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Touche pas à mon CIR / Pourquoi les grands groupes industriels français le défendent bec et ongles
Une vieille marotte politique qui ressurgit pratiquement chaque année au moment de l’examen du projet de loi de finances. Le Crédit impôt recherche (CIR) pourrait de nouveau être sur la sellette. Mais cette fois-ci, c’est le projet de loi Industrie Verte, présenté probablement d’ici la fin du mois de mai, qui le menace. Il pourrait en effet être raboté avec la suppression du doublement des dépenses pour les jeunes docteurs et la prise en compte des dépenses de veille technologique.
Rayonnement du savoir-faire français
Face à ces menaces à répétition et à l’occasion de la journée mondiale de l’innovation du 21 avril dernier, le très discret groupe Seb a décidé de monter au créneau pour défendre le CIR, outil indispensable, selon lui, au rayonnement du savoir-faire français. "Ce dispositif est extrêmement intéressant pour les entreprises qui essayent de maintenir une activité inventive établie en France ", soutient Vincent Roullier, directeur général innovation chez Seb, dans un entretien accordé à WanSquare. L’histoire de l’entreprise lyonnaise est liée à l’innovation : "Nous évoluons sur un marché de l’offre. C’est elle qui qui crée la valeur de nos produits. Or, c’est justement grâce à notre capacité à créer de nouveaux produits que nous parvenons à maintenir des prix permettant d’investir tous les ans des sommes extrêmement importantes dans nos usines françaises ", explique le directeur général innovation.
Ainsi, environ deux tiers des produits du groupe Seb sont fabriqués en interne en France, et en particulier les produits considérés à haute valeur technologique comme les produits sans fil, l’amélioration des performances acoustiques, le déploiement de services numériques ou encore les nouvelles technologies de purification de l’air. "Le 'Fabriqué en France’ occupe une place stratégique pour le groupe dont 45 % des dépenses en R & D sont réalisées en France. Et l’essentiel de nos projets menés depuis l’Hexagone passe ensuite en production sur le territoire mais aussi dans nos différents sites à l’international. De ce fait, les aides publiques de financement telles que le Crédit Impôt Recherche constituent un soutien financier indispensable aux activités de recherche et de développement" relate Vincent Roullier.
Financement de la matière grise
Pour l’entreprise lyonnaise, près de 10 % des dépenses en R & D sont financées en France par le crédit impôt recherche. Rappelons que le CIR a pour but d’encourager les entreprises à engager des activités de recherche et de développement. Son taux varie entre 5 % et 30 % selon les montants d’investissements. "Un tiers de nos produits sont renouvelés chaque année et notre niveau d’investissement en innovation est très important, à 283 millions d’euros en 2022 ", précise le directeur général innovation qui pilote un millier d’effectifs en France. "Le CIR est aussi très attractif pour les nouveaux embauchés. Nous sponsorisons aussi des thèses, des travaux qui se conduisent sur plusieurs années. Sans compter tout le tissu industriel de PME qui travaille avec nous sur nos projets", rappelle-t-il.
Maintenir le CIR serait aussi un enjeu de compétitivité. " Nous savons que sur n’importe laquelle de nos catégories, si nous arrêtons d’investir et d’innover, une guerre de prix s’installera d’ici trois ans", explique Vincent Roullier.
Risque de délocalisation
Et le patron de l’innovation du groupe Seb de prévenir : "Le jour où le CIR s’arrêtera, nous passerons d’une catégorie rentable, qui nous permet d’investir, à des pertes". Il faut dire que les principaux concurrents du groupe ne se donnent pas forcément la peine de rester patriotes lorsqu’il s’agit d’innovation. "Certains bénéficient de dispositifs équivalents dans leur pays mais la majeure partie d’entre eux conçoivent et produisent surtout en Chine où les coûts sont nettement plus faibles. D’ailleurs, bon nombre de nos concurrents aujourd’hui sont chinois. Par exemple la société sino-américaine Joyoung possède certes des forces d’innovation aux Etats-Unis mais essentiellement en Chine", alerte Vincent Roullier.
Dans ce contexte, si le crédit impôt recherche devait un jour disparaître, c’est l’attractivité de l’industrie française qui pourrait alors être reconsidérée. "Nous serions obligés de réfléchir au maintien de certains travaux, et surtout sur leur localisation géographique dans le monde. Les conséquences pourraient aussi être terribles pour tout notre écosystème de sous-traitants", avertit Vincent Roullier.
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