WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Entreprises / Actions / EDF / énergie / électricité / Arenh / commission européenne

Entreprises / Actions
EDF / énergie / électricité / Arenh / commission européenne

L’Etat encore contraint de voler au secours d’EDF

Après avoir fragilisé les sources de revenu de l’électricien, la puissance publique va souscrire, en tant qu’actionnaire largement majoritaire, à l’augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros annoncée vendredi. Une opération destinée à maintenir la tête d’EDF hors de l’eau face à ses défis.
siège d'EDF à La Défense
siège d'EDF à La Défense

EDF a bien du mal à enthousiasmer ses actionnaires. La publication de résultats 2021 en forte hausse vendredi n’a eu aucun effet. Car tous les yeux sont rivés sur l’absence de perspectives claires sur l’électricien : dans un contexte bouleversé par la transition énergétique, il se trouve contrarié par un déficit de contrôle sur ses tarifs face aux interventions de l’Etat actionnaire, par l’impossibilité de déterminer sa future organisation, donc sa stratégie, en raison de désaccords persistants entre la France et la Commission européenne et par les multiples contrariétés techniques, comme sur l’emblématique chantier de l’EPR de Flamanville.

Plus précisément, les interrogations se portaient sur la solvabilité d’EDF face à ses nombreux engagements. Alors que certaines rumeurs apparues récemment évoquent la possibilité d’une nationalisation après les élections en France, le groupe a annoncé vendredi un projet d’augmentation de capital d’environ 2,5 milliards d’euros, qui serait souscrite par l’Etat à hauteur de sa quote-part en capital, à savoir 83,9%. Environ 510 millions d’actions nouvelles seront émises. EDF espère la mener avant la tenue de son assemblée générale.

"L’État contribue immédiatement à sécuriser la situation financière d’EDF et sa capacité de financement à court et à moyen terme, afin de lui permettre de poursuivre sa stratégie de développement rentable dans le cadre de la transition énergétique", explique ainsi le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance dans un communiqué. Parmi les autres mesures de soutien, Bercy ajoute que l’Etat prolongera son engagement à percevoir ses dividendes en titres.

En venant au soutien d’EDF, l’Etat a également l’intention d’envoyer un message aux "investisseurs privés pour leur dire 'vous pouvez continuer à financer EDF et à investir dans EDF parce que EDF a le soutien de l'Etat’", a précisé le ministre Bruno Le Maire sur RTL vendredi matin. En effet les doutes des investisseurs sont nombreux. L’action de l’électricien, qui a terminé en baisse de 2,35% vendredi (à 8,14 euros), a d’ailleurs perdu plus de 21% depuis le 1er janvier. Le marché a de quoi être inquiet : en conséquence de ses difficultés, l’électricien a été dégradé à plusieurs reprises par les agences de notation, ce qui pèse automatiquement sur ses conditions d’emprunt.

En cause évidemment, il y a le rejet de son plan de réorganisation "Hercule", destiné à adapter sa structure à la transition énergétique et son financement, par Bruxelles et le fait qu’une nouvelle version ne semble pas pour demain. Autre contrariété, la baisse prévue de production d’électricité à base de nucléaire en France en 2022, notamment en raison de problèmes de corrosion : elle pourrait amputer son Ebitda de 11 milliards d'euros (au prix actuel du marché, très volatil). Enfin, la décision du gouvernement d’accroître la quantité d'électricité qu’EDF doit vendre à prix réduit à ses concurrents privés (selon le mécanisme de l’Arenh), dans le but de limiter la flambée des tarifs pour les clients. Concrètement, 40% de la production électrique d’EDF en 2022 sera vendue à un prix inférieur à celui du marché : un manque à gagner estimé à 8 milliards d'euros en termes d’Ebitda. Il sera compensé par un effet de la hausse générale des prix (pour ses 60% de sa production soumise au marché) de 6 milliards. Au total, l’Ebitda pourrait être amputé de 13 milliards d’euros en 2022.

Dans ce contexte difficile, le groupe va devoir assumer le coût de la rénovation de son parc nucléaire (pour en prolonger la durée de vie), la construction des six nouveaux réacteurs promis par le président Emmanuel Macron et investir dans les énergies renouvelables… "Nous avons des difficultés sur les années 2022 et 2023, le plan d'actions vise à les surmonter et à faire en sorte que nous ne fassions pas de pause dans nos investissements pour la transition énergétique", a déclaré son PDG Jean-Bernard Lévy en conférence téléphonique. Autre l’augmentation de capital, EDF prévoit un programme de cessions d’environ 3 milliards d'euros entre 2022 et 2024.

Ces annonces ne suffisent pourtant pas à rassurer complètement, tant le groupe n’a pas de réelle visibilité. En témoigne le fait qu’il n’a pas fourni de prévisions de résultats précises pour 2022. EDF espère simplement rétablir son ratio de dette nette sur Ebitda entre 4,5 et 5 fois en 2023, pour maintenir ses notes de crédit. Sa dette financière nette atteignait 43 milliards d’euros fin 2021, avec un flux de trésorerie négatif de 1,5 milliard d’euros.

Avec une telle avalanche d’annonces, le redressement des comptes d’EDF en 2021 est passé inaperçue. Il est pourtant franc. Grâce à l’envolée des prix et au rebond de la demande lié à la reprise économique, son chiffre d’affaires a progressé de plus de 22% (à 84,5 milliards d’euros), son Ebitda de plus de 11% (à 18 milliards), tandis que le résultat net courant a été multiple par 2,4 (à 4,7 milliards d’euros) et le résultat net part du groupe a quasiment octuplé, bondissant à 5,1 milliards d’euros.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article