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Fusion TF1-M6 : rien n’est encore perdu

Alors que l'Autorité de la concurrence vient de rendre un avis défavorable concernant le projet de fusion entre les groupes TF1 et M6, ces derniers pourront toujours contester une éventuelle décision finale de refus. Ils pourraient même faire appel à Bercy pour forcer la fusion. 
Benoît Coeuré, nouveau président de l'Autorité de la concurrence, a rendu un avis défavorable au projet de fusion TF1 et M6 (Stephane AUDRAS/REA)
Benoît Coeuré, nouveau président de l'Autorité de la concurrence, a rendu un avis défavorable au projet de fusion TF1 et M6 (Stephane AUDRAS/REA)

Une sacrée désillusion. L’Autorité de la concurrence vient de rendre un premier avis défavorable quant à la fusion des deux groupes télévisuels français TF1 et M6.

Le problème ? Cette opération conduirait selon le gendarme de la concurrence, présidé par Benoît Cœuré depuis janvier dernier, à un quasi-monopole du nouvel ensemble en termes de publicité.

Nicolas de Tavernost, actuel patron du groupe M6 qui devrait prendre les commandes du nouvel ensemble en tant que président-directeur général, suivi du groupe TF1, a fait part de son incompréhension de cette décision, expliquant que "la nature et l’étendue des remèdes requis dans le rapport d’instruction feraient perdre toute pertinence au projet des parties qui, dans ce cas, l’abandonneraient ". Il avait d’ailleurs prévenu, il y a quelques mois que "si nous ne pouvons pas mettre en œuvre un programme complet de synergies dans le cadre de cette fusion, pour investir davantage dans de nouvelles activités, nous ne ferons pas la fusion".

 

Des financements publicitaires indispensables

 

Annoncé en mai 2021 et devant être finalisé au début de l’année prochaine, le projet, par lequel TF1 achète 30% des titres du groupe M6, filiale de l’allemand Bertelsmann derrière RTL Group pour un montant estimé à 641 millions d’euros, permettrait en effet aux deux acteurs du petit écran de capter jusqu’à 75% des parts de marché du secteur de la publicité en France.

Cette fusion a été pensée pour créer un géant français capable de concurrencer, avec 42% des parts d’audiences combinées, des plateformes américaines de vidéos en ligne telles que Netflix, Disney plus ou Amazon Prime. Celles-ci séduisent de plus en plus le public pour des tarifs bon marché quand les chaînes de télévision sont obligées de produire des programmes toujours plus chers pour des parts d’audience sans cesse en baisse.

Déjà, en 2000, époque à laquelle il avait décidé d’engager sa société dans la téléphonie mobile et attendait que le gouvernement français attribue des licences d’autorisation UMPTS (troisième génération de téléphones mobiles, permettant de transmettre voix, textes, et images), Martin Bouygues, propriétaire de TF1, dans une tribune publiée par "Le Monde ", rappelait lui-même : "Ne pas entrer en compétition, ce (serait) la mort subite. Y entrer, ce (serait) préférer la mort lente ".

 

Des concessions déjà opérées

 

Dans ce contexte, la publicité est donc vitale pour ces sociétés françaises si elles veulent rester compétitives. D’ailleurs, en réponse à des téléspectateurs se plaignant du trop grand nombre de publicité sur ses programmes, TF1 avait communiqué en 2019 : "Les chaînes du groupe appartiennent à un organisme privé dont le financement est assuré par la vente de publicité autour de ses programmes. Le modèle économique de nos chaînes est donc basé sur les recettes publicitaires : sans publicité, nous ne pourrions donc pas vous proposer nos programmes ".

TF1 et M6 ont déjà procédé à quelques concessions pour se conformer à la réglementation. Les chaînes TFX et 6Ter doivent être vendues au groupe Altice (BFMTV). De plus, M6 prévoit de sortir Paris Première du canal TNT pour se conformer à la loi Léotard de 1986 (soit à une ère où le numérique n’existait pas) qui impose en effet à un même groupe de télévision de posséder au maximum sept chaînes sur la fréquence TNT. De son coté, TF1 a prévu de revendre prochainement ses activités numériques (presse, marketing).

Le projet prévoit entre outre, que M6 soit scindée en deux entités distinctes, services et édition. La première serait absorbée par TF1 alors que le seconde devrait rester coté et détenue à 48,3% par le nouvel ensemble.

 

Bruno Le Maire en dernier recours

 

Cependant, la fusion, même menacée, est loin d’être rendue impossible. D’abord, les parties concernées ont fait savoir qu’elles comptaient répondre dans les trois semaines à venir au gendarme de la concurrence. Elles seront auditionnées les 5 et 6 septembre prochain pour une décision finale attendue en octobre et devront également recevoir l’aval de l’Arcom (ex-CSA), prévu pour novembre.

Ensuite, si TF1 et M6 n’obtenaient finalement pas le sésame souhaité, cette décision de refus pourrait encore faire l’objet d’un recours contentieux devant les tribunaux.

Surtout, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, pourrait encore, en dernier lieu, intervenir. Celui qui souhaite favoriser la compétitivité des entreprises françaises au niveau mondial pourrait, en effet, se servir du code du commerce qui l’autorise à passer outre la décision rendue par l’Autorité de la concurrence et autoriser la fusion. 

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