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Politique économique / Pierre Hudry / Goldman Sachs

Politique économique
Pierre Hudry / Goldman Sachs

L'année 2021 vue par… Pierre Hudry, dirigeant des activités de Goldman Sachs en France

WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2021 après l'éprouvant millésime 2020. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire et à conserver précieusement.
Pierre Hudry - DR
Pierre Hudry - DR

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Quel type de rebond attendez-vous ?

La contraction de l’activité mondiale observée en 2020 a un caractère inédit, de par son fait déclencheur - une crise sanitaire sans précédent - et par son ampleur, qui est inégalée depuis la Seconde Guerre Mondiale, mais également du fait des moyens exceptionnels engagés en un temps record par les pouvoirs publics pour en contrer les effets. On doit donc d’abord reconnaître que les outils habituels utilisés pour modéliser la sortie de crise sont d’une pertinence limitée. Nos économistes insistent sur le caractère largement réversible des effets de cette crise et anticipent une croissance de 6,2% au niveau mondial en 2021, dont 5,5% pour la zone euro et 7,2% pour la France, soit environ 100 points de base au-dessus du consensus. Ce serait du jamais vu depuis les années 60 ! D’autant que, d’après ces mêmes projections, dans la plupart des grandes économies européennes, nous devrions avoir dépassé de 1 à 2% les niveaux de PIB de 2019 dès 2022. J’ajoute que les échanges réguliers que nous avons avec les entreprises et les investisseurs institutionnels tendent à conforter ce relatif optimisme. Mais ne nous méprenons pas : la situation reste très contrastée d’un secteur à l’autre, de nombreuses entreprises et leurs salariés continueront à souffrir des effets de cette crise en 2021, voire au-delà, et le contexte reste malgré tout marqué par de nombreux facteurs de risque, qui pour certains d’entre eux pré-existaient à la crise sanitaire actuelle et se sont amplifiés.

Comment les entreprises pourront-elles se financer au cours de l’année à venir ?

Nous restons confiants sur la capacité des entreprises à financer leur développement dans l’année qui vient, que ce soit dans les marchés obligataires ou pour renforcer leurs fonds propres. Les liquidités sont abondantes et - dans un environnement où un tiers du stock de dette obligataire EURO s’échange à taux négatifs - les solutions de financement existent, y compris dans les secteurs les plus durement touchés par la crise et pour les signatures présentant un risque de ce crédit plus élevé. Le bilan de 2020 est éloquent : en dépit de la pandémie, les entreprises ont levé l’équivalent de 3.500 Mds$ de dette et 1.000Mds$ de fonds propres - c’est un montant record ! Et, de ce point de vue, les actions massives engagées par les banques centrales pour s’assurer de la disponibilité du crédit ont pleinement atteint leurs objectifs.

Quelles tendances prévoyez-vous pour 2021 en matière de fusions et acquisitions ?

À partir du mois de mai, et dès lors que la situation de leur entreprise était stabilisée sur un plan bilantiel et opérationnel, de nombreuses équipes de direction se sont interrogées sur les opportunités ouvertes par cette crise. Elles ont très rapidement adopté une posture offensive, ce qui a conduit à une nette reprise des transactions annoncées à partir du troisième trimestre. C’est particulièrement vrai des groupes français, comme l’illustre la belle série d’opérations stratégiques transfrontalières dévoilées après l’été et l’augmentation de près de 10% des volumes de transaction annoncées sur le marché français par rapport à 2019. Ce dynamisme exceptionnel a vocation à se poursuivre en 2021. Le M&A devrait également bénéficier de stratégies plus systématiques de revue des portefeuilles permettant de libérer des marges de manœuvre supplémentaires et de réallouer du capital à des activités prioritaires - notamment dans un contexte où les fonds d’investissement disposent de près de 900 Mds$ de capitaux à déployer et démontrent un intérêt fort pour les actifs détourés de grands groupes.

Craignez-vous que la pandémie et son coût aient fait prendre à la France un retard difficile à rattraper ? Redoutez-vous des crispations et des tensions au sein de la société française ?

La crise que nous traversons est tout à fait inédite et, c’est indiscutable, elle nous confronte à de nouveaux défis. Mais l’analyse des dispositifs de soutien de toutes sortes mis en place par les pouvoirs publics au bénéfice des entreprises et des particuliers montre que nous n’avons pas à rougir des comparaisons internationales. A plusieurs moments décisifs de sa longue histoire, notre pays a démontré sa capacité de réaction et a su profiter du déclic créé par des circonstances jugées exceptionnellement difficiles pour réinventer son modèle de développement. Or qu’observons-nous depuis le début de cette pandémie ? Une prise de conscience beaucoup plus forte des enjeux de responsabilité sociétale et environnementale. Un foisonnement d’initiatives prises par les groupes français pour accompagner l’ensemble de leurs parties prenantes - employés, fournisseurs, territoires - et faire oeuvre utile. Un dynamisme extraordinaire en termes de création d’entreprises et de levée de fonds pour des sociétés innovantes. Un plan de relance axé sur la transformation de notre outil industriel, tant du point de vue de son indépendance stratégique, que sur un plan technologique et environnemental. Il va sans dire que cet effort s’inscrit dans un cadre européen, qui est la seule échelle pertinente aujourd’hui, et que cette transformation doit se faire au bénéfice de l’ensemble de la collectivité et sans laisser quiconque au bord du chemin, mais avouez qu’il y a beaucoup de raisons d’être optimiste.

