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Luc Rémont à la recherche du nouvel équilibre économique d'EDF / Les redémarrages de réacteurs se poursuivent en attendant
"A ce jour, nous avons 41 réacteurs connectés au réseau d’une puissance productible de 41,3 gigawatts, ce qui a permis", grâce aussi aux efforts de sobriété énergétique des Français, "de passer cette première vague de froid sans difficulté sur le réseau", a indiqué mercredi Luc Rémont, le président-directeur général du groupe EDF. Le dirigeant, fraîchement installé à son poste depuis trois semaines à peine, s’exprimait lors d’une audition au sénat sur "la relance du nucléaire" en compagnie, entre autres, de Bernard Doroszczuk, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
L’occasion notamment de faire le point sur la remise en route des réacteurs arrêtés pour cause d’opérations de maintenance prévues, ou liés au problème de corrosion sous contrainte découvert à l’automne 2021. "Nous aurons trois réacteurs supplémentaires connectés d’ici Noël", a-t-il ajouté, précisant qu’il s’agissait des réacteurs de Graveline 3, de Saint Alban 2 et de Dampierre 2, le groupe travaillant par ailleurs sur le réacteur de Graveline 4 pour "le recoupler au réseau le plus tôt possible en 2023 ".
Le dirigeant a assuré que le groupe allait " le plus vite possible", réparant les uns après les autres les réacteurs touchés par ce phénomène de corrosion inattendu qui a fragilisé la production nucléaire française au moment où une grande partie des réacteurs étaient déjà en visites dite décennales. Or, compte tenu de leur complexité, ces visites "nécessitent des durée allongées d’arrêt de réacteurs", a-t-il rappelé, l’accélération de l’ensemble de ces processus étant un élément "tout à fait clé" de la disponibilité du parc sur lequel "nous allons continuer à travailler", a assuré le dirigeant.
Premiers EPR 2 planifiés à Penly
A peine quelques semaines après l’avoir auditionné en tant que futur patron de l’opérateur historique d’électricité, les sénateurs, et notamment Sophie Primas, la présidente de la commission des affaires économiques, souhaitaient entendre son analyse de la situation maintenant qu’il est aux commandes. Et ce en amont du projet de loi d’accélération des procédures liées à la construction des réacteurs qui sera examinée par le Sénat au tout début de l’année prochaine Une loi qui vise à anticiper et donner les moyens de réaliser la stratégie dont Emmanuel Macron, le président de la République, avait donné le cap lors de son discours de Belfort en février dernier.
"Ce projet de loi doit nous permettre de réaliser avec succès le programme du renouveau nucléaire avec au minimum six EPR de deuxième génération", a rappelé Luc Rémont. Sous réserve des conclusions du débat public en cours, le programme de relance nucléaire débutera par la construction d’une première paire de réacteurs sur le site de Penly, en Seine maritime. Le deuxième site candidat pour accueillir d’autres EPR est celui de Gravelines. Quant au troisième site, "il reste des études techniques à réaliser afin de comparer les mérites de Bugey dans l’Ain et de Tricastin dans la Drôme ", a indiqué le dirigeant.
Besoin urgent et massif de compétences nucléaires
Construire ces réacteurs posera comme principal défi pour EDF et toute la filière nucléaire d’être "capables de régénérer et d’attirer des compétences", a-t-il souligné. Une nécessité absolue alors qu’une opération de visite décennale dans le cadre du programme de rénovation et de modernisation des centrales nucléaires existantes dit "grand carénage" requiert de faire appel à 4000 salariés. Sachant que "pour la construction d’une nouvelle tranche, donc d’un EPR 2 nous parlons plutôt de 7500 à 10 000 salariés qu’il sera nécessaire d’avoir sur un site pendant une période beaucoup plus longue.", a expliqué Luc Rémont. Des besoins gigantesques en main-d’œuvre nécessitant " un travail fondamental sur les compétences, l’attractivité du métier et l’intégration de ces projets dans le territoire. C’est dans cet esprit que nous allons travailler avec l’ensemble des membres de la filière", a ajouté le patron de la première entreprise nucléaire d'Europe.
Et il n'est pas question de prendre du retard dans le lancement de la construction des nouveaux réacteurs. Si la durée de vie du parc nucléaire actuel doit logiquement pouvoir être prolongée au-delà de 50 ans, de la même manière que les Etats-Unis y parviennent avec leurs réacteurs, "il est absolument indispensable d’aller le plus vite possible sur la construction d’un parc neuf, ne serait-ce que par ce que la demande électrique augmente ", a souligné Luc Rémont aux sénateurs. Et, comme cet hiver l’a montré aussi pour la première fois, parce que le parc nucléaire actuel n’assure plus l’autosuffisance lorsque des problèmes techniques l’empêchent de produire au maximum de ses capacités.
Revoir les règles du marché
Comment EDF, qui sera bientôt détenu à 100% par l’Etat, financera-t-il ces nouveaux réacteurs dont le pays a besoin ? A cette question posée par les sénateurs, Luc Rémont a fait une réponse à la fois simple et argumentée. "A la fin, il n’y a que deux personnes qui peuvent payer, le client et le contribuable", a-t-il déclaré. Dans un scénario idéal, seuls les premiers, les clients, seraient mis à contribution. Ce qui suppose que l’entreprise puisse vendre son électricité et services sur la durée à un prix correspondant aux coûts qu’elle engage. Soit les coûts complets du cycle nucléaire et du renouvellement du parc, ce qui n’est pas possible dans l’état actuel de la régulation et des règles de marché.
Luc Rémont s’était déjà exprimé sur ce sujet important lors de son audition devant les sénateurs avant sa nomination, expliquant que le mécanisme de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) qui permet aux fournisseurs alternatifs de s’approvisionner auprès d’EDF à prix cassé, était "à bout de souffle" (LIEN).
"Je vous confirme qu’il l’est", a-t-il déclaré mercredi. "Nous sommes, à ce stade, dans une crise énergétique européenne qui amène à revoir l’ensemble des modalités de règle de marché pour l’électricité en Europe", a une nouvelle fois expliqué Luc Rémont aux sénateurs. Une révision " indispensable pour qu’EDF puisse fournir une électricité compétitive aux Français mais dans des conditions qui ne l’obligent pas, soit à vendre à un prix cassé fixé par la régulation, soit à vendre en étant l’objet des fluctuations excessives du marché", et se retrouver, "au passage, taxé après-coup parce que ces fluctuations sont excessives".
L'exemple de Sizewell
Ainsi, alors que "le modèle économique actuel soutient à peine l’activité d’aujourd’hui et qu'il n'a évidemment pas la capacité de financer le futur", Luc Rémont a réaffirmé son souhait "de travailler avec le gouvernement, déjà pleinement mobilisé sur ce sujet, dans les discussions communautaires pour trouver un équilibre économique pour EDF et toute la filière".
Toutefois, a-t-il prévenu, "le fait d’avoir un modèle économique permettant de vendre au client à un prix au plus proche du coût complet pourrait ne pas suffire" à tout financer. "Auquel cas, il faudra, avec l’accord et le soutien du gouvernement, et dans un cadre communautaire, définir un dispositif qui permette de compléter cela, soit par des garanties, soit par un mécanisme de financement public comme cela existe dans d’autres pays". Comme au Royaume-Uni, où EDF a récemment conclu un accord pour la construction de deux nouveaux EPR à Sizewell.
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