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EDF / Luc Rémont / Schneider Electric / EPR / Arenh

Luc Rémont, futur PDG d'EDF, veut faire bouger les lignes / Il juge le mécanisme de l'Arenh "à bout de souffle"

Le Parlement a validé mercredi la désignation de Luc Rémont pour prendre les rênes d’EDF. Le prochain patron de l’opérateur historique d’électricité a dessiné les contours de sa future feuille de route devant les sénateurs et les députés. Pendant ce temps, la facture liée à la faible disponibilité du parc nucléaire continue de grimper.
Luc Rémont, lors de son audition par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée Nationale - Come SITTLER/REA
Luc Rémont, lors de son audition par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée Nationale - Come SITTLER/REA

"Je vois ce rôle moins comme une fonction que comme une mission". Luc Rémont, le candidat proposé par le président de la République aux fonctions de président directeur général du groupe EDF a vu sa nomination approuvée mercredi par le Parlement français.

La partie n’était pas forcément gagnée d’avance et les auditions la commission des Affaires économiques du Sénat, puis celle de l'Assemblée nationale se sont souvent déroulées dans un climat de défiance. Elles ont en tout cas donné l’opportunité au futur patron du premier électricien de France d'expliquer quelques grandes lignes de sa vision quant aux actions qu'il comptera mener dans un contexte qu'il a qualifié de "critique à court terme".

Sa "mission", nécessitera "la mobilisation de toutes les énergies" a-t-il souligné, alors que la crise énergétique, renforcée par les perspectives d’un conflit durable en Ukraine et l’interruption à durée indéterminée – si ce n’est définitive - des exportations de gaz russe vers l’Europe implique de lourds défis. La pression est d’autant plus grande qu’"EDF traverse lui-même une crise sérieuse d’ordre technique et industriel qui accentue la tension sur l’offre d’énergie", a rappelé devant les sénateurs l’actuel responsable des opérations internationales du groupe Schneider Electric.

Pour l’instant, Luc Rémont reconnaît qu’il n’a pas toutes les réponses. Notamment concernant le  phénomène de corrosion sous contrainte affectant une partie du parc nucléaire, qui a aggravé la tendance baissière de production nucléaire, liée au vieillissement du parc et la nécessité d’opérations de maintenance. "Je n’ai pas à ce stade une connaissance suffisante de ce phénomène pour livrer un diagnostic", a-t-il reconnu.

Logiquement, sa première priorité sera, "dès les premières heures de [son] mandat" qui devrait débuter courant novembre, de se "consacrer totalement à tenir les engagements de l’entreprise pour la reprise de la production des réacteurs mis à l’arrêt" pour cause de maintenance programmée ou de réparations liées à ladite corrosion.

Mais de nombreux chantiers colossaux de plus long terme devront être lancés. En particulier, alors que le grand plan de relance du nucléaire voulu par Emmanuel Macron vise la construction de 6 à 14 réacteurs EPR de nouvelle génération d'ici à 2050, Luc Rémont est bien conscient du long chemin à parcourir pour y parvenir. Avant de parler d’un nombre précis de réacteurs à construire, le principal défi est d’abord de "rebâtir une filière industrielle permettant un coût récurrent du réacteur et un délai de construction les plus faibles possibles", a-t-il expliqué aux sénateurs. Une tâche immense lorsque l’on sait que l’EPR de Flamanville est en construction depuis 2007 avec un coût quasiment quadruplé par rapport au budget initial.

Un défi industriel qu’EDF aborde en étant bientôt renationalisé à 100%, ce qui lui permettra de mieux supporter un endettement qui devrait atteindre un montant record de 60 milliards d’euros à la fin de l’année. Cette situation financière, aux yeux du futur dirigeant du groupe, requiert "de la vigilance à court terme pour ne pas réduire les investissements et compromettre l’avenir". D’autre part, elle "nécessite impérativement de trouver un équilibre et une visibilité de long terme en matière de régulation", a souligné Luc Rémont devant les parlementaires.

Sur cette question de la régulation, le futur dirigeant se montre d'ailleurs absolument catégorique sur le mécanisme de l’Arenh (accès réglementé à l'électricité nucléaire historique), "à bout de souffle", selon lui. Ce mécanisme prévu pour rester en vigueur jusqu'en 2025, qui contraint le fournisseur historique EDF à vendre à ses concurrents une origine d’origine nucléaire au prix fixé de 42 euros le megawattheure, "n’a pas permis de développer de véritable investissements concurrents tout en affaiblissant sérieusement ceux d’EDF", a pointé Luc Rémont.

Celui qui succédera très bientôt à Jean-Benard Lévy souhaite ainsi "faire bouger les lignes au niveau européen", le futur dirigeant déplorant le manque d’incitation à l’investissement de la régulation européenne telle qu’elle est aujourd’hui.

En attendant la prise de fonction de Luc Rémont d’ici quelques semaines, EDF a annoncé jeudi que sa production nucléaire en France avait chuté à 209,2 terawattheures sur les neuf premiers mois de l’année, soit 59 terawattheures de moins qu’à la même période un an plus tôt sous l’effet de la moindre disponibilité de son parc nucléaire.

Et la facture liée à ce recul de la production nucléaire, qui induit des achats sur le marché à prix élevés, grimpe encore. Son impact sur l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) de l’entreprise est désormais estimé par EDF à 32 milliards d’euros en 2022, soit trois milliards d’euros de plus qu’indiqué le 15 septembre. C'est aussi le double de l'estimation que le groupe faisait en mars dernier de la baisse de sa production sur l'Ebitda.

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