WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Entreprises / Actions / EDF / Luc Rémont / Jean-Bernard Lévy / nucléaire / OPA

Entreprises / Actions
EDF / Luc Rémont / Jean-Bernard Lévy / nucléaire / OPA

L’OPA de l’Etat sur EDF a démarré / Luc Rémont officiellement aux commandes

Finalement validée par l’Autorité des marchés financiers, l’OPA de l’Etat sur EDF s’est ouverte jusqu’au 22 décembre au prix convenu de 12 euros par action. La renationalisation à 100% par la puissance publique doit permettre de donner les coudées franches à Luc Rémont, le nouveau PDG fraîchement nommé, pour redresser la production nucléaire française et les comptes de l’entreprise.
Luc Rémont est officiellement le nouveau PDG d'EDF, tandis que l'OPA de l'Etat court jusqu'au 22 décembre - Come SITTLER/REA
Luc Rémont est officiellement le nouveau PDG d'EDF, tandis que l'OPA de l'Etat court jusqu'au 22 décembre - Come SITTLER/REA

La reprise en main totale d’EDF par l’Etat ne souffrira d’aucun retard supplémentaire. Au grand dam des actionnaires minoritaires contestataires, l’offre publique d’achat (OPA) du gouvernement sur l’opérateur historique d’électricité a débuté jeudi à la suite du feu vert donné la veille à l’opération par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le calendrier publié par le gendarme boursier prévoit que l'acquisition des titres se fera jusqu’au 22 décembre. Une fenêtre déjà décalée par rapport aux dates initialement prévues, l’AMF ayant dû reporter sa décision pour examiner les contestations exprimées par des petits actionnaires d’EDF, majoritairement des salariés et anciens salariés, dont les griefs portent essentiellement sur le prix de 12 euros par action proposé par l’Etat pour sortir le groupe électricien de la Bourse.

Dans un mouvement historique, ces actionnaires salariés, notamment réunis dans l’association Energie en actions, usent depuis des mois de tous les recours possibles afin de contrer ce qu’ils considèrent comme une spoliation, au point d’avoir attaqué l’Etat en justice. L’association soulignait encore hier que "la perte de valeur d’EDF (et des actions EDF) depuis l’ouverture du capital" – lors de l’introduction en Bourse en 2005 – était "due pour une grande partie aux décisions de l’Etat ". Notamment au fameux mécanisme de l’Arenh (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique), qui contraint EDF à vendre à ses concurrents au moins un quart de sa production nucléaire d’électricité à prix inférieur aux coûts de production, et ce depuis 2010. Ou encore à la fermeture imposée pour des raisons purement politiques des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en Alsace, qui font d’autant plus défaut dans le contexte de pénurie d’électricité auquel le pays fait désormais face.

 

La Bourse a toujours raison

 

Des arguments écartés par le gendarme boursier. Notamment parce que le rôle de l’Etat français dans ses missions de régulation du secteur de l’énergie est "une donnée de fait" ne pouvant ignorée "et qui a été clairement identifiée au fil du temps dans la documentation de la société comme facteurs de risque, de même que ne peuvent être ignorées les difficultés opérationnelles rencontrées par l’entreprise", a rappelé l’AMF dans sa décision. "En outre", observe l’Autorité, "le prix (de 32 euros) auquel la société a été introduite en bourse en 2005 ne peut être considéré comme une référence pertinente". En revanche, suivant le précepte selon lequel le marché a toujours raison, l’AMF considère le cours de bourse comme "un bon indicateur de la valorisation de la société" eu égard à un marché de l’action "liquide et faisant l’objet d’un suivi régulier par les analystes financiers". Ces mêmes analystes dont les calculs de valorisations d’EDF se situaient tous en dessous du prix de l’offre avant l’annonce du projet de l’OPA.

Si, sans surprise, l’association Energie en actions appelle désormais tous les actionnaires à ne pas apporter leurs actions à l’OPA, sa capacité (ainsi que celle de tous les actionnaires contestataires) à gêner les plans de l’Etat semble désormais réduite. Il suffit à la puissance publique de recueillir 5,9% du capital d’EDF pour atteindre le seuil de détention de 90% qui lui permettra ensuite de lancer une offre de retrait obligatoire au même prix par action de 12 euros. Niveau offrant une porte de sortie acceptable pour nombre d’actionnaires, encore plus lorsque l’on sait les lourds défis à relever par l’entreprise et son nouveau PDG. EDF a d’ailleurs officialisé mercredi la nomination de Luc Rémont pour remplacer Jean-Bernard Lévy à la tête de l’entreprise.

 

Luc Rémont face à ses défis

 

Les chantiers à mener à bien sont immenses, aussi bien à court qu’à long terme, entre la nécessité de faire repartir le plus vite possible la production de son parc nucléaire dont la moitié est à l’arrêt, et celle de mener à bien le grand plan de relance du nucléaire voulu par Emmanuel Macron, qui vise la construction de 6 à 14 réacteurs EPR de nouvelle génération pour 2050. Tout en redressant les comptes de l’entreprise, qui a relevé fin octobre l'impact financier de la baisse de sa production électrique pour 2022 à 32 milliards d'euros. Ce qui passera aussi par renégocier avec Bruxelles les règles du marché de l’électricité, alors que le nouveau dirigeant s’est déjà clairement positionné sur la question des tarifs, jugeant lors de son audition au Sénat le mois dernier que le mécanisme de l’Arenh était "à bout de souffle". 

En sortant EDF de la Bourse, l’Etat a visiblement compris que le nucléaire n'était pas qu’une rente dont il n'avait qu’à toucher les dividendes. Mais, alors que les responsabilités du fiasco actuel ont donné lieu à une passe d’armes entre Jean-Bernard Lévy, le désormais ex-PDG du groupe, et le président de la République Emmanuel Macron, l’Etat ne pourrait cette fois-ci que s’en prendre à lui-même s'il venait à échouer. Une certitude en tout cas, le groupe n’aura désormais plus à jouer sur deux tableaux incompatibles entre servir l’intérêt général et défendre les intérêts de ses actionnaires.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article