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EDF / électricité / Etat / nationalisation / Elections / Emmanuel Macron

EDF en route vers une nationalisation légitime

Alors que le président Emmanuel Macron a affirmé hier la nécessité de renationaliser l’électricien, ce dernier a annoncé ce matin une augmentation de capital de plus de trois milliards d'euros. Les contraintes coûtent de plus en plus cher à EDF, qui doit rassurer les investisseurs.
EDF Flamanville EPR
EDF Flamanville EPR

C’est un propos de campagne électorale, mais étant donné les chances d’Emmanuel Macron d’être réélu à la présidence de la République en avril prochain, il prend toute son importance : au cours de la présentation de son programme pour le prochain quinquennat jeudi soir, le chef de l’Etat a ouvert la voie à la nationalisation d’EDF. "Nous aurons à reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs acteurs industriels " dans le secteur de l’énergie, a-t-il déclaré, avant de préciser que "sur une partie des activités les plus régaliennes, l’Etat doit reprendre du capital, ce qui va avec une réforme plus large du premier électricien français".

Il s’agit ici évidemment d’EDF, qui ploie sous d’importantes contraintes financières liées à sa situation contradictoire : le groupe coté, mais donc le capital est détenu à près de 84% par l’Etat, subit à la fois les contraintes imposées par la puissance publique (gel du prix de vente de l’électricité, vente d’électricité à perte à ses concurrents via le mécanisme de l’Arenh) et le coût d’entretien de ses centrales nucléaires, tout en subissant l’exigence de rentabilité des investisseurs en Bourse.

3,1 milliards d’euros au lieu de 2,5 milliards

C’est dans ce contexte qu’EDF a annoncé ce matin les détails de son augmentation de capital. Surprise, elle est bien plus importante que prévu. Alors qu’elle devait tourner autour de 2,5 milliards d’euros, selon les éléments préliminaires communiqués le 18 février à l’occasion de la publication de ses comptes 2021, le groupe, conseillé par la banque Lazard et les avocats de Bredin Prat, va finalement lever plus de 3,1 milliards d’euros (au prix de 6,35 euros par action nouvelle et à la parité de deux actions nouvelles pour 13 actions existantes) en raison de l'augmentation du cours de l'action au cours des 30 derniers jours.

Cette réévaluation tombe bien. Le groupe a considérablement réévalué ses prévisions financières pour l’année en cours, qu'il a annoncées lundi dernier : dans un contexte de flambée des prix de l’énergie qui aurait dû lui être on ne peut plus favorable, l’électricien prévoit que ses différentes contraintes lui coûteront… 26 milliards d’euros d’Ebitda, soit environ 7 milliards de plus que dans son estimation datant de février : 10,2 milliards d’euros liés à l’Arenh (qui l’oblige à vendre à ses concurrents son électricité d’origine nucléaire à 42 euros par MWh et à en racheter sur le marché spot où le MWh approche les 250 euros actuellement) et 16 milliards liés à la baisse de la production consécutive à l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires pour entretien et réparation.

Il s’agit donc pour EDF de rassurer les marchés inquiets de sa solvabilité : dans la foulée de cette annonce, les agences de notation S&P et Moody’s avaient dégradé d’un cran la note de crédit du groupe, à BBB pour la première et Baa1 pour la seconde. L’électricien n’est plus respectivement qu’à deux et trois crans de la catégorie dite spéculative (entrer dans cette catégorie renchérirait considérablement ses futurs appels à la dette et déclencherait éventuellement des remboursements anticipés d’obligations émises antérieurement). En grande partie responsable des difficultés d’EDF, l’Etat s’est d’ailleurs engagé à participer à l’augmentation de capital à hauteur de sa participation. L'opération sera menée par BNP Paribas, Barclays, le Crédit Agricole, Goldman Sachs, Natixis et la Société Générale.

L’intérêt d’une nationalisation

Le renforcement des fonds propres du groupe est d’autant plus nécessaire qu’il doit encore lever de la dette pour financer ses projets, en particulier la construction de 6 réacteurs EPR et la mise à l’étude de 8 autres promises par Emmanuel Macron s’il était réélu (pour un coût évalué pour l’instant à 52 milliards d’euros) : l’électricien a annoncé mercredi soir avoir obtenu auprès d’un syndicat de neuf banques des lignes de crédit bilatérales d’un montant total de 10,25 milliards d’euros.

La nationalisation d’EDF, qui, au prix famélique auquel cote son titre actuellement, coûterait à l’Etat 4,8 milliards d’euros hors prime, est légitime à plusieurs titres. Elle permettrait justement à l’Etat de financer les lourds investissements du groupe à un coût bien inférieur sur le marché, étant donné la note de crédit de la France (AA). Sans la volatilité des Bourses, elle pourrait également lui faciliter la renégociation de l’Arenh, dont l’efficacité et le sens atteignent leurs limites, ainsi que la réorganisation d’EDF, après l’échec du projet Hercule, face aux exigences de la Commission européenne et la méfiance des syndicats.

 

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