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EDF se lance dans l’hydrogène bas carbone au milieu des spéculations
Alors que le président Emmanuel Macron a l’intention, s’il est réélu, de lancer le programme de construction de centrales nucléaires en France, EDF veut devenir un acteur majeur des énergies renouvelables (ENR), en particulier dans l’hydrogène. Il y consacre tout un "plan", comme il l’a fait avec son "Plan Solaire", "Stockage", "Mobilité" et "Excell" ; il a été présenté hier par Alexandre Perra, directeur exécutif d’EDF en charge de l’innovation, de la responsabilité d’entreprise et de la stratégie, à l’occasion d’une conférence de presse portant sur les projets dans l’électricité renouvelable.
Le producteur d’électricité a détaillé hier son plan concernant cette source d’énergie, qui peut être produite par combustion d’hydrocarbures ou de bois (on parle alors d’hydrogène "brun" ou "noir"), ou par électrolyse, alimentée par de l’électricité d’origine nucléaire (hydrogène "jaune"), ou par de l’électricité renouvelable (hydrogène "vert"). En l’occurrence, le groupe a l’intention d’être l’un des principaux producteurs d’hydrogène "100% bas carbone" en 2030, c’est-à-dire jaune et vert.
EDF ambitionne ainsi de développer l’équivalent de 3 gigawatts de projets d’hydrogène électrolytique dans le monde dans les huit ans qui viennent – mais sans préciser la part issue du nucléaire de celle issue des ENR. Le groupe veut atteindre une capacité totale de production d’électricité d’origine renouvelable de 60 GW nets en 2030. Fin 2021, elle atteignait 34,8 GW, dont 22,5 dans l’hydraulique, 9 dans l’éolien, 3 dans le solaire, 0,2 dans la biomasse et la géothermie, mais aucun de l’hydrogène.
Le Plan Hydrogène représente un investissement total estimé entre 2 et 3 milliards d’euros, sans compter le coût des actifs de production d’électricité pour alimenter les électrolyseurs. Mais tout ne sortira pas de la poche d’EDF : ces investissements "seront développés et cofinancés dans le cadre de partenariats industriels et en bénéficiant des mécanismes de soutiens nationaux et européens", précise le groupe.
Le poids de cette ambition dans l’hydrogène devrait donc être très supportable par l’électricien. Les travaux seront principalement portés par sa filiale Hynamics, créée en 2019 et spécialisée dans la production d’hydrogène bas carbone.
Mais l’ambition d’EDF ne se limite pas à la production d’électricité à base d’hydrogène bas carbone. Il revendique la volonté d'être présent sur "toute la chaîne de valeur" (de la production d’électricité à l'exploitation de stations de distribution d'hydrogène) – sans prévoir toutefois de produire des électrolyseurs, a expliqué le dirigeant.
A plus court terme, le producteur d’électricité prévoit notamment d’augmenter de 30% ses dépenses de développement dans les ENR cette année, a indiqué hier Bruno Bensasson, directeur exécutif d’EDF Renouvelables, à l’occasion de la présentation. Elles atteindront autour de 2,6 milliards d’euros (EDF a investi deux milliards en 2021), qui irrigueront les activités de l’électricien dans le solaire, l’éolien et l’hydraulique.
Ces projets ne préjugent pas de l’avenir des activités ENR au sein d’EDF, qui est lui-même dans l’expectative concernant son évolution. Le projet de réorganisation Hercule est tombé à l’eau l’année dernière, tandis qu’il ploie sous les contraintes imposées à la fois par l’Etat et par les circonstances, sans compter qu’il pourrait faire l’objet d’une nationalisation complète après la période électorale (l’Etat contrôle actuellement plus de 80% du capital du groupe).
C’est dans ce contexte qu’a émergé une rumeur de cession des activités ENR d’EDF une fois la nationalisation réalisée, qui, selon BFM Business, pourraient être vendues à l’électricien Engie – dont l’Etat détient une participation de 24% et 33,7% des droits de vote - pour une valeur de 15 milliards d’euros. Une somme qui aiderait l’Etat (qui aurait mandaté Goldman Sachs pour réfléchir à des schémas de restructuration) à financer la construction des six réacteurs nucléaires EPR planifiée par Emmanuel Macron.
La crédibilité de la rumeur est alimentée par les déclarations du Président lui-même, qui a souligné le mois dernier que l'Etat devait augmenter sa participation au capital des "activités les plus régaliennes " de l’entreprise. Interrogé sur la véracité de cette hypothèse, Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, a affirmé qu’une telle cession n’était "pas à l’ordre du jour", affirmant que ces "spéculations" n’avaient "pas grand sens ". Bercy a de son côté démenti l’ensemble de ces assertions. De toute façon, rien ne sera envisagé avant la nomination du nouveau gouvernement après les élections législatives de juin.
Reste que le scénario motive les investisseurs : l’action Engie s’adjugeait plus de 1,5% hier en fin de journée, tandis qu’EDF montait de 3%.
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