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Acculé, Donald Trump essaie de semer le chaos
Petit à petit, les chances d’un second mandat se réduisent à peau de chagrin pour Donald Trump. Le dépouillement se poursuit dans six Etats - Alaska, Arizona, Caroline du Nord, Géorgie, Pennsylvanie et Nevada – mais un seul concentre toute l’attention : la Pennsylvanie, qui peut à elle seule ouvrir les portes de la Maison Blanche à Joe Biden. Vendredi matin à 9 heures (heure de New York), ce dernier vient tout juste de prendre la tête dans ce "swing state", et affiche une légère avance de 6.000 voix. Un écart qui pourrait encore se creuser car les votes à distance, qui sont dépouillés depuis hier, favorisent très nettement le candidat démocrate. Joe Biden a engrangé plus de 80 % des bulletins à Philadelphie grâce au soutien des Noirs, mais rattrape aussi son retard dans les comtés républicains.
Autre changement majeur dans le scrutin : Joe Biden a également pris une courte tête en Géorgie. L’État a quasiment terminé le décompte, et l’écart entre les deux candidats est si infime, à peine 1.000 voix sur presque 5 millions de voix, qu’il devrait être contesté par le camp républicain s’il était accordé à Joe Biden. Comme le résultat devrait être dans la marge d’erreur, un recomptage n’est pas à exclure. Enfin, le candidat démocrate a repris un peu de champ dans l’Arizona, mais le dépouillement se poursuit. Et les autres Etats n’ont pas avancé, l'Alaska et la Caroline du Nord penchant côté Trump et le Nevada côté Biden.
À ce stade, Donald Trump est au pied du mur. Il doit absolument remporter la Pennsylvanie et la Géorgie, convertir la Caroline du Nord et renverser le Nevada pour espérer un second mandat. Mais sa stratégie est aujourd’hui bien différente: celle de jeter l’opprobre sur le scrutin en raison du volume historique de votes à distance. Dans une déclaration jeudi soir, le Président, qui avait pourtant appelé les Américains à utiliser ce mode de scrutin en raison de la pandémie, a dénoncé une fraude massive et le volume de bulletins reçus jusqu’à trois jours après l’élection, avec des paroles à l’emporte-pièce et sans aucune preuve à l’appui.
La campagne républicaine a d’ores et déjà entamé des recours judiciaires pour contester le déroulement du décompte ou encore la prise en compte des bulletins arrivés après le jour de l’élection dans quatre Etats clés qui lui sont défavorables : Géorgie, Pennsylvanie, Michigan et Nevada. Et le fils du Président, Eric Trump Jr et son avocat Rudy Giuliani, ont fait une conférence de presse jeudi, en alimentant ces rumeurs de faux bulletins.
Ce scénario était attendu. Donald Trump utilise la même rhétorique depuis plusieurs semaines maintenant, et les sondages avaient anticipé que la majorité des votes démocrates arriverait par courrier et serait décomptée plus tard. Mais ce genre de déclaration sans fondement prend une toute autre ampleur quand elle est prononcée depuis la tête du pouvoir exécutif américain, à la Maison Blanche. Donald Trump ne remet pas seulement en cause le processus démocratique, il jette de l’huile sur le feu de la division de l’Amérique.
Les partisans du Président, qui l’ont élu il y a quatre ans, sont très sensibles à ce type de message, portant sur la corruption, la manipulation et le complot, comme en témoigne le succès de la théorie QAnon. Et dans un pays aussi polarisé, ce qu’a encore confirmé cette élection, son refus d’admettre le résultat du scrutin démocratique risque d’enflammer encore plus ses supporters, et de créer des affrontements entre citoyens. Des manifestations ont déjà commencé à Detroit, Philadelphie, Atlanta et Phoenix, des villes qui sont déjà sous haute tension depuis les débordements liées au mouvement Black Lives Matter.
Donald Trump joue-t-il la guerre civile ? A ce stade, il reviendrait à ses proches de lui parler et l’inciter à envisager une concession, ce qu’il exclut pour le moment. Mais son directeur de cabinet, Mark Meadows, n’aurait pour le moment que nourri ses théories du complot, si bien que Jared Kushner ou sa fille Ivanka pourraient intervenir. De son côté, Joe Biden, dont le domicile vient d’être placé en zone interdite aux vols, est déterminé à entrer en fonction de "President-elect" dès le premier jour. S’il franchit le cap des 270 grands électeurs, tout l’enjeu sera pour lui de ne pas laisser Donald Trump ou les recours judiciaires jeter le doute sur la légitimité de son mandat.
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