offre qui sera encore renforcée en 2021, avec le lancement du premier fonds dédié à la "transition juste".
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