Dirigeants, gouvernance / Vivendi
Dirigeants, gouvernance
Vivendi
Le mauvais « procès » fait à Vivendi par un activiste
Le fonds activiste Bluebell Capital n’a beau avoir que 90 millions de dollars d’actifs sous gestion, il se sent pousser des ailes après avoir pris une part active – mais pas décisive – au départ d’Emmanuel Faber de la direction de Danone. Ce fonds, géré par un ancien patron de Bulgari, a décidé de s’attaquer à Vivendi. Mais autant chez Danone il pouvait facilement faire ressortir le manque de création de valeur du groupe, la faiblesse de son cours de Bourse et le peu de soin apporté aux actionnaires, autant avec Vivendi, il est difficile d’essayer de faire pleurer la veuve et l’orphelin qui s’apprêtent à se partager sous forme de dividende 60 % du capital d’Universal Music (un actif estimé à au moins 33 milliards d’euros).
Si Bluebell intervient, c’est parce que la distribution de ces actions aux petits actionnaires de Vivendi va entraîner une taxation de 30 %. C’est le fameux Prélèvement Forfaitaire Unique que les actionnaires ont l’habitude d’acquitter sur tous leurs dividendes. Il n’y a pas de surprise à cela. Il n’y a pas non plus de particularité propre à Vivendi sur ce sujet-là. C’est dire la mauvaise foi du fonds activiste anglo-saxon. Et cette mauvaise foi n’a pas de limite puisqu’il demande à Vivendi de distribuer en complément un montant en cash de 2,80 euros, soit près de 10 % du montant de l’action ou bien 3,3 milliards d’euros au total.
Par ailleurs Bluebell demande que les actions Universal Music soient cotées à New York en plus d’Amsterdam. La plupart des grandes opérations boursières récentes ont eu lieu à Amsterdam, sur la plate-forme de cotation d’Euronext, qui est l’une des plus prestigieuses et sécurisées au monde. Par ailleurs Universal Music a déjà son siège social aux Pays-Bas, comme Stellantis, issu de la fusion Peugeot-Fiat. Ce qui ne pose aucun problème.
A priori ces menaces de Bluebell ne risquent pas d’atteindre leur but dans la mesure où le dividende "Universal Music" est voté en assemblée générale ordinaire, où le groupe Bolloré, la Caisse des Dépôts et les salariés disposent d’une très large majorité. En revanche il serait regrettable que Bluebell, n’ayant pas obtenu une réponse positive à ses demandes inconsidérées, cherche à se "venger" en assemblée générale extraordinaire en votant contre la possibilité donnée au directoire de procéder à une OPRA sur 50 % du capital.
On découvre ainsi la face obscure de ces fonds anglo-saxons - qui vont maintenant agiter les agences de proxy comme Glass Lewis ou ISS - et dont le seul but est de nuire à l’intérêt social des entreprises pour favoriser un intérêt particulier. C’est de cette manière que procède aussi Elliott, l’un des plus gros fonds activistes auquel Vivendi a déjà eu maille à partir dans l’affaire Telecom Italia. Alors qu’Amber, chez Lagardère n’a cherché, depuis plusieurs années, qu’à faire évoluer ce groupe en termes industriels et en termes de gouvernance au profit de tous.
Le problème c’est qu’en rendant son activisme public Bluebell distille le poison de la calomnie contre Vivendi en suspectant le groupe d’être trop généreux avec ses actionnaires. Comme les troyens voyant arriver les Grecs avec le fameux cadeau du "Cheval de troie" et déclarant : "Timeo danaos et dona ferentes" (ce qui signifie : je crains les grecs surtout lorsqu’ils font des cadeaux). Et cela au moment même où, vingt ans après les déboires de Jean-Marie Messier, Vivendi est enfin en mesure de faire des cadeaux à ses actionnaires. C'est dire s'il faut avoir l’esprit sacrément tordu pour lui en faire le reproche.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

