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La corrosion touchant EDF pourrait précipiter sa nationalisation
Le scénario se répète. Pour la troisième fois cette année, EDF vient de revoir à la baisse sa prévision de production nucléaire, en raison de l’indisponibilité record de son parc alors qu’un certain nombre de ses centrales sont confrontées à des problèmes de corrosion. Vingt-neuf des 56 réacteurs du groupe en exploitation sont actuellement à l’arrêt dont douze d'entre eux font l'objet d'un contrôle de la corrosion dite "sous contrainte". Ce phénomène provoque des fissures sur des tuyauteries de réacteurs, en particulier sur leur système d’injection de sécurité permettant de refroidir le circuit en cas d’accident.
L’opérateur historique d’électricité prévoit désormais une production nucléaire comprise entre 280 et 300 Terawatt-heure (TWh) en 2022, au lieu de la fourchette de 295 à 315 TWh annoncée en février, qui faisait suite à celle de 300 à 330 TWh, elle-même abaissée mi-janvier. L’écart avec la production de l’année dernière, qui s’était élevée à 360,7 TWh, commence à prendre des proportions coûteuses. EDF chiffre désormais à 18,5 milliards d’euros l’impact de la baisse de sa production nucléaire sur son excédent brut d’exploitation (Ebitda), au lieu des 16 milliards d’euros annoncés mi-mars, déjà supérieurs aux 11 milliards d’euros évalués en février.
En ajoutant les 10,2 milliards d’euros de pénalité liés à l’obligation imposée à EDF par le gouvernement de vendre davantage d'électricité nucléaire à prix réduit à ses concurrents, dans le cadre du dispositif de l'Arenh (accès régulé à l'électricité nucléaire historique), et malgré les 6 milliards d’euros d’effet positif attendus de l’amélioration des prix, la probabilité de voir l’Ebitda 2022 tomber dans le rouge devient très élevée. "Notre estimation d’Ebitda est désormais négative à -1,8 milliard d’euros alors que nous attendions un bénéfice de 1 milliard d’euros précédemment", note ainsi un courtier de la place parisienne. Et le groupe n’est pas l’abri que ses perspectives se détériorent davantage.
Alors qu’EDF a remis vendredi dernier à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sa stratégie de contrôle de l'ensemble de son parc, d’autres inspections prévues lors de visites décennales pourraient donner lieu à la mise à l'arrêt de précaution de réacteurs supplémentaires en cas de mise en évidence des défauts d'ampleur, a prévenu Bernard Doroszczuk, le président de l’ASN, lors d'une audition devant des parlementaires.
De quoi fragiliser encore davantage les équilibres financiers du groupe et renforcer le scénario d’une nationalisation de l’entreprise. Oddo BHF a ainsi relevé la probabilité qu'il se réalise à 75% contre 50% précédemment. Pour le courtier, "cette hypothèse pourrait devenir une priorité du gouvernement après l’échéance des élections législatives". Lors de la campagne pour la présidentielle, Emmanuel Macron, avait évoqué la nécessité de "reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs acteurs industriels", évoquant notamment "une réforme plus large du premier électricien français".
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