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Morgan Stanley, agile et connectée
Alors que la consolidation bancaire se dessine en Europe avec l’OPE faite par l’italienne Intesa Sanpaolo sur UBI Banca, les banques américaines ouvrent des verticales. Aujourd’hui, c’est Morgan Stanley qui vient d’annoncer une ambitieuse opération avec une offre de rachat en titres sur la banque en ligne E-Trade. Elle propose 58,74 dollars par action, soit une prime de 30% sur le dernier cours de la cible et un prix total de 13 milliards de dollars. Ce qui représente la plus grosse acquisition faite par une grande banque américaine depuis la crise financière. Morgan Stanley va garder la marque E-Trade, née en 1991, qui a été la première société à proposer des services de broker aux particuliers au début des années 90 avant de se lancer dans la banque en ligne à bas coûts, et garde une très forte notoriété. Son CEO, Mike Pizzi, intègre la banque et siégera au conseil, tout comme un autre représentant du groupe.
Cette opération a un objectif stratégique majeur : rééquilibrer l’activité de Morgan Stanley, qui était un pure player des marchés jusqu’à la crise, vers d’autres activités, moins cycliques et moins gourmandes en capitaux réglementaires. Et en particulier la banque en ligne et la gestion de fortune. La banque dirigée par James Gorman intègre ainsi les 5,2 millions de comptes clients d’E-Trade qui sont certes bien moins fortunés que les siens puisqu’ils ne représentent que 360 milliards de dollars d’actifs retail, si l’on compare aux 3 millions de clients et 2.300 milliards de dollars de Morgan Stanley. Mais cela n’empêche pas d’actionner des leviers : la banque américaine chiffre ainsi les économies opérationnelles à 400 millions de dollars. Mais aussi 150 millions de dollars de synergies financières, car elle va utiliser les 56 milliards de dollars de dépôts d’E-Trade pour son activité de prêts. "Nous allons affronter Schwab. Nous allons affronter Fidelity", a annoncé le pugnace CEO, James Gorman.
Outre sa taille, cette opération démontre l’évolution de l’état d’esprit des géants de Wall Street, qui depuis plusieurs années cherchent à diversifier leurs revenus des pures activités de marché, devenues moins rentables notamment dans un contexte de taux bas. Ces mastodontes, qui autrefois ne s’intéressaient qu’aux grosses opérations de marché sur lesquelles ils prélevaient leurs fees, cherchent désormais à placer leurs pions sur les activités traditionnelles de retail, où les disrupteurs digitaux comme E-Trade ont pris de précieuses parts de marché.
Morgan Stanley n’est bien sûr pas la seule à tourner les yeux vers la manne des clients retail et leurs dépôts. Et à cet égard, il est intéressant de constater qu’alors que cette dernière a choisi la voie de la croissance externe, sa grande concurrente Goldman Sachs a monté son propre service de banque en ligne, Marcus, de façon organique, il y a trois ans. Ce dernier a bien démarré mais ne représentait encore que 3 % du chiffre d’affaires de Goldman Sachs en 2019. Si Morgan Stanley y met un prix bien plus élevé et prend le risque de l’intégration, elle prend aussi une précieuse avance : avec E-Trade, la division d’investissement et de gestion de fortune représentera environ 57 % de ses profits avant impôts, contre 26 % en 2010, a-t-elle fait valoir.
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