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Vinci veut désamorcer le risque de nationalisation des autoroutes
L’assemblée générale de Vinci s’est déroulée sans anicroche, toutes les résolutions ayant été adoptées. Mais une préoccupation a émergé chez certains actionnaires, dans le contexte particulier des élections présidentielles françaises : la victoire de la candidate du Rassemblement National Marie Le Pen étant du domaine du possible (elle est arrivée deuxième avec 23,15% des suffrages exprimés), sa proposition de nationaliser les sociétés d’autoroutes – notamment pour baisser le prix des péages de 15% – est un motif d’inquiétude tout-à-fait légitime pour eux.
Or, cette activité, logée dans le pôle Vinci Autoroutes qui regroupe les sociétés ASF, Cofiroute, Escota et Arcour, a représenté un chiffre d’affaires 5,55 milliards d’euros en 2021 (soit 11,2% des revenus du groupe), réalisés en France. L’effet d’une nationalisation serait donc important pour Vinci (comme pour ses concurrents, comme Eiffage avec APRR ou Atlantia via la Sanef)
Si le PDG de Vinci Xavier Huillard n’a pas voulu entrer trop directement dans ce débat politique, il a néanmoins voulu désamorcer tout projet de cette nature en prenant la défense des sociétés de concession, notamment pour réaliser l’engagement de la France d’arriver à la neutralité carbone en 2050. "Nous avons toujours géré notre part du contrat avec beaucoup de loyauté, avec beaucoup de professionnalisme, ça s’est encore vu pendant la période de pandémie où nous n’avons jamais cessé d’assumer notre rôle de délégataire de service public dans la gestion de nos autoroutes. Et aujourd’hui, on a encore plus besoin de nous pour justement faire cette transition visant à décarboner ces mobilités. Et donc je ne peux pas imaginer que cette nouvelle réalité ne soit pas prise en compte. Aujourd’hui, l’Etat concédant sait très bien qu’il a besoin de nous et de nos collègues pour accélérer la décarbonation de ces infrastructures", a-t-il notamment expliqué.
Au-delà du fond, Xavier Huillard s’est également interrogé sur l’opportunité de passer par une nationalisation qui, avait affirmé le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire en septembre dernier lorsque Marine Le Pen avait annoncé sa proposition, coûterait à l’Etat 40 milliards d’euros. "Les premières [concessions autoroutières] vont arriver en fin de vie dès l’année 2032, en moyenne ça va se passer dans les années 2035 ; donc est-il vraiment utile de faire un grand débat national sur une anticipation par rapport à cette échéance qui est après-demain, au moment où il y a des efforts gigantesques à mettre en œuvre de façon à aider à la décarbonation de cette activité ?", s’est interrogé le PDG. Si jamais l’Etat voulait récupérer les concessions sans que cela lui coûte un euro, il suffirait d’attendre entre 10 et 15 ans.
Lutte "vigilante" contre les effets de l’inflation
Concernant une autre menace bien plus concrète, à savoir l’exposition de Vinci à l’inflation, Xavier Huillard a mis en évidence la diversité du groupe, qui lui accorde une protection relative. "Une grande partie de notre activité s’exerce dans le temps court ; c’est le cas notamment chez Vinci Energies et dans les activités [de construction] routières. Il est donc plus facile de mettre les bons niveaux de prix de façon à ne pas être pénalisé par l’inflation galopante qu’il y a sur un certain nombre de matières. Le problème est également réglé dans beaucoup de nos activités de concessions, car nous avons des tarifs qui sont directement calqués sur les inflations", a-t-il ainsi expliqué.
Le groupe a toutefois pris des mesures pour limiter les effets de l’inflation sur ses activités plus exposées. "Là où il peut y avoir des difficultés, c’est sur les projets plus longs qui parfois n’ont pas les formules de révision des prix qui soient suffisamment affinées pour reproduire l’augmentation des prix des fournitures et des sous-traitants. Là, nous devons être extrêmement vigilants et la décision qui a été prise récemment, c’est par exemple de ne plus accepter de signer de contrats s’exerçant sur le temps moyen – typiquement quelques années – s’il n’y a pas dans ces contrats de formules de révision des prix. C’était le cas pour une large partie de nos métiers jusqu’à présent, mais nous exerçons cette rigueur maintenant de façon systématique", a indiqué Xavier Huillard, ajoutant que le groupe multipliait également ses sources d’approvisionnement pour réduire sa dépendance à l’égard de ses fournisseurs historiques.
L’AG de Vinci a globalement permis aux actionnaires de montrer leur satisfaction à l’égard des résultats financiers et de la conduite du groupe. C’est donc sans grande surprise qu’ils ont approuvé le renouvellement du mandat d’administrateur de Xavier Huillard, ce qui permettra au dirigeant, âgé de 67 ans, d’être reconduit dans son mandat de PDG. Ce dernier étant d’une durée de quatre ans, alors que la limite d’âge pour le poste de directeur général est de 70 ans, une dissociation des fonctions aura nécessairement lieu – ce qui mettra Vinci au diapason de (désormais) la plupart des groupes du CAC 40. La présidente du comité des nominations Yannick Assouad a précisé qu’il s’était déjà mis au travail pour rechercher un futur directeur général. "Je peux vous assurer que le vivier de dirigeants du groupe Vinci est important", a-t-elle déclaré, ce qui sous-entend qu’une promotion interne est privilégiée.
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