Feuilleton de l'été / Fabrice Aubert / Nexity
Feuilleton de l'été
Fabrice Aubert / Nexity
Ils et elles vont construire le monde d'après – Fabrice Aubert
"L’immobilier, c’est le contraire de l’immobilisme"
Faire carrière chez le premier promoteur de France ne coulait pas forcément de source pour Fabrice Aubert. Originaire de Haute-Savoie près de la frontière suisse, et passionné d’astronomie, le directeur général adjoint depuis février de Nexity, en charge de la clientèle institutionnelle, des fusions-acquisitions et de l’international, n’avait pas d’idée préconçue de son futur métier au début de ses études.
"Comme tous les bons élèves au Lycée", il a d’abord suivi la voie scientifique. "J’avais un fort appétit pour les sciences expérimentales, mais je ne pense pas que j’aurais été assez créatif pour faire un bon mathématicien", confie Fabrice Aubert.
L’étudiant d’alors choisit donc Science Po, pour l’approche très généraliste en science sociales de l’école, à laquelle il était alors possible d’accéder directement avec une mention Très bien au Bac. La filière, "très complète intellectuellement", lui plaisait, pour son "approche humaniste et généraliste de l’éducation au monde", lui permettant de continuer à faire de l’économie, du droit, de l’histoire, avec en arrière-plan un certain goût déjà pour la chose publique. "J’étais attiré par les métiers de l’intérêt général au sens large, la politique, donc j’avais l’idée que les débouchés pouvaient me correspondre", se souvient le jeune dirigeant.
Mais le moment n’est pas encore venu de choisir un métier. "C’est un peu la malédiction des généralistes mais aussi ça qui me plaisait, le bonheur de choisir de ne pas choisir". Fabrice Aubert fait sa troisième année de Science Po à l’Université de Chicago puis achève son cursus à New York en double diplôme avec l’Université de Colombia, deux années outre-Atlantique qui le font s’interroger un moment sur une carrière américaine.
Après avoir travaillé à la mairie de New-York, une société de sondage lui fait proposition d’emploi. "J’ai failli rester aux Etats-Unis", indique-t-il. Nous sommes alors fin 2007, mais le tout début de la crise financière accélère son retour en France.
L’attrait de la chose publique
Le jeune homme revient aussi à l’idée originelle qui l’avait incité à entrer à Science Po, celle de travailler en France pour la chose publique au sens large. "Donc je suis revenu dans l’idée de tenter ma chance au concours de l’ENA. J’ai été reçu, et les choses se sont enchaînées à partir de là", relate Fabrice Aubert.
Son premier stage à l’ENA, Fabrice Aubert le fait au cabinet de Pascal Lamy, alors directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une expérience enrichissante qui lui permet de "toucher la mondialisation du doigt".
L’OMC tentait à l’époque d’arracher un accord sur le Cycle de Doha. Or, "entre le démarrage du cycle de négociations et leur fin plusieurs années plus tard, les forces économiques en présence avaient considérablement évolué", se souvient-il. "La Chine et l’Inde avaient commencé à émerger et il était devenu impossible, notamment pour l’Europe de faire les concessions prévues. C’était la première fois que la mondialisation calait vraiment du point de vue des négociations internationales. L’économie est allée plus vite que la politique".
A sa sortie de la promotion Émile-Zola de l'Ena en 2010, Fabrice Aubert accède au Conseil d’Etat. Celui-ci le libère au milieu de l’année 2013 afin de lui permettre d’entrer en cabinet ministériel à Bercy comme conseiller juridique de plusieurs ministres. Un chemin logique pour celui qui a participé comme expert à la première campagne présidentielle de François Hollande en 2012.
Son ministre de tutelle principal est alors Pierre Moscovici, avec à ses côtés Bernard Cazeneuve alors ministre délégué du Budget, et Benoît Hamon comme ministre délégué chargé de la Consommation, un trio "avec de forts tempéraments et des convictions" qui marquent "une période politique unique".
Sapin après Moscovici
Pierre Moscovici s’en va lors du remaniement ministériel de 2014 et voit son ministère scindé en deux. Fabrice Aubert fait le choix de rester auprès de Michel Sapin, nommé ministre des Finances, épaulé de Christian Eckert, alors au Budget, plutôt que de rejoindre Arnaud Montebourg au ministère de l’Economie.
"J’ai côtoyé cinq ministres en deux ans, une période assez éclectique avec des personnalités très diverses", au cours de laquelle il s’occupe de tous les sujets juridiques qui touchent aux domaines régaliens, douaniers, à la lutte contre la fraude.
En particulier, la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme était alors au cœur de l’actualité. Il travaille aussi avec Benoît Hamon sur la loi de consommation, qui d’une certain manière "préfigurait la future loi Macron, en se servant de la consommation et des aspects de concurrence comme instruments à la fois de croissance et permettant de rendre du pouvoir d’achat en cassant des avantages acquis ou des rentes".
