Macro-économie / Taux / Etats-Unis / élections présidentielles / élections américaines
Macro-économie / Taux
Etats-Unis / élections présidentielles / élections américaines
Élections US : ce que l’on sait, à ce stade
"Say can you see, by the dawn’s early light" : "dis-moi ce que tu peux voir, au petit matin". Si le célèbre hymne national américain commence par ces mots, les Américains n’ont pas pu voir le nom de leur prochain Président au réveil, ce mercredi matin. En raison de la pandémie et d’un nombre historique de votes à distance (64 millions à ce jour), le décompte prendra plus de temps, surtout dans les fameux "swing states" qui vont déterminer le vainqueur. Mais si l’incertitude est de mise à cette heure, cette élection apporte d’ores et déjà plusieurs constats.
Tout d’abord, Joe Biden n’a pas obtenu la vague bleue, le vote de confiance qu’il cherchait de la part des Américains. Le candidat démocrate a passé une grande partie de sa campagne à critiquer le bilan de l’administration Trump et surtout sa gestion périlleuse de la crise Covid. Mais à la sortie des urnes, la priorité numéro un des électeurs était claire : l’économie, voire les inégalités raciales côté démocrate, devant le coronavirus. Et Donald Trump a semble-t-il réussi à dépeindre son adversaire comme un acquis à la gauche radicale, qui allait augmenter les impôts de ses concitoyens. Pas de raz-de-marée non plus dans la course à la Chambre des Représentants et au Sénat, que les démocrates espéraient faire basculer de leur côté. Ils ont besoin de quatre sénateurs supplémentaires, ce qui sera difficile à obtenir, et ont déjà perdu six sièges de députés. A ce stade, il paraît donc improbable que même s’il était élu, Joe Biden gouverne avec un Congrès de son bord.
Deuxième surprise : le vote latino en Floride, qui a permis à Donald Trump de remporter à nouveau l’État, comme en 2016. Le Président a passé plus de temps à sillonner la Floride, où se situe sa résidence Mar-A-Lago, que son adversaire, et a réussi à faire la différence avec les Américains Cubains, notamment en accusant la campagne Biden de communisme. La surprise démocrate est quant à elle venue de l’Arizona: si l'Etat n’est pas encore attribué à Joe Biden, ce dernier est en bonne voie pour faire passer cet Etat côté démocrate pour la première fois en 24 ans.
Du côté des autres "swing states", le suspense est plus que jamais à son comble, d’autant que leur décompte est plus long. Pour le moment, Joe Biden mène de moins d’un point dans le Wisconsin, le Michigan et le Nevada, tandis que Donald Trump affiche une avance en Caroline du Nord, en Géorgie et en Pennsylvanie. Chaque candidat peut gagner à cette heure : Joe Biden peut attendre le seuil critique des 270 grands électeurs s’il gagne la Géorgie et l’Arizona, et deux des trois Etats clés : Michigan, Wisconsin et Pennsylvanie, ou seulement ces trois derniers. De son côté, Donald Trump aurait besoin de conserver ces trois Etats des grands Lacs, mais aussi la Géorgie.
Le troisième constat, qui n’est pas une surprise, est la réaction de Donald Trump à ce scrutin. Le Président a pris l’antenne depuis la Maison Blanche à 2h30 du matin et s’est déclaré vainqueur, plaidant à nouveau que cette élection était frauduleuse. Il est même allé plus loin en appelant à arrêter de compter les votes et a invoqué un recours auprès de la Cour Suprême. Un argument infondé, car le Président n’a pas de recours juridique pour empêcher le décompte des votes à distance qui sont en bonne et due forme. La campagne républicaine a tenté de faire annuler les bulletins de certaines urnes dans des "drive-in" au Texas, ou encore d’empêcher la Pennsylvanie de recevoir des bulletins jusqu’à vendredi, mais s’est faite retoquer jusqu’à présent.
Pour pouvoir aller jusqu’à la Cour Suprême fédérale des États-Unis, la campagne de Donald Trump doit lancer des procédures judiciaires au niveau des tribunaux fédéraux de chaque État – par exemple sur le rejet des votes à distance qui arrivent après l’élection - et bien sûr apporter la preuve d’une fraude. Le Président utilise cette rhétorique de l’illégalité et de la manipulation des votes depuis plusieurs semaines, en sachant que les votes à distance sont plus favorables aux démocrates. Surtout, il compte profiter de la nomination de trois juges conservateurs à la Cour Suprême lors de son mandat, qui l’ont fait basculer côté conservateur, et qui pourraient lui être favorables lors d’un recours. Une chose est sûre, quel que soit le résultat de l’élection en fin de semaine, la saga judiciaire ne fait que commencer.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

