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Carrefour / Numérique / digital retail
Carrefour entame sa transformation digitale
Les hypermarchés en France souffrent depuis deux décennies. En 2021, les Français ne réalisent plus que 41,1 % de leurs courses dans ces magasins, contre 43,4 % en 2019. Le modèle de consommation de masse que proposent ces structures ne correspond plus aux attentes particulières des clients, qui préfèrent les achats fragmentés et passent plus de temps à acheter en ligne. C’est pourquoi Carrefour est prêt à investir 3 milliards d’euros sur cinq ans pour sa transformation numérique. Ce montant sera injecté dans trois leviers de croissance qui devraient apporter, en 2026, 600 millions d’euros en plus de résultat opérationnel courant.
Le distributeur a analysé qu’un client qui achète en magasin et en ligne dépense 30 % de plus que ceux qui ne se rendent qu’en magasin. Ils ont donc pour objectif pour 2026 que près d'un tiers de leurs clients devienne omnicanal, contre 4 % en 2018. Alexandre Bompard, le président-directeur général, veut passer de 3 milliards d’euros en 2021 à 10 milliards en cinq ans, en termes de volume d’affaires des ventes en ligne. Pour la vente en ligne et la livraison des courses, Carrefour a conclu deux principaux partenariats.
Le premier est avec Uber Eats, chargé de s’occuper du dernier kilomètre de livraison. Sur l’application de livraison de repas et de courses, Carrefour apparaît sur un onglet nommé "Carrefour Sprint". De cette collaboration qui dure depuis un an, 100 millions de chiffres d’affaires supplémentaires ont été engrangés. Le deuxième partenariat lie Carrefour à Cajoo, une entreprise de services de livraison ultra-rapide dans 10 villes françaises. L’investissement de Carrefour dans Cajoo lui permet ainsi de mettre un pied dans le "quick commerce". C'est une tendance née durant le confinement pour laquelle les consommateurs sont livrés en 15 minutes.
En général, les achats correspondent à des petits paniers. Pour Élodie Perthuisot, directrice e-commerce, transformation digitale et data, ces derniers sont ceux qui possèdent la meilleure marge. Les ventes en ligne devraient rapporter 200 millions d’euros de résultat opérationnel courant en 2026. Carrefour a également investi dans un entrepôt de 24 000 m2 en Essonne, entièrement robotisé par Exotec.
Carrefour possède le "data lake" (méthode de stockage de données utilisé dans le big data) le plus important en Europe, avec 8 milliards de données propriétaires. L’entreprise récolte des informations auprès de ses 80 millions de clients qui fréquentent l’enseigne, dont 50 millions sont porteurs d’une carte de fidélité. La société souhaite monétiser l’ensemble des données qu’elle a collecté sur ses clients. Elle propose sur sa plateforme Carrefour Links aux annonceurs d’exploiter les données dont elle est propriétaire. Ce business model correspond au "retail media". C’est un marché mondial dont la valeur atteint plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ce marché a crû de 30 % l’an dernier. Carrefour s’attend à engranger 200 millions d’euros de résultat opérationnel courant en 2026 grâce à cette nouvelle plateforme, lancée en juin.
Enfin, Carrefour souhaite également numériser ses services bancaires. Ils seront personnalisés pour chaque client en lui proposant une solution de financement adaptée. Ce qui permettrait de réduire les coûts du risque. Cette digitalisation permettrait d’augmenter son résultat opérationnel courant de 200 millions d’euros en 2026.
Cette transformation digitale a pour but de transformer Carrefour en leader européen du "digital retail" et de concurrencer Amazon et Walmart. Face à Amazon, Alexandre Bompard estime que sa société possède un avantage concurrentiel. En effet, son entreprise possède 13 000 points de ventes de toute taille, 80 millions de clients en magasins et 800 millions de visites sur ses plateformes d’e-commerce. Cet investissement conséquent a pour objectif de conquérir cinq millions de clients supplémentaires d’ici 2026. Pour éviter de disposer de deux entités, avec d'un côté les magasins physiques et de l'autre le numérique, l’ensemble des 320 000 employés du distributeur seront formés au numérique au sein de son école de digital retail en partenariat avec Google. Par ailleurs, les collaborateurs seront invités à échanger sur la plateforme de communication Workplace from Meta.
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