Après ces deux années à Bercy, Fabrice Aubert éprouve l’envie de mettre un pied dans le monde de l’entreprise, le fait d’avoir beaucoup travaillé sur des sujets de régulation l’ayant fait se rendre compte de l’importance de comprendre intimement leur fonctionnement.
"J’ai compris aussi qu’il était possible de servir l’intérêt général d’une autre manière qu’en travaillant pour l’Etat, et que l’on pouvait dans un certain nombre de grands groupes travailler sur des problématiques qui touchaient à un projet de société. Evidemment l’immobilier et l’urbanisme en est un. C’est ainsi que je suis entré chez Nexity", explique le trentenaire.
Fabrice Aubert intègre l’organigramme du premier promoteur immobilier de France en tant que chargé de mission M&A et stratégie, un premier poste passerelle qui le conduit après quelques mois à devenir directeur de l’innovation. "J’ai créé la direction de l’innovation qui s’appelait à l’époque la direction des nouveaux métiers", précise-t-il. A cette époque, de nombreux grands groupes prennent conscience de l’intérêt de collaborer ou d’investir dans des start-ups. "J’ai beaucoup travaillé sur les écosystèmes et les problématiques du numérique que j’ai retrouvées ensuite dans mon poste à l’Elysée".
L’épopée Macron
Avec quelques-uns de ses plus proches ex-collègues de cabinet sous Pierre Moscovici, tels qu’Alexis Kohler, et Julien Denormandie, Fabrice Aubert compte parmi le noyau dur des conseillers d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle "atypique" de 2017.
Tout de suite après la victoire, ce shadow cabinet de campagne s’est reconstitué à l’Elysée, et "Nexity m'a laissé repartir à ce moment-là", relate Fabrice Aubert.
Au sortir d’une "campagne exaltante", ce retour vers la chose publique lui permet de vivre "cette forme d’état de grâce" des 100 premiers jours de mandat qu’il n’avait pu connaître en 2012, et à laquelle il avait "très envie de participer".
A l’Elysée, il s’occupe de trois choses, la réforme des institutions, la fonction publique, et le numérique, "le bagage que j’avais construit durant mon (premier) passage à Nexity", un poste quasiment sur mesure. Après deux années passionnantes, "où nous avions soit exécuté ce qui pouvait l’être dans le premier programme présidentiel, soit fait le constat que cela prendrait plus de temps", Fabrice Aubert souhaite alors repartir dans le privé. "Il se trouve que Nexity cherchait juste à ce moment là un secrétaire général, donc les choses se sont faites assez naturellement", explique-t-il.
"Overview effect"
En parallèle, il entre en 2020 au comité stratégique de Preligens, "pépite technologique" française de l’intelligence artificielle (IA) et de la défense, notamment spécialisée dans l’interprétation d’images satellites pour les besoins du renseignement militaire et civil. "Une manière de poursuivre l’une de mes vocations en essayant d’accompagner et de faire émerger des startups françaises pour qu’elles deviennent de futurs champions nationaux". L’occasion aussi de renouer avec le sujet de l’IA sur lequel il s’était longuement penché à l’Elysée dans le cadre du rapport Villani.
"J’ai toujours été passionné d’espace et d’astronomie". D’un point de vue plus philosophique, dans l’époque et le moment écologique que l’on vit, ce que les astronautes appellent l’ "overview effect", voir la terre de l’extérieur, petite et fragile, "est un bon moyen de se réancrer dans le fait qu’on a une seule planète et qu’il faut en prendre soin".
Devenu en février directeur général adjoint de Nexity, Fabrice Aubert pilote la politique de M&A du groupe. Il chapeaute des filiales internationales en Pologne, Belgique, l’Italie, Portugal et en Allemagne. Il s’occupe également des clients institutionnels du groupe "qui sont tous les grands collecteurs d’épargne notamment les banques, les assurances, les fonds d’investissement et qui à la fois achètent de l’immobilier et en détiennent".
Ce qui le fait avancer ? "Fondamentalement, les grands sujets pour demain de la ville bas carbone et accessible ou abordable, c’est-à-dire permettre aux gens de se loger et de travailler dans des habitats de qualité avec une empreinte écologique et carbone qui soient soutenable".
"C’est le gros défi d’un groupe comme Nexity et de tous les promoteurs et du secteur de la construction qui est le premier secteur émetteur de carbone", souligne le jeune dirigeant. "C’est ce virage qu’il faut absolument accompagner et le défi fondamental du collectif auquel je participe".
Fabrice Aubert ne sait pas quel sera exactement son métier dans dix ans mais "en tout cas cela me plairait assez de me dire que j'ai accompagné Nexity au bout de ce cycle-là, où l’on serait vraiment devenu un acteur de la ville durable et abordable".
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