Quel vœu formulez-vous pour la France en 2021 ?

Je fais le vœu d’une économie française plus inclusive et plus confiante en ses atouts, qui sont considérables. J’ai été frappé par une étude récente de la Banque de France montrant que près de deux-tiers des français estiment que la situation économique de leur pays va se dégrader dans les douze prochains mois, alors qu’ils sont seulement un tiers à porter un jugement similaire sur leur situation personnelle. Les Français sont beaucoup plus inquiets pour l’avenir de leur pays que pour eux-mêmes, ce qui est quand même paradoxal, et on ne peut donc qu’espérer que nous ayons tous autant confiance dans le collectif France que dans nos capacités individuelles !

Après les avancées notables en 2020, dans quelle mesure l’Europe pourrait faire un pas supplémentaire en 2021 ?

Les avancées sont en effet notables. L’annonce du plan de relance européen en mai dernier, sous l’impulsion franco-allemande, a été une étape majeure, voire historique. Elle a exprimé ce que devait être la solidarité européenne dans cette période de crise inédite et envoyé un message très clair d’unité des partenaires européens alors même que, comme en 2011 et 2012, les marchés s’interrogeaient sur la capacité de certains États à faire face à cette crise. Cette avancée était donc essentielle et, pour reprendre le mot de Monnet, elle a de nouveau montré que l’Europe se fait dans les crises et qu’elle est la somme des solutions qu’on apporte à ces crises.

Quelles mesures fortes attendez-vous de Joe Biden après son entrée en fonctions ?

La nouvelle administration a été élue sur une plate-forme ambitieuse dans laquelle on retrouve les thèmes de prédilection des Démocrates : les infrastructures, l’éducation, la protection sociale, la santé, la protection de l’environnement et bien sûr le climat. Il n’est en revanche pas du tout acquis qu’elle puisse faire passer l’ensemble de ces mesures au Congrès, y compris dans l’hypothèse où les Démocrates prendraient les deux sièges de Georgie en cours d’attribution et disposeraient de facto d’une majorité simple au Sénat (via le mécanisme de "tie-break"). Dans ce scénario, qui reste encore à confirmer, les Démocrates disposeraient d’une latitude réelle sur les sujets de fiscalité, mais devront faire émerger des consensus bipartisans sur les autres éléments de leur programme. Le champ d’action de l’exécutif s’en trouvera donc affecté, même si le Président Biden a un savoir-faire reconnu en la matière et s’il dispose par ailleurs de leviers d’action importants - notamment en matière de politique étrangère, de commerce extérieur ou de désignation de responsables permettant de dynamiser l’action d’agences fédérales, comme l’illustre le choix de Michael Regan à la tête de l’EPA.

Voyez-vous l’euro continuer à s’apprécier face au dollar ?

Nous avons récemment fait évoluer nos perspectives sur l’EURO/USD, qui est désormais attendu à 1,28 à horizon de 12 mois (contre 1,25 précédemment). Cet affaiblissement du dollar vis-à-vis de l’EURO, mais également de plusieurs autres devises, reflète notamment nos attentes sur la politique de la Réserve Fédérale, qui devrait continuer à se montrer accommodante.

Dans votre entreprise allez-vous davantage prendre en compte les risques climatiques, sanitaires et environnementaux ?

Nous avons été particulièrement actifs sur ce plan au cours des douze derniers mois, avec une stratégie reposant sur deux piliers : la transition énergétique et la priorité donnée à une croissance inclusive, qui bénéficie à l’ensemble des parties prenantes. Nous nous sommes notamment engagés à générer 750Mds$ de financement, d’investissements ou d’activités de conseils au cours des dix prochaines années dans ces deux domaines, avec une activité très soutenue et un vrai leadership de la part des émetteurs français sur ces thématiques. Par ailleurs, les initiatives engagées depuis le début de la pandémie ont été nombreuses : citons par exemple le COVID-19 Relief Fund de 30 M$, qui a notamment permis de contribuer à financer la dotation d’équipements pour le programme COVISAN de l’AP-HP, les ré-échelonnements de dette consentis à nos clients particuliers sur la plate-forme en ligne Marcus, ou encore notre engagement de 1 Mds$ au profit des TPE / PMEs - dont une contribution additionnelle de 250 M$ financée par la Fondation Goldman Sachs au programme "10.000 Small Businesses" annoncée récemment. Ce programme de formation managériale, qui existe depuis plus d’une dizaine d’années et qui vise à doper le profil de croissance de petites entreprises, a déjà bénéficié à environ 12.000 entrepreneurs aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et a été lancé en octobre dernier en France. L’accompagnement de la première promotion de 70 entrepreneurs débutera en mars avec notre partenaire l’ESSEC. Le choix de la France comme troisième pays où nous déployons ce programme n’a rien d’anodin : il témoigne de notre attachement particulier à la France, de son attractivité et de la confiance que nous avons dans le dynamisme de l’économie et du tissu entrepreneurial français !

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