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TF1 et M6 s’allient face à Schumpeter

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TF1 et M6 s’allient face à Schumpeter

C’est finalement les groupes Bouygues et TF1 qui rachètent M6. Les deux chaînes vont fusionner. Ce qui va leur permettre de dégager des synergies très importantes estimées entre 250 et 350 millions d’euros. Une création de valeur opportune permettant de compenser la baisse de valeur tendancielle des réseaux hertziens.
Bouygues - TF1 - télévision - TV
Bouygues - TF1 - télévision - TV

 

Les actions TF1 et M6 (avant la poussée spéculative liée à son rachat) valent aujourd’hui beaucoup moins qu’il y a dix ans, même si elles ont toutes deux compensé la forte baisse due à l’effet Covid. Si ces deux entreprises qui ont presque toujours été bénéficiaires avec une forte rentabilité des capitaux employés perdent chaque année de la valeur sur les marchés, c’est que les investisseurs ont intégré les changements profonds qui affectent l’audiovisuel. La montée en puissance du digital avec l’engouement pour le streaming (format Netflix ou Disney), la nécessité impérieuse de produire du contenu original de qualité qui peut être exporté (comme le Bureau des Légendes produit par Canal + et maintenant dupliqué aux États-Unis), la chute de la publicité qui était jusqu’ici la manne des chaînes de télévision et la fragmentation de l’audience depuis l’apparition de la TNT et des bouquets satellite.

Le TF1 acquis par Françis Bouygues au nez et à la barbe de Lagardère il y a trente-cinq ans et le M6 créé par la Lyonnaise des Eaux ne sont plus les machines à cash qu’elles étaient. Elles ne sont même plus des outils d’influence. Et la très forte concurrence qui anime le secteur audiovisuel depuis une vingtaine d’années concomitamment avec l’émergence du digital (rappelons qu’il y a 25 ans seulement Netflix envoyait des DVD par la poste dans des enveloppes kraft, alors que cette entreprise vaut aujourd’hui 178 milliards d’euros, soit 90 fois la valeur de TF1) a entraîné un véritable processus schumpétérien de destruction créatrice.

C’est la raison pour laquelle TF1 n’avait pas d’autre choix que de réagir et de gagner cette bataille pour le contrôle de M6 face à Xavier Niel, Vivendi, et Daniel Kretinski. Et TF1 était forcément le mieux placé, puisqu’étant le leader de la télévision hertzienne il est en mesure de développer avec son nouveau partenaire des synergies estimées entre 250 et 350 millions d’euros. Avec un multiple de résultat opérationnel d’environ 10 fois, ces synergies vont entraîner une création de valeur de l’ordre de 3 milliards d’euros au bout de trois ans qui va s’ajouter à la capitalisation boursière cumulée des deux groupes, soit 4 milliards d’euros.

Ensuite le défi de ce nouvel ensemble est d’investir dans des plates-formes de streaming comme Salto et dans le contenu original, mais aussi de s’adapter à ce que sera la télévision de demain : non plus un écran noir trônant dans chaque salon, mais une application de smartphone, avec des services et des boutiques. En tant que français nous pouvons applaudir à une opération qui consolide l’audiovisuel national. En tant que français nous pouvons aussi souhaiter que l’État si présent dans la régulation de ce secteur desserre enfin les contraintes qui nous empêchent d’avoir des Gafas et qui privilégient une "exception culturelle française" pourtant morte il y a bien longtemps. En tant que français il ne nous reste qu’à souhaiter que cette fusion ne soit pas l’union de deux géants aux pieds d’argile mais la constitution d’un acteur agile, à la manière de Stellantis dans l’automobile. L’avenir le dira très vite. Juste après que l’autorité de la concurrence rende son verdict.

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