Politique européenne / hydrogène / énergies / europe / climat / Développement durable / transition énergétique / r&d
Politique européenne
hydrogène / énergies / europe / climat / Développement durable / transition énergétique / r&d
Europe : cap sur l'hydrogène
Forte de sa position de leader dans le domaine de l’hydrogène, et pour entamer une relance économique en phase avec les défis de transition écologique, Bruxelles a annoncé mercredi que l’Union Européenne considérerait la R & D dans l’hydrogène propre comme un investissement prioritaire. Pour le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, "c’est la clé d'une économie européenne forte, compétitive et sans carbone".
Pourquoi l’hydrogène ?
Comme il est précisé dans une étude menée par l’ADEME, "l’hydrogène présente un fort potentiel énergétique : il peut être converti en électricité, en chaleur ou en force motrice". Aujourd’hui, c’est une énergie produite à près de 90 % à partir d’énergies fossiles et utilisée dans les procédés industriels. Mais tout le potentiel de l’hydrogène réside dans sa forme verte, lorsqu’il est produit à partir d’énergies renouvelables, car de cette manière il n’a aucun impact sur le climat. L'attrait de l'hydrogène réside ainsi dans la possiblité d'en tirer de l'énergie grâce à l'électrolyse.
On comprend donc mieux l’attrait de l'Union Européenne pour cette énergie : si sa consommation venait à s’étendre, ce qui est présenté comme probable par de nombreux spécialistes, l’hydrogène pourrait "[contribuer] à hauteur de 20 % à la diminution requise pour limiter le réchauffement climatique" (étude de l’Hydrogen Council avec McKinsey). Avec les ressources engagées, l’hydrogène pourrait, à terme, créer 30 millions d’emplois au minimum, et générer un chiffre d’affaires de 2 500 milliards de dollars au niveau mondial.
L’Union Européenne a notamment souligné l’intérêt de l’hydrogène dans le secteur des transports, ces derniers étant responsables à eux seuls de 30 % des émissions de CO2, selon une étude de l’European Environment Agency datant de 2019. Plusieurs industries de transports comme Hyunday, Toyota ou General Motors ont d’ailleurs déjà décelé le potentiel de l’hydrogène pour les véhicules électriques.
Plusieurs pays ont commencé à se positionner sur ce marché d’avenir. En Allemagne, on connaît le train d’Alstom, Coradia iLint, premier train en service fonctionnant à l’hydrogène. Le pays a d’ailleurs décidé le 10 juin dernier d’engager 9 milliards d’euros pour devenir le "numéro un mondial des technologies de l’hydrogène", selon le ministre de l’Économie Peter Altmeier. Du côté de la France, 1,5 milliard d’euros seront débloqués sur trois ans pour "parvenir à un avion neutre en carbone en 2035", a projeté Frans Timmermans.
Quels enjeux pour l’Europe ?
L’objectif premier de la Commission européenne est de soutenir l’installation de 6 gigawatts (GW) d'électrolyseurs d'hydrogène renouvelable et jusqu'à un million de tonnes d'hydrogène propre, pour que cette énergie, d’ici à 2050, représente 14 % de la consommation d’énergie européenne.
Pour que l’hydrogène soit perçu comme avantageux, il s’agirait aussi de le rendre très largement accessible, beaucoup plus qu'actuellement, en resserrant le maillage territorial de stations à hydrogène. Le principal défi pour les opérateurs d’infrastructures gazières, et pour les États membres de l’Union Européenne, sera ainsi de réussir à se coordonner dans les actions de recherche et développement, pour que l’effort de déploiement soit d’importance interétatique et pour, à terme, se placer comme une puissance concurrentielle sur le marché mondial.
La décision de l’Union Européenne vient d’ailleurs en réponse aux demandes de six États membres (les Pays-Bas, l’Autriche, l’Allemagne, la France, la Belgique et le Luxembourg) d’accélérer les processus de mise en place d’une stratégie commune. L’urgence de rester compétitif au niveau mondial se fait en effet ressentir : le groupe japonais Toyota a lui aussi lancé des expérimentations jusqu’en mars 2022 pour alimenter une de ses usines avec une seule pile hydrogène, d’une efficacité énergétique record. Quant à la Corée du Sud, un plan de construction de 310 stations à hydrogène d’ici 2022 y a été lancé en octobre dernier, avec pour objectif de devenir une véritable "société de l’hydrogène" avant 2040.
Si l’hydrogène apparaît de plus en plus comme une alternative plausible aux énergies fossiles, certains émettent cependant quelques réserves. Une coalition d’industriels a démontré que la seule solution pour produire de l’hydrogène de manière compétitive serait d’utiliser le gaz naturel, accompagné de technologies pour capturer le CO2. Dans le Think tank E3G, on retrouve la même idée : selon Lisa Fischer, les quantités d’énergies renouvelables actuellement produites ne sont absolument pas suffisantes pour atteindre les objectifs émis. L’ONG Friends of Earth a, elle, déploré le fait qu’avant de passer à l’hydrogène vert, les autres processus de production d’hydrogène émetteurs de carbone ne soient pas arrêtés.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

