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US : Les nouveaux enjeux de l'élection présidentielle
Mort de Ruth Bader Ginsburg : un impact à double tranchant
La mort de la membre de la Cour Suprême Ruth Bader Ginsburg prive cette institution, au pouvoir déterminant, d’une figure aux couleurs Démocrates. Alors que jusqu’à présent la parité politique se maintenait à peu près, avec cinq conservateurs et quatre progressistes, le risque est aujourd’hui que la balance penche très favorablement vers Donald Trump, si ce dernier parvient à nommer un remplaçant de Bader Ginsburg avant la fin de son mandat. D’un côté, donc, la disparition de cette figure progressiste forte est une bonne nouvelle pour le candidat Républicain qui pourra choisir une remplaçante (Trump a insisté sur le fait que ce sera une femme) rassemblant les électeurs favorables au lobby "pro-life", ou anti-avortement. Ces derniers avaient largement contribué à mener Trump à la victoire en 2016. Dans cette optique, deux figure se détachent pour l’instant : Amy Coney Barrett, très conservatrice, catholique et anti-avortement, et Barbara Lagoa, qui a peut-être l’avantage d’être d’origine cubaine - l’enjeu électoraliste de très court terme étant pour Trump de capter un électorat latino-américain de plus en plus traditionnel.
Cependant, Johanna Schoen, professeure à l'université de Rutgers et experte en histoire des droits reproductifs, a déclaré que si l'avortement avait historiquement été "le moyen le plus facile de rallier les électeurs conservateurs", la mort de Mme Ginsburg était également susceptible de motiver les libéraux dans cette élection. Les groupes "pro-choice", qui s’opposent aux restrictions de l’avortement, sont en effet galvanisés par la vacance de la place de Ginsburg. Bouleversés par la mort de la juge, paniqués par la nomination d’un remplaçant conservateur, ils seraient aujourd’hui selon le Financial Times beaucoup plus mobilisés pour aller voter.
Dans tous les cas, Trump devrait faire attention à ne pas se reposer sur ses lauriers : alors que les femmes conservatrices représentaient une bonne partie de l’électorat républicain en 2016, une proportion importante de ces femmes blanches, autant les diplômées des classes supérieures que les non diplômées, disent avoir changé d’avis. L’électorat féminin pourrait-il faire perdre Donald Trump ce 3 novembre 2020 ?
Trump est dans une mauvaise passe, mais continue à convaincre
Ces dernières semaines, les propos de Donald Trump sur un certain nombre de sujets ont suscité l’animosité : article de The Atlantic dévoilant les dénigrements de Trump envers les militaires et vétérans de l’armée américaine, incitations de ses électeurs à aller voter deux fois, interviews publiées par le journaliste Bob Woodward où Trump dit avoir sciemment minimisé l’ampleur de la pandémie… Un seul de ces scandales aurait pu mettre à terre un autre candidat. Mais Trump, connu pour sa résistance et pour son amour du buzz, semble jouer avec ces informations, qu’il a parfois diffusées lui-même, et réussit par un tour de force magistral à garder l’approbation d'un grand nombre de ses électeurs.
Cet exploit passe par plusieurs canaux, que Trump maîtrise bien : d’abord, le candidat aux élections américaine sait bien détourner l’attention des sujets en sa défaveur, pour pointer du doigt ses succès, notamment diplomatiques : on l’entend ainsi parler de son rôle clé dans le rapprochement entre Israël et les Emirats et Israel et le Bahrein, ou encore du retrait progressifs des militaires américains présents en Irak et en Afghanistan… De plus, l’omniscience médiatique et physique dont le Président sortant fait preuve depuis le début de son mandat ne s’est que très peu ralentie depuis l’épidémie de coronavirus. De l’autre côté, Biden joue sur la prudence, sur la protection de sa population et refuse les meetings. Si cette politique de la distanciation fonctionne pour la part d’électeurs déjà conquis par Biden, la sur-représentation de Trump pourrait avoir de grandes conséquences dans les swing states (Etats pivots, qui changent de bord politique d’une élection à l’autre) et plus généralement sur les 34% d’électeurs qui se déclarent sans affiliation partisane ou indépendants. Son meeting dans le Nevada le 12 septembre pourrait notamment faire la différence, car c’est un Etat qu’il avait perdu de peu contre Clinton en 2016, et dont la population latino, effrayée par la nouvelle vague migratoire, pourrait bien être conquise par son discours anti-immigration.
L’incertitude de la participation démocrate
De l’autre côté, l’ancien vice-président Joe Biden a enregistré quelques victoires. Dans un contexte où le climato-scepticisme recule face aux preuves très concrètes de dérèglement climatique (incendies en Californie, sécheresse, ouragans démultipliés), son plan climatique très ambitieux a par exemple séduit le mouvement de jeunes activistes Sunrise (à l’origine du Green Deal), qui auparavant soutenaient plutôt Bernie Sanders. Le 31 août, il avait aussi eu des mots très durs et percutants contre Trump, le qualifiant de président "toxique", et promettant, s’il était élu, de "guérir" l’Amérique, de la rendre plus "sûre". Le jeu de la sécurité face à la "pyromanie" de Trump résonne particulièrement, le chef de l’Etat sortant semblant souffler sur les braises de la haine, des clivages sociaux, économiques, genrés, raciaux, et étant par là-même accusé de laisser l’Amérique sans protection, que ce soit au niveau climatique, ou au niveau de sa population.
Au vu des récents sondages d’intentions de vote, si les deux candidats restaient jusqu’au 3 novembre en tête dans les Etats où ils sont actuellement gagnants, Joe Biden serait largement devant. Mais les élections présidentielles américaines ont su surprendre par le passé, et un revirement de situation de dernière minute n’est jamais exclu. Par ailleurs, dans ce pays encore ravagé par l’épidémie de Covid-19, où le vote à distance avait été proposé comme une solution, le débat fait rage. Comme les minorités, notamment les afro-américains, sont sur-représentées dans les zones défavorisées des Etats-Unis et comme ces populations sont largement démocrates, le vote à distance profiterait davantage aux Démocrates. D’où la réaction virulente de Trump sur la question, annonçant à l’avance que les résultats seront truqués si l’on décide de généraliser ce vote en ligne. Mais dans les faits, c'est Trump qu'il faudrait accuser d’un agissement peu démocratique : il a récemment été prouvé que l’Etat de Floride entravait l’accès des électeurs démocrates aux urnes et, dans plusieurs swing states, l’envoi des bulletins de vote à été retardé lorsque la tendance était donnée en faveur des Démocrates.
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