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Feuilleton de l'été / France Invest / Alexis Dupont

Feuilleton de l'été
France Invest / Alexis Dupont

exclusif Ils et elles vont construire le monde d'après – Alexis Dupont

EXCLUSIF. Celui qui a longtemps œuvré dans l'ombre pour le compte des intérêts économiques de la France est désormais directeur général de France Invest, association dédiée au financement des entreprises françaises. Un technicien qui sait comment se montrer convaincant.  
Alexis Dupont, directeur général de France Invest (DR)
Alexis Dupont, directeur général de France Invest (DR)

Alexis Dupont, directeur général de France Invest, association française rassemblant près de 400 sociétés de gestion et près de 180 sociétés de conseil, n’aime pas la facilité.

Après une première partie de parcours scolaire scientifique, il s’oriente vers l’ENSAE. "J’ai choisi cette école d’ingénieur car c’était une des seules à me permettre de faire à la fois des mathématiques mais aussi de l’économie. J’ai toujours trouvé étonnant qu’un ingénieur en fin d’études n’ait jamais entendu parler d’économie pour peu qu’il ait fait un parcours scientifique classique", explique à WanSquare l’homme de 36 ans.

 

Chef de commando

 

L’économie mais pas que ! Il s’y spécialise dans les flux d’actuariat (mathématiques financières appliquées à l’assurance) et intègre, à sa sortie en 2010, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). "Mes études me destinait à une carrière dans le secteur de l’assurance. J’ai eu la chance de rentrer sur concours dans le corps des commissaires contrôleurs de l’assurance (maintenant intégré au corps des Mines)", indique Alexis Dupont.

Celui qui est donc aujourd’hui ingénieur en chef des Mines – un corps d’État à l’époque - contrôle alors des organismes d’assurance. "J’étais très heureux de rejoindre cette structure car elle me permettait d’avoir une vision très large du marché de l’assurance et de travailler au quotidien sur des sujets très variés, à la fois technique mais aussi d’analyse économique et juridique", se remémore le directeur général de France Invest.

Parmi les dossiers qu’il a gérés : l’Europe. Une thématique qui le suivra tout au long de sa carrière. " Un peu par hasard j’ai eu l’opportunité de travailler sur des sujets qui avaient trait à la négociation européenne, notamment au moment de la directive Solvabilité 2 qui était en train de se finaliser à Bruxelles. J’ai adoré cela car le sujet nécessitait un certain savoir-faire pour équilibrer les discussions entre les différents pays de l’Union européenne (UE)", confie-t-il.

Une parenthèse européenne qui le pousse à en faire sa fonction à plein temps.  "Je suis devenu pendant un an chef d'une petite équipe qui s’occupait de tous les aspects quantitatifs des négociations européennes au sein de l’ACPR ", relate Alexis Dupont. 

Une mission prenante qui ne l’empêche toutefois pas, en parallèle, de donner des cours d’actuariat à Paris-Dauphine. "Une expérience très formatrice car l’enseignement pousse à s’interroger sur la façon dont on explique les choses et donc sur la manière de conceptualiser certaines idées. J’ai d’ailleurs gardé par la suite ce goût d’expliquer des choses compliquées de la façon la plus simple possible. Une méthode qui s’applique aussi bien à une classe d’élèves qu’à des décideurs ", constate l’ancien professeur.

 

Dégainer des arguments

 

Pourtant, quatre ans après être entré à l’ACPR, l’homme décide de faire évoluer sa carrière. Il part alors à la direction générale du Trésor à Bercy en 2014. " La DG Trésor a toujours eu cette réputation d’excellence et de richesse des fonctions qu’on pouvait y exercer. Un poste s’est libéré et j’ai donc sauté sur l’occasion pour y travailler ", explique le directeur général de France Invest.

Au ministère de l’économie et des finances, il intègre le bureau Epargne et Marchés Financiers au sein du service de financement de l’économie, autant dire rien à voir avec le secteur de l’assurance. "Je m’occupais de tout le suivi du secteur de la gestion d’actifs français ". 

Réputée pour être une maison rigide, le Trésor lui offre pourtant une totale autonomie d’action. "J’étais multifonctions : j’assurais les relations avec la profession comme l’élaboration de la position des pouvoirs publics, le suivi voire l’impulsion législative ou réglementaire sur le secteur", détaille Alexis Dupont.

