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HSBC / My Money Group / Cerberus Capital / Banque de détail
HSBC solde au prix fort son aventure dans la banque de détail en France
HSBC a traîné ses activités françaises de banque de détail tel le sparadrap du Capitaine Haddock, mais elles ont enfin trouvé preneur. Comme les bruits de couloir le prévoyaient, le repreneur est My Money Group, un groupe financier appartenant au fonds d’investissement américain Cerberus Capital.
Mais les termes du protocole d’accord montrent que le mastodonte bancaire britannique a dû boire le calice jusqu’à la lie : la vente se fera au prix d’un euro et HSBC sera amené à faire un chèque d’environ… 1,6 milliard d’euros, représentant la valeur de l’actif net des activités qui seront transférées à My Money Group. La filiale n’est en effet pas vendue d’un bloc : le périmètre acquis ne comprend ni l’assurance (HSBC Assurances Vie), ni la gestion d’actifs (HSBC AM France et HSBC REIM France). Suite à cette transaction, HSBC Continental Europe (la filiale regroupant ses activités dans 10 pays d’Europe et ayant son siège à Paris) sera conduit à enregistrer dans ses comptes une perte avant impôt de 1,9 milliard d’euros. Cette somme est absorbable étant donné sa surface financière de la maison-mère, dont le centre de gravité vire vers l’Asie.
Histoire d’un fiasco
Mais elle souligne son échec dans ses aventures dans la banque de particuliers en France : il avait débarqué sur ce marché en 2000 en acquérant au prix fort le Crédit commercial de France (CCF) – 11 milliards d’euros ! – et continuer les petites acquisitions, en particulier celle de la Banque Hervet en 2001 pour 530 millions. Ce qui, lorsque toutes les agences adoptèrent la marque HSBC en 2005, produisit des situations cocasses dans les quartiers d’affaires où ces établissements haut de gamme étaient bien implantés – on a longtemps compté trois agences HSBC au carrefour entre la rue Réaumur et la rue de Cléry par exemple…
Outre un maillage peu rationnel, l’harmonisation des systèmes informatiques des différents établissements a viré au casse-tête. Or, c’est un organe vital pour la bonne gestion d’une banque.
Cela fait deux ans que HSBC, conseillé par ses propres banquiers d’affaires et ceux de Lazard, cherchait activement à vendre sa banque de détail hexagonale, après avoir vainement tenté, pendant plus de 20 ans, de l’intégrer pleinement à son dispositif international. Avant My Money Group, la Société Générale et de la Banque Postale ont regardé le dossier – et peut-être d’autres acteurs restés sous les radars. Mais la filiale de la Poste cherche à se développer dans la gestion de patrimoine du particulier et la banque d’entreprises, précisément les activités que HSBC conservent. Et la Société Générale a eu bien d’autres soucis, que ce soit éponger ses pertes sur les marchés financiers en raison de la crise et rationaliser ses propres réseaux Société Générale et Crédit du Nord.
Des réticences d’autant plus fortes que la banque de détail de HSBC a une santé notoirement chancelante, malgré sa clientèle aisée. Elle a subi plusieurs plans de départ. Les activités vendues ont ainsi affiché une perte avant impôt de 167 millions d’euros en 2019 et de 236 millions d’euros en 2020. HSBC a dû considérablement augmenter le chèque pour convaincre Cerberus/My Money Group ; selon les informations qui circulaient, son montant est passé de 400 millions d’euros à l’origine à un milliard, pour finalement terminer à 1,6 milliard.
Mission difficile pour My Money Group
Comment My Money Group compte réussir là où HSBC a échoué ? Inconnu du grand public, cet acteur est l’héritier de GE Money Bank, activité de GE Capital, l’immense filiale de services financiers du conglomérat américain General Electric que ce dernier a vendue à la découpe au cours des années 2000 et 2010 pour se concentrer sur ses activités industrielles. C’est dans ce contexte que GE Money Bank a été acquise par Cerberus en 2016. My Money Group pratique notamment le regroupement de crédits aux particuliers et le crédit automobile.
My Money Group va dans un premier temps ressusciter la marque CCF, sur laquelle il a acquis les droits. Une initiative intelligente étant donné la bonne réputation qu’elle véhicule. L’acquéreur met la main sur un réseau de 244 agences bancaires, 24 milliards d’euros d’actifs, 21 milliards d’encours de prêts particulièrement sains – le taux de créances douteuses et litigieuses est très faible (1,2%) – et 19 milliards de dépôts.
La nouvelle société regroupera les activités acquises auprès de HSBC et celles de My Money Group : soit au total 31 milliards d’euros d’actifs, 27,6 milliards d’encours de prêts et 22,8 milliards de dépôts. Elle affiche un produit net bancaire annuel de 600 millions d’euros.
L’acquéreur compte rester sur le même créneau que HSBC, voulant faire du nouveau CCF "une banque française indépendante et de taille humaine, dotée d’un large portefeuille de produits haut de gamme" pour adopter "un positionnement différenciant". Mais cette déclaration, plus proche de la profession de foi que d’une stratégie, en dit peu sur la manière dont Cerberus compte réussir là où HSBC a échoué.
Seul élément précis – et important – My Money Group s’est engagé à investir 200 millions d’euros dans la refonte du système informatique. C’est indispensable pour atteindre une base de coûts supportable, mais cela ne saurait non plus résumer une stratégie.
Corollaire, Cerberus devra aussi trancher sur l’avenir du réseau d’agences, qui plombent les comptes des banques traditionnelles depuis le développement des usages en ligne dans un contexte d’extrême faiblesse des taux d’intérêt. Eric Shehadeh, PDG de My Money Group, a assuré qu’il n’y aurait pas de plan de restructuration, "s’il y en a un", avant 2024-25.
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