WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
Baccarat, Fortune Fountain, Tor Investment, Sammasan Capital

Entreprises / Actions / Chine / Cotation

Entreprises / Actions
Chine / Cotation

Baccarat est sauvé mais entre dans l'inconnu

Les créanciers du chinois Fortune Fountain ont formellement pris le contrôle de la cristallerie et comptent la sortir de la Bourse. L'épée de Damoclès n'est plus suspendue au-dessus de sa tête ; mais que feront les nouveaux actionnaires ?
Baccarat - verres
Baccarat - verres

Menacé dans son existence même par les déboires de son propriétaire chinois Fortune Fountain Capital, Baccarat devrait prochainement naviguer dans des eaux plus tranquilles hors de la Bourse : la cristallerie française fondée en 1754 a annoncé que ses créanciers en avaient pris le contrôle et préparaient son retrait de la Bourse.

En échange de prêts accordés à Fortune Fountain et à sa filiale Fortune Legend Limited (FLL), les fonds de dette et de situations spéciales Tor Investment Management et Sammasan Capital ont reçu 100 % du capital de FLL, qui détient elle-même 97 % de Baccarat. "Cette détention résulte de la réalisation d'un gage sur parts sociales, consenti en garantie d'un accord de financement conclu entre les prêteurs et FLL, en octobre 2019", explique la cristallerie.

Prochaine étape : Tor et Sammasan, qui investissent généralement en Asie et en Océanie, vont, par l'intermédiaire de FLL, procéder à une offre publique d'achat obligatoire sur les actions Baccarat qu'ils ne contrôlent pas encore, à l'issue de laquelle ils ont l'intention de demander à l'Autorité des marchés financiers (AMF) de procéder au retrait obligatoire de Baccarat, actuellement coté sur Euronext Paris. Seule étape intermédiaire : la nomination d'un conseil d'administration par la prochaine assemblée générale de l'entreprise de luxe française, sur proposition des prêteurs, conseil qui devra rendre son avis sur le projet. L'issue ne fait aucun doute. Quant au timing, Baccarat précise que "l'assemblée générale des actionnaires de la Société pourrait être convoquée après remise par les administrateurs provisoires de leur rapport au Tribunal de commerce de Nancy". La mission des administrateurs arrive donc sur sa fin.

Baccarat avait été placée sous administration provisoire début septembre, après avoir reporté deux fois son assemblée générale, initialement prévue le 24 juillet. Celle-ci promettait en effet d'être volcanique puisque les deux créanciers du family office chinois voulaient proposer l'élection de trois nouveaux administrateurs.

Fortune Fountain avait acquis en 2018, via une autre de ses filiales (New Anchor Limited), 89 % du capital de Baccarat auprès des fonds américains Starwood Capital et L Catterton. Il a financé l'opération pour moitié en contractant un emprunt auprès de Tor et Sammasan. Mais il n'a jamais honoré ses échéances de remboursement. En outre, les investissements annoncés au moment de l'acquisition (50 millions d'euros) pour poursuivre le développement de Baccarat n'ont jamais été réalisés, autre signe de difficultés financières des propriétaires. La crise sanitaire a en outre provoqué une chute de 30 % du chiffre d'affaires au premier semestre. La situation a poussé la directrice générale de Baccarat Daniela Riccardi à quitter son poste fin mars - tandis que son remplaçant Zhen Sun a été jugé peu expérimenté. La liquidation de Fortune Fountain en juillet dernier, ployant sous 390 millions de dollars de dette, a achevé de convaincre qu'il n'y avait plus rien à espérer du côté des actionnaires chinois. À l’issue d'un premier bras de fer, les créanciers avaient obtenu la nomination d'un administrateur les représentant au sein de New Anchor pour peser sur l'avenir de la cristallerie.

Le gouvernement français s'était ému de la situation, qui menaçait le millier d'emplois de Baccarat (dont la moitié en France) et son savoir-faire, alors que l'entreprise était bénéficiaire en 2019 (9,6 millions d'euros de résultat opérationnel courant pour 164 millions de chiffre d'affaires, en hausse de 5 %).

Avec un actionnariat stabilisé, Baccarat va enfin pouvoir se concentrer sur son développement. Mais cela ne doit pas éluder les questions sur la pérennité de la structure actionnariale de la cristallerie. Ni Tor, ni Sammasan n'ont vocation à rester longtemps au capital de sociétés au-delà de la période de retournement. Selon l'avis de l'AMF, les futurs nouveaux actionnaires "n'ont pas l'intention, dans les douze prochains mois, de procéder à des cessions et acquisitions ciblées en France et à l'étranger" ; mais ils pourraient étudier toutes les solutions "qui participeraient à la poursuite des objectifs de développement et de croissance de Baccarat", y compris "de potentielles procédures de cession et [...] des opérations de fusion, de transfert d'actifs [...] ou toute autre réorganisation de la société". On ne sait donc pas ce qu'il adviendra de Baccarat au-delà de l'année à venir.

Cela fait 15 ans que cette entreprise du patrimoine a quitté le giron actionnarial français. Le groupe Taittinger a vendu sa participation majoritaire à Starwood Capital en 2005, la Fondation Chambrun lui emboîtant le pas en 2007. L Catterton est monté à 22 % dans Baccarat en 2012 à la faveur d'une augmentation de capital.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article