Fusions, Acquisitions / Engie / Bouygues
Fusions, Acquisitions
Engie / Bouygues
Très belle opération pour Engie avec Equans et plus incertaine pour Bouygues
Pour Engie, la vente d’Equans - qui n’est même pas une filiale, mais une division rassemblant plusieurs sociétés de services énergétiques en France et à l’international et qui emploie 74 000 salariés – aurait pu être bordée de chausse-trapes avec un prix initialement attendu compris entre 4 et 5 milliards d’euros. Pour finir Jean-Pierre Clamadieu, le Président d’Engie peut s’enorgueillir d’avoir mené un processus concurrentiel transparent et incontestable tout en encaissant finalement le montant inespéré de 7,1 milliards d’euros. Puisque tel est le prix que Bouygues s’est engagé à payer, fort d’une trésorerie de 13 milliards.
Lors de l’ouverture des offres mardi dernier dans la soirée en présence d’un huissier, il est apparu très vite que Bouygues avait affiché un prix très fort pour être sûr de l’emporter. Un prix supérieur aux 6,5 à 6,6 milliards d’euros proposés par le tandem Bain Capital et Fimalac, lui-même supérieur à l’offre d’Eiffage. Il restait à regarder les "share purposal agreement" des trois acquéreurs potentiels afin d’étudier les garanties de passif, et les engagements sociaux. Sur ce dernier point les trois offres sont apparues très proches. Comme nous l’indique un banquier conseil, à partir du moment où la structuration des trois offres était semblable, c’était le prix qui ferait la différence, et uniquement le prix.
Reste à comprendre l’intérêt du prix proposé par Bouygues qui représente environ 20 fois le bénéfice net d’une activité où les restructurations seront nombreuses. Le groupe explique que cela va lui permettre de renforcer sa propre branche services et d’être un acteur majeur de la transition écologique. C’est surtout la première décision stratégique majeure prise par Olivier Roussat en sa qualité de directeur général, même si Martin Bouygues ne s’est pas désintéressé du processus. Nul doute que le groupe saura très bien intégrer les 74 000 salariés d’Equans. Mais quant à obtenir un retour sur investissement dans un délai normal, ce n’est pas certain, vu le prix payé et la faiblesse des marges dans ce secteur. Déjà l’investissement dans Alstom a été tout juste rentable pour Bouygues. Mais bien malin qui peut dire quand Bouygues retrouvera ses petits avec un tel prix payé.
Au moins ce prix ôte tous les soupçons – assez lourds – qui circulaient sur le fait que cette société était promise par les pouvoirs publics à Bouygues. À quelques mois d’une campagne présidentielle où l’actionnaire de TF1 sera évidemment sollicité. Et alors que le projet de rapprochement entre M6 et TF1 a du plomb dans l’aile pour des questions évidentes de concurrence. L’avocat-conseil de Jean-Pierre Clamadieu, Antoine Gosset-Grainville, a bien répondu aux intérêts de son client en proclamant haut et fort que le prix serait déterminant. Un message bien reçu par Bouygues et même par Bain, et qui ôte toute suspicion de favoritisme, d’autant que le comité ad hoc a vu son travail largement contrôlé par le conseil d’administration où siège une représentante de l’État.
Reste maintenant à Engie à utiliser ce cash et celui issu de la vente des actions Suez avec intelligence et rapidité au risque d’attirer l’intérêt d’un groupe concurrent comme TotalEnergies qui a les mêmes axes de développement : le gaz et les énergies renouvelables.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

