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Eurazeo
Le financement maritime se met au vert
Le transport maritime représente 90 % du trafic de marchandises et environ 3 % des émissions de gaz à effet de serre. Si elle est déjà largement concernée par les évolutions réglementaires touchant aux émissions polluantes et aux innovations technologiques pour les réduire (nouveaux combustibles, motorisation électrique, etc.), la finance reste en retrait des enjeux environnementaux de ce secteur, alors que le financement maritime est une activité ancienne.
Mais les fonds d'investissement ayant horreur du vide dans les classes d'actifs, ce manque est sur le point d'être comblé. Eurazeo annonce ainsi ce matin le lancement de Eurazeo Sustainable Maritime Infrastructure (SMI), un fonds thématique qui cherche à lever au moins 300 millions d'euros, dans le cadre du Green Deal européen qui prévoit la neutralité carbone de l'économie maritime à l'horizon 2050.
Depuis le 1er janvier 2020, la réglementation de l'Organisation maritime internationale impose aux transporteurs de réduire considérablement leurs émissions d'oxydes de soufre (SOx), d'azote (NOx) et de dioxyde de carbone (CO2) de leurs carburants - une teneur en souffre maximale de 0,5 % au lieu de 3,5 % par exemple. Cela signifie que la plupart des opérateurs maritimes vont devoir remplacer leurs navires ou les mettre aux normes ("retrofiter"). Ils peuvent y parvenir soit en puisant dans leur trésorerie, soit en finançant l'opération auprès de banques. "Mais les banques sont réticentes à l'idée de financer l'achat de bateaux aux technologies nouvelles (carburant à gaz liquide, moteur électrique, moteur à hydrogène), qu'elles n'estiment pas encore totalement mûres, ou le retrofit d'unités de plus de douze ans, sur lesquelles elles perçoivent un risque élevé", explique Sylvain Makaya, associé chez Idinvest Partners (groupe Eurazeo) et responsable d'Eurazeo SMI. Le véhicule investira également dans les équipements portuaires innovants ou contribuant au développement des énergies renouvelables en mer.
Ce nouveau fonds repose sur le principe du crédit-bail, ou leasing. Dans le cas d'un remplacement de navire par exemple, il acquiert l'unité puis le loue à l'opérateur, qui l'achètera à son tour à l'issue du bail. Dans le cas d'une mise aux normes, le fonds acquiert le navire, effectue un transfert de cash vers le transporteur. Ce dernier finance ensuite le retrofit avec les liquidités reçues et exploite le bateau en leasing. À l’issue du bail, il devra l'acquérir. Dans les deux cas, si l'opérateur fait défaut au moment du rachat, le fonds pourra revendre l'unité à un autre transporteur. Le même principe sera appliqué aux équipements portuaires.
Étant donné que ce mode de financement est adossé à un actif tangible, il est susceptible d'intéresser les investisseurs, dont certains ont déjà répondu à l'appel puisque Eurazeo SMI a déjà levé 100 millions d'euros. "Le fait que le fonds détienne les actifs en propre donnera aux investissements un statut presque senior secured. En outre, les loyers prélevés tous les mois seront agrégés et distribués aux souscripteurs sur une base trimestrielle. La duration courte réduit également les risques", explique Sylvain Makaya. Cette relative protection explique pourquoi les placements dans le fonds bénéficieront d'un coût en capital réglementaire (solvency capital requirement) limité, en l'occurrence inférieur à 10 %, précise Eurazeo. Enfin, le fonds répond à l'article 9 du règlement européen Sustainable Finance Disclosure, qui incite les investisseurs institutionnels à investir dans des produits à impact positif sur la baisse des émissions polluantes. Eurazeo a mis en place avec l'organisme Carbone 4 un mécanisme pour son fonds qui permet aux souscripteurs de quantifier les réductions d'émissions obtenues par les investissements réalisés.
Les premiers souscripteurs sont le Fonds européen d'investissement, souvent présent pour soutenir les initiatives pilotes dans le financement, et des institutionnels aux engagements de passifs longs et importants, comme les bancassureurs et les mutuelles d'assurances ou de retraite. Les groupes non financiers sont également approchés : le transporteur CMA-CGM et la compagnie pétrolière Total (de plus en plus présent dans les renouvelables) font par exemple partie des souscripteurs. "Les entreprises souhaitent se tenir au fait des nouvelles technologies, des financements innovants et des évolutions réglementaires. Elles veulent également correspondre aux exigences de leurs clients dans leurs politiques environnementales", souligne Sylvain Makaya. Le fonds discute ainsi avec des holdings familiaux dont les entreprises dépendent totalement du fret maritime en raison de centres de production très distants des centres de consommation, comme Decathlon.
Le fonds est prêt à investir jusqu'à 25 millions d'euros pour une acquisition (avec une fourchette moyenne de 15 à 20 millions d'euros) et jusqu'à 15 millions pour un retrofit (avec une moyenne autour de 10 millions). Il lancera les premiers investissements lorsqu'il aura réuni 120 millions d'euros d'ici à l'été. Trois transactions possibles ont déjà été identifiées. Les cibles les plus probables sont les acteurs de taille moyenne en bonne santé financière. Eurazeo SMI dispose d'une équipe de trois spécialistes de l'économie maritime et fera régulièrement appel à plusieurs expertises externes pour conserver le lien avec les évolutions du marché.
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