Il collabore notamment à la création d’un nouveau véhicule de capital-investissement en 2015 dans le cadre de la loi pour la Croissance, l’Activité et l’Egalité des chances économiques, dite "loi Macron". "J’ai travaillé sur la compétitivité du secteur, la possibilité pour les fonds d’octroyer directement des prêts ainsi que sur des sujets de finance durable ce qui, à l’époque était assez nouveau ", explique l’ingénieur.

Surtout, son appétence pour les sujets européens est mise à l’honneur. "Une partie importante de mon poste consistait également au suivi des négociations européennes sur l’asset management avec notamment le règlement européen sur les fonds monétaires qui était en cours de discussion à l’époque ", rappelle Alexis Dupont.

Une expérience passionnante qu’il juge, avec le recul, très utile pour la suite de sa carrière. "Ce règlement a fait l’objet d’une discussion très complexe. Il fallait être constamment prêt à dégainer des arguments techniques tout en sachant gérer des enjeux de pouvoirs au niveau européen. J’ai adoré naviguer dans cet environnement ", se souvient-il.

 

Bras armé des intérêts français

 

C’est donc assez naturellement qu’il rejoint, trois ans plus tard, la Représentation Permanente de la France auprès de l’Union Européenne (UE) en tant que conseiller pour les services financiers. "Là aussi, ce furent des fonctions très intenses. On arrivait à la fin de la présidence Juncker à la Commission européenne, dans un contexte de Brexit, et énormément de textes sur les sujets financiers, comme les chambres de compensation, la réglementation des banques d’investissement et la finance durable, devaient être discutés ", se souvient-t-il.

A ce poste, il est l’un des bras armés de la France. "J’étais là pour faire défendre la position française sur les différents dossiers à Bruxelles ", confie le directeur général. Un poste stratégique - la Représentation Permanente française est réputée pour être l’une des plus compétentes de l’UE- qui l’oblige à rapidement maîtriser tous les rouages techniques du fonctionnement de l’Union européenne. "Il faut connaître tous les interlocuteurs pour bien les comprendre dans le cadre des négociations. Je devais parvenir à trouver des points d’équilibre entre les uns et les autres", explique-t-il.

Un travail de l’ombre aussi très utile pour régler en amont d’éventuels conflits et notamment en pleine période du Brexit durant laquelle Boris Johnson s'est révélé être un négociateur féroce.  "Les gens entendent parler des sujets européens lorsqu’il y a un problème mais on ne voit pas tout ce qui aurait pu mal se passer pour les intérêts français et qui a discrètement été déminé en coulisses. Et comme on entend assez peu parler de l’UE en France, cela veut dire qu’il ne doit pas y avoir tant de problème non déminés que ça! ", constate l’ancien enseignant.

 

Toujours patriote

 

En juin 2019, après une dizaine d’années dans le secteur public, il décide de passer de l’autre côté de la barrière et d’être "un peu plus dans le concret des entreprises et de ceux qui les accompagnent".

Il devient alors directeur général de France Invest, association dédiée au financement de l’économie. " Je n’ai pas tellement hésité quand on m’a proposé de prendre la direction de France Invest car il s’agit d’une association reconnue pour son expertise. Ce qui m’a séduit, c’est d'être à la frontière entre le secteur financier et le monde de l’entreprise", observe Alexis Dupont.

Une autre manière pour lui également de contribuer à l’économie française. "Notre rôle est de faire en sorte que les start-ups, les PME et les ETI françaises soient bien financées et plus durables ", ajoute le directeur général. Il apporte aux presque 600 adhérents de France Invest sa connaissance des sujets techniques mais aussi des rouages européens. "Il est important que l’association puisse peser à Bruxelles", souligne-t-il.

En poste depuis trois ans, Alexis Dupont n’a pas vu le temps s’écouler. Mieux, il est passé de défi en défi. Il a connu la crise sanitaire peu après son arrivée. "Nous avons beaucoup accompagné nos adhérents et leurs participations sur le suivi des mesures d’urgence puis de relance mises en place par le Gouvernement au plus fort de la pandémie", relate-t-il. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine l’oblige encore à soutenir les entreprises.

Mais ce n’est pas tout. Au-delà des différentes crises, le directeur général a des dossiers en préparation tels que l’ouverture de la classe d’actifs de France Invest aux épargnants, "ce que l’on appelle la démocratisation du capital-investissement pour répondre à l’enjeu de la création de valeur avec les épargnants et plus largement de permettre aux Français d’investir dans les entreprises", explique-t-il.

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