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Activiste / Vivendi
Les deux visages d’Elliott
La passe d’armes entre Vivendi, qui a perdu le contrôle du board de Telecom Italia en mai dernier, et l’activiste Elliott, n’en finit plus. Ce week-end, le groupe de Vincent Bolloré a dû réaffirmer son soutien envers Amos Genish, le CEO du groupe qu’il avait fait nommer à l’époque où il présidait encore aux destinées de sa filiale. "Nous pensons que cette perfide campagne de rumeurs est orchestrée par Elliott, dont le manque d'organisation entrave Telecom Italia", a indiqué le groupe dans un communiqué. L’activiste a de son côté renvoyé à ses propos de septembre, dans lesquels il accusait Vivendi de court-termisme dans ce dossier. Le patron Amos Genish est, on l’imagine, écartelé dans ce contexte et s’il a défendu sa stratégie de développement de la 5G dans une interview donnée au quotidien italien La Republicca de ce jour, il remarque également que cette "situation problématique" crée "beaucoup de difficultés et devient insupportable".
Pour ne rien arranger, l’entrée de Free dans le marché italien en mai dernier constitue un challenge de plus pour Telecom Italia, qui doit investir massivement pour garder son empreinte sur la Botte. Mais le groupe est fortement endetté et selon Reuters, TIM aurait mandaté Enrico Laghi, un des trois commissaires qui avaient mené la restructuration d’Alitalia, afin de faire une revue des actifs du groupe. Qui pourrait mener, le cas échéant, à une dépréciation de certaines infrastructures, comme les réseaux cuivre et la fibre optique. Le titre Telecom Italia, qui a chuté de 45% depuis le mois de mai, témoigne de cette détérioration de la situation, qui n’a pour l’instant pas d’issue.
Le dossier Telecom Italia rappelle le mode opératoire de l’activiste Elliott, qui n’a jamais hésité à utiliser une méthode agressive et frontale pour parvenir à ses fins. Pourtant ces derniers mois, l’investisseur emmené par Paul Singer a adopté une stratégie plus accommodante et cherche sans aucun doute à se faire mieux accepter des corporates et des grands institutionnels actionnaires, comme BlackRock ou Vanguard. Pour ce faire, en octobre dernier il a nommé Christine O’Brien, une analyste recherche qui officiait dans le groupe depuis 2011, en charge de mener à bien la nouvelle politique du groupe en termes de gouvernance corporate.
Le mot d’ordre d’Elliott n’est plus de faire une entrée bruyante au capital d’une cible et des campagnes agressives pour parvenir à ses fins, mais plutôt de se poser comme un conseil avisé de ces sociétés. Et cela a une raison : la montée en puissance des fonds indiciels, qui sont une voix prépondérante au sein des sociétés, et qui ont à cœur de promouvoir une gouvernance et une rémunération plus justes. Pour contrer son image court-termiste et obtenir l’aval de ces grands actionnaires lors de votes de proxys, Elliott se montre donc de plus en plus à la pointe sur ces sujets. Le chemin sera encore long, mais il est en tout cas notable de la part du plus gros fonds activiste de la planète, qui a déjà lancé pas moins de 19 campagnes cette année.
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