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M&A, fusions-acquisitions, Goldman Sachs, Rothschild

Fusions, Acquisitions / M&A / Goldman Sachs / Rothschild

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M&A / Goldman Sachs / Rothschild

M & A : les banques françaises à la peine

Dans un contexte troublé par la crise sanitaire, les établissements américains - Goldman Sachs au premier chef - continuent à faire parler leur puissance de feu en Europe. Seuls Rothschild et, dans une moindre mesure Lazard, font figure honorable.
Goldman Sachs
Goldman Sachs

Paradoxalement étant donné le contexte de crise sanitaire, l'Europe a connu une intense activité de fusions-acquisitions en 2020. Les chiffres recueillis par Refinitiv indiquent une augmentation de 23 % du montant total des opérations annoncées (à 1 321 milliards de dollars), qui cache cependant un fort déséquilibre entre le premier semestre (marqué par les mesures de confinement total) et le second.

Dans ce contexte volatil, les banques américaines, fortes de la puissance de leurs réseaux internationaux, sont celles qui, encore une fois, ont le mieux tiré leur épingle du jeu dans le conseil aux opérations de fusions-acquisitions sur le Vieux continent : Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, Citi et Bank of America occupent ainsi les cinq premières places du classement Refinitiv des opérations de M & A annoncées en Europe au cours de l'année 2020. C'est le même quintet qu'en 2019, mais dans un ordre légèrement différent - Goldman Sachs, intervenu dans 500 milliards de dollars de transactions, demeurant en tête.

Les banques européennes arrivent ensuite : la première d'entre elles est Deutsche Bank, sixième avec 231 milliards de dollars d'opérations conseillées. Il est suivi par les suisses UBS et Crédit Suisse. La position des établissements français confirme leur faible influence sur le monde des affaires : Rothschild, premier établissement (partiellement) français, est neuvième et recule d'une place. Le franco-américain Lazard tombe de la septième à la onzième place.

Les grandes banques généralistes hexagonales font pâle figure. BNP Paribas, qui dispose pourtant en Europe de l'un des dispositifs les plus complets en banque de financement et d'investissement, est treizième (-3) ; la Société Générale est seizième (grâce à un joli bond de 15 places) et le Crédit Agricole progresse de 13 places pour arriver en vingtième position seulement. Cette situation montre que hors de France, où le lien reste important, une capacité importante de financement des transactions est de peu de secours pour remporter des mandats de M & A.

Cette faiblesse se constate même dans l'Hexagone, où comme en 2019, les deux premières places du classement 2020 sont occupées par des banques américaines : Goldman Sachs et JPMorgan, après Morgan Stanley et Citi l'année précédente. Les établissements français effectuent toutefois une importante remontée après un exercice 2019 à oublier : Lazard est troisième (+2), BNP Paribas quatrième (+2), la Société Générale cinquième (+10), Rothschild sixième (+8) et le Crédit Agricole neuvième (+7). Le fait que les entreprises françaises sont peu représentées dans les opérations annoncées en 2020 (seules l'acquisition d'Altice Europe par le holding de Patrick Drahi et l'offensive de Veolia sur Suez figurent dans le top 13) n'est pas une explication suffisante.

 

Des critères à relativiser

 

Cela dit, ces écarts ne disent pas tout de l'intensité de l'activité des banques dans le conseil en M & A. Il est en effet logique que les établissements américains tiennent en général le haut du pavé dans les classements par montant, puisqu'ils concentrent leur énergie sur les grandes opérations, souvent transnationales, où elles ont le bras long. En revanche, le nombre d'opérations raconte une histoire différente. Rothschild arrive très largement en tête en Europe avec 273 opérations conseillées. Elle devance Goldman Sachs et JPMorgan, intervenus chacune dans 172 transactions européennes, Lazard (144 deals) et Morgan Stanley (117). Cela s'explique par les multiples équipes de Rothschild qui couvrent l'ensemble du marché, des small caps (via Transaction R) aux large caps. À l'échelle de la France, la profondeur des réseaux joue généralement en faveur des banques généralistes, mais curieusement, celles-ci n'ont pas vraiment creusé l'écart : en nombre d'opérations c'est Lazard qui arrive deuxième (49) derrière Rothschild (104), suivi certes de BNP Paribas (34) et la Société Générale (29), mais de très peu devant Goldman Sachs et JPMorgan (27 et 23).

Mais il s'agit d'opérations annoncées : ce critère est intéressant car il rend compte de l'activité des banquiers au cours de l'année et de leur capacité à convaincre les entreprises à leur confier des mandats. Toutefois, sachant que ces opérations peuvent capoter, d'autant plus dans le contexte d'incertitudes actuel, il ne détermine pas les revenus que les banques vont pouvoir retirer : pour qu'elles touchent leurs commissions, les transactions doivent être conclues.

Prendre en compte les opérations conclues en 2020 (par exemple l'acquisition de Tiffany par LVMH, annoncée en 2019) change marginalement le classement pour l'Europe : Deutsche Bank ravit la troisième place à Morgan Stanley, qui rétrograde donc d'un rang et fait glisser Citi en cinquième position. Lazard passe neuvième et Rothschild dixième. Pour les transactions impliquant une partie hexagonale, les Français se défendent mieux : derrière le numéro un Morgan Stanley, on trouve BNP Paribas, la Société Générale et Lazard. Rothschild est septième.

Autre spécialiste des données financières, Dealogic s'est livré au petit jeu d'évaluer les revenus tirés par les banques de l'activité de M & A - exercice difficile car elles ne brillent pas par leur transparence en la matière. Pour la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), Rothschild atteint le podium (avec 445 millions de dollars de commissions) derrière JPMorgan et Goldman Sachs. C'est la seule banque européenne du top 5, Lazard arrivant sixième. Avec toutes les précautions d'usage (les établissements ne communiquent pas leurs revenus en M & A et ne reconnaissent de ce fait pas la validité de ce classement), les différences soulignent le fait que les mandats obtenus ne donnent pas une indication fidèle de la performance des banques : il est de notoriété publique que dans les transactions importantes, beaucoup d'entreprises accordent des mandats de complaisance à certaines banques qui n'ont pas réellement travaillé sur les deals en question, pour que celles-ci figurent honorablement dans les classements. Ces classements sont un élément important du marketing des banquiers d'affaires pour remporter de futurs mandats. Mais fort logiquement, les banques ne reçoivent pas de commissions… Pour l'entreprise, ce geste diplomatique s'avère utile pour maintenir de bonnes relations avec le monde de la finance.

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