Feuilleton de l'été / Vincent Bryant / Deepki / transition énergétique
Feuilleton de l'été
Vincent Bryant / Deepki / transition énergétique
Ils et elles vont construire le monde d'après – Vincent Bryant
"Avoir plus d’impact".
Accélérer la transition énergétique et écologique de l'immobilier grâce à la data intelligence. Le cheminement jusqu’à l’idée concept de la greentech co-fondée par Vincent Bryant a débuté il y a longtemps. La conscience environnementale du dirigeant de 38 ans est née au milieu d’un microcosme familial inspirant. "Mes parents, tous deux entrepreneurs dans le domaine des ressources humaines, étaient très sensibilisés à ces questions qui ont été un fil rouge dans mon enfance", confie-t-il à WanSquare.
C’est baigné dans cet environnement soucieux des enjeux de préservation de la planète qu’il suit une scolarité entre la région parisienne et Limoges, tandis que son esprit analytique le mène vers un cursus en grande école d’ingénieur, à l’INSA Lyon.
"Jus de cerveau"
Très vite, l’étudiant de l’époque s’engage dans les milieux associatifs. Il est notamment président d’Objectif 21, l’association de développement durable de son école. Puis, son diplôme d’ingénieur informatique en poche, il crée, en 2006, l’association Avenir climatique avec le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, connu notamment pour être l’ingénieur concepteur de la méthode du bilan carbone. "L’association avait pour vocation de sensibiliser le milieu de l’enseignement supérieur – étudiants comme professeurs - aux questions du changement climatique. Par cet intermédiaire j’ai beaucoup gravité dans le monde associatif", explique le trentenaire. Notamment au REFEDD, le réseau français des étudiants pour le développement durable, et dans "bien d’autres milieux associatifs".
De fil en aiguille, ce cheminement le conduit progressivement vers le milieu politique, où il côtoie "tous les partis, sauf les extrêmes". Il produit des notes, contribue au "jus de cerveau" de ces partis sur les questions du changement climatique et les questions environnementales.
La bonne porte d’entrée
Suivant son même fil rouge, Vincent Bryant choisit la société de conseil M&C Energy Group pour sa première expérience professionnelle. Dans ce cabinet d’origine écossaise implanté dans une trentaine de pays - qui sera racheté plus tard par Schneider Electric – il analyse les données des clients site par site pour les convaincre ensuite de "mettre en place des actions d’économie d’énergie et d’eau. C’était passionnant", raconte-t-il. Il se rend alors compte qu’il est possible d’automatiser beaucoup de décisions et d’analyses. "J’ai perçu dans la réalité opérationnelle qu’il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas et qui pouvaient être résolues en partie par l’informatique", explique-t-il. Le jeune ingénieur conseil fait aussi un constat : "je n’avais pas autant d’impact que ce que j’espérais" et comprend que "le conseil n’était pas la bonne porte d’entrée pour convaincre les décideurs".
"Comment avoir plus d’impact sur la transition ?" La même question de fond l'accompagne à chaque étape. "Du milieu associatif, je suis passé au politique, puis du politique au professionnel en consulting", où "naïvement", il pense qu’il suffit de donner des conseils aux chefs d’entreprises pour qu’ils les appliquent. Or, "ce n’est pas si simple, vous proposez dix choses à faire, ils n’en mettent que deux en place, voire une seule", se remémore-t-il.
Engie
Ce besoin d’agir plus directement et à plus large échelle le conduit à entrer chez Engie, au sein des filiales d’installation maintenance, d’abord Engie Ineo, puis Axima, Endel et Cofely. Les quatre sociétés - qui ont depuis fusionné au sein d’Engie Solutions – représentent alors 40 000 personnes et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Vincent Bryant y occupe différents postes, en particulier celui de "directeur de l’efficacité énergétique", rattaché au directeur général. Il s’agit de proposer à des clients tels que des collectivités locales, des entreprises du tertiaires ou industrielles des solutions – telles que des pompes à chaleur ou de l’éclairage - plus efficaces d’un point de vue énergétique et donc climatique et de les mettre en place.
Dans un parcours déjà riche, cette expérience apporte à Vincent Bryant une nouvelle compétence essentielle : "l’implémentation, comment mettre en œuvre des actions, quelles décisions prendre, comment déployer sur non pas un mais 100 000 bâtiments la même installation d’éclairage, la même pompe à chaleur", explique-t-il.
London Business School
Le besoin d’"avoir un impact plus important" n’ayant pas diminué, d’autant qu’il se rend compte qu’il passe la moitié de son temps à "gérer de l’interne", Vincent Bryant reprend des études en parallèle de son emploi. Il part faire un MBA à la London Business School, en alternance, tout en poursuivant des missions dans des filiales internationales d’Engie. "Je sentais qu’il me manquait des compétences, en matière de gestion des entreprises notamment", raconte celui était alors le plus jeune de sa promo et qui découvre "des personnes extraordinaires", "un environnement dans lequel on se fait des amis pour la vie". "Nous étions une centaine avec une quarantaine de nationalités différentes", se souvient-il.
Les nouvelles expertises acquises et les relations nouées lors du MBA apportent la pièce manquante au puzzle qui aboutit à la création de Deepki. Vincent Bryant et son associé, Emmanuel Blanchet, décident de se lancer. "Je me suis senti mieux armé pour lancer Deepki avec Emmanuel en ayant fait ce parcours".
Constatant qu’il y a trop peu d’initiatives à une échelle vraiment massive en matière de changement climatique dans l’immobilier, alors que le secteur génère 37% des émissions globales de CO2 dans le monde, ils conçoivent alors leur logiciel d’audit énergétique. Cette solution informatique en mode SaaS (en ligne) évalue la performance climatique de chaque bâtiment, et la société propose aussi un accompagnement pour flécher les investissements et mettre en œuvre les mesures d’amélioration de la performance ESG des bâtiments.
Cap sur les Etats-Unis
Aujourd’hui, Deepki réalise 15 millions d’euros de chiffre d’affaires (en 2021), les plus grandes foncières (Unibail, Klépierre, Mercialys, Idade) font appel à ses services, de même que des acteurs de la grande distribution (Les Mousquetaires) ou de l’assurance (Swiss Life, Generali, Allianz). La société vient de lever 150 millions d’euros pour accélérer sa croissance à l’international, poursuivre son expansion en Europe, son marché domestique. "La deuxième priorité, ce sont les Etats-Unis, nous sommes en train de nous y déployer", indique Vincent Bryant. La troisième étape sera l’Asie Pacifique.
Dans ce marathon de la transition énergétique, où il y "à faire pour toute une vie et plusieurs générations", Vincent Bryant n’oublie pas de veiller à son équilibre. Il court "une à deux fois par semaine", va à la piscine ou l’escalade, et tient à préserver des moments sacralisés avec les siens, en prenant soin de ses deux fils de six et deux ans. Il le dit d’ailleurs lui-même à ses équipes, "les priorités sont, la santé personnelle, la famille et ensuite le travail". Dans cet ordre.
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