Entreprises / Actions / EDF / Centrale nucléaire / EPR / EPR2 / Elisabeth Borne / Première ministre / Jean-Bernard Lévy
Entreprises / Actions
EDF / Centrale nucléaire / EPR / EPR2 / Elisabeth Borne / Première ministre / Jean-Bernard Lévy
EDF sort de la Bourse, avant de couper le courant ?
Que le cours de Bourse d’une entreprise monte à l’annonce de sa nationalisation confine sans doute à l’absurde. Mais pas plus, tout compte fait, que lorsque cette même compagnie publique est contrainte par l’Etat de subventionner ses concurrents, contre ses propres intérêts et ceux de ses actionnaires. Cela fait des années qu’EDF revend à ses concurrents de l’électricité à des prix déconnectés du marché, dans le cadre d’un mécanisme de l’Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique). Le bouclier tarifaire mis en place en début d’année pour limiter la hausse de la facture d’électricité des Français a encore accentué le phénomène, obligeant le groupe à vendre davantage d'électricité nucléaire à bas prix à ses concurrents. La schizophrénie de l’Etat actionnaire rendait inéluctable cette décision à laquelle le Président de la République, Emmanuel Macron, avait préparé les marchés dès la campagne présidentielle.
Il reste à savoir comment elle va prendre forme. Stable jeudi, l’action EDF s’est envolée mercredi de 14,5% après que la première ministre, Elisabeth Borne, a confirmé, lors de son discours de politique générale, l’intention de l’Etat de détenir 100% du capital de l’électricien. Une réaction liée à l’espoir d’une prime de sortie de la Bourse. Deux options s’offrent à l’Etat. L’une consiste à faire voter une loi de nationalisation, supposant de convaincre le parlement de la légitimité de cette décision politique, ce qui paraît concevable même si le gouvernement ne dispose plus de la majorité absolue. La "volonté du gouvernement pourra trouver des supports dans les partis de l’opposition qui y voient également un bon choix pour l’avenir d’EDF", estiment les analystes d’Oddo BHF. Dans ce cas, la Commission des participations et des transferts chargerait un expert indépendant de valoriser l’entreprise.
Résultats semestriels à risque
Autre solution, celle d’un rachat direct des minoritaires sur les marchés. L’Etat français détenant déjà 84% des actions, l’objectif serait alors de monter à 90% du capital pour déclencher une sortie obligatoire de la cote, en offrant un prix suffisamment attractif pour convaincre les actionnaires d’apporter leurs titres. Dans les deux cas, le coût du rachat des 16% du capital, aujourd’hui valorisés 5,4 milliards d’euros, est une question à laquelle il est difficile de répondre pour l’instant. Il est certain en revanche que le prix de sortie restera loin des 32 euros de l’introduction de 2005.
En première approche Oddo BHF estime la valorisation à 9,25 euros par action, un niveau dont le cours (8,97 euros jeudi soir) est déjà très proche. Mais toute tentative d’évaluation à ce stade peut encore évoluer, plutôt dans le mauvais sens a priori. Alors que le groupe ne cesse de revoir à la baisse ses prévisions de production nucléaire dans l’Hexagone depuis le début de l’année, le risque d’une nouvelle mauvaise surprise n’est pas à écarter lors de la publication des résultats semestriels le 28 juillet prochain. Il est déjà acquis que l’arrêt de plus de la moitié du parc nucléaire en France, à cause de la corrosion qui frappe certains réacteurs, et du manque à gagner lié au mécanisme de l’Arenh, auront un impact cumulé de 28 milliards d’euros sur l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) cette année. Une augmentation de la facture se répercuterait sur la valorisation de l’entreprise, et compliquerait encore davantage l’équation financière.
Lourdement endetté, à hauteur de 43 milliards d'euros à fin 2021, EDF doit financer la nouvelle stratégie nucléaire de la France voulue par Emmanuel Macron pour la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 de nouvelle génération d’ici 2050 à un coût de plus de 50 milliards d’euros. Le groupe doit aussi trouver 33 milliards d’euros pour prolonger la durée de vie de ses 56 réacteurs actuels vieillissants "hors conséquence du dossier corrosion".
Changement de gouvernance
L'Etat doit "avoir la pleine maîtrise de la production d'électricité et de sa performance", a fait valoir Elisabeth Borne pour justifier la renationalisation à 100% de l’entreprise. Un souhait qui a toutes les apparences d’un vœu pieu à court terme. Avec la moitié de son parc nucléaire à l’arrêt, la France doit espérer un hiver clément pour éviter le risque de coupures d’électricité l’hiver prochain, jugé très élevé. Les prix s’envolent sur les marchés à termes. Le mégawattheure (MWh) en France atteint déjà le niveau stratosphérique de 840 euros pour le quatrième trimestre 2022 sur la Bourse EEX, contre moins de 500 euros en Allemagne.
L’actuel PDG, Jean-Bernard Lévy, ne sera peut-être plus aux commandes pour y faire face. Celui-ci a conjointement décidé avec l’Etat de lancer le processus de sa succession. Son mandat prendra fin au plus tard le 18 mars prochain. Nommé par François Hollande en 2014, puis renouvelé dans ses fonctions par Emmanuel Macron, Jean-Bernard Levy atteignait de toutes façons la limite d'âge prévue dans les statuts. Dans le contexte de la nationalisation d’EDF, la nomination de son successeur permettra qu’un nouveau président accompagne le nouveau quinquennat.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

