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Air Liquide / transition énergétique / hydrogène / mobilité / Automobile / transport

Air Liquide met le cap sur l’hydrogène vert

Le groupe prévoit des investissements record de 16 milliards d’euros entre 2022 et 2025. Ce qui implique de frustrer les actionnaires quant à l’utilisation des excédents de cash flow.
François Jackow, futur directeur général d'Air Liquide
François Jackow, futur directeur général d'Air Liquide

La décarbonation nourrit l’optimisme d’Air Liquide. Dans son prochain plan stratégique à moyen terme (pour 2025), baptisé "Advance" présenté ce matin, le leader mondial des gaz industriels et médicaux a annoncé un programme d’investissement record de 16 milliards d’euros étalé sur quatre ans, dont une part essentielle sera consacrée à la transition énergétique.

Le montant consacré aux investissements industriels – qui excluent les 800 millions d’euros d’investissements financiers – va quadrupler par rapport au plan stratégique précédent ("Neos") mis en œuvre entre 2016 et 2019 (la pandémie ayant annulé les deux dernières années). La transition énergétique en représentera la moitié, prévoit le groupe. Elle concernera en priorité la grande industrie et la mobilité – via la technologie de la pile à combustible (alimentée par hydrogène) et la fourniture de gaz pour la fabrication de batteries électriques.

L’hydrogène est l’un des principaux paris d’Air Liquide, alors que cette solution est abordée avec prudence par les spécialistes de la décarbonation étant donné que sa production peut être source d’émissions importantes si elle est effectuée en utilisant du gaz naturel. Mais le groupe mise sur l’hydrogène "vert", c’est-à-dire produit à partir d’électricité d’origine renouvelable : il en a montré un exemple il y a deux semaines en inaugurant un électrolyseur d’une capacité initiale de 200 MW en Normandie. "Les émissions de transport génèrent 25% des émissions totales. L’hydrogène a un rôle clé à jouer", indique François Jackow, directeur général adjoint et qui succédera à Benoît Potier au poste de directeur général en juin prochain. Air Liquide compte investir 8 milliards d’euros dans l’hydrogène bas carbone et tripler son chiffre d’affaires dans ce domaine d’ici à 2035 pour dépasser 6 milliards d’euros.

La décarbonation de ses clients représentera un marché très important dans les décennies à venir, en particulier dans les industries dont les émissions sont difficiles à réduire (chimie, acier, ciment, raffinage…). Air Liquide estime le marché à 10 Gigatonnes de CO2, soit 1 000 milliards d’euros et "dix fois la taille du marché des gaz industriels aujourd’hui", précise François Jackow.

Cette décarbonation permettra également à Air Liquide d’atteindre ses propres objectifs à long terme en matière d’émissions (être neutre en carbone au plus tard en 2050) via la réduction de ses émissions de scope 3. Au total, le producteur de gaz vise une réduction des émissions de CO2 en valeur absolue à partir de 2025.

Une gestion financière maîtrisée

Ces développements restent encadrés par des objectifs financiers. Air Liquide en fixe plusieurs : une croissance du chiffre d’affaires de 5 à 6% par an, une rentabilité des capitaux employés supérieurs à 10% à compter de 2023 et une amélioration de plus de 160 points de base de sa marge opérationnelle entre 2022 et 2025 (hors effet du coût de l’énergie).

Par grand secteur d’activité, le groupe veut améliorer son chiffre d’affaires de 8 à 9% par an dans l’électronique (grande consommatrice de gaz), de 4 à 5% dans l’industriel marchand et de 4 à 5% dans la santé, en particulier grâce au développement de la santé à domicile (pour répondre à l’augmentation des maladies chroniques face à la nécessité de la maîtrise des coûts de santé). Il considère l’espace comme une nouvelle frontière : il évalue le marché accessible à 1,7 milliard de dollars d’ici à 2030, tant que les lanceurs que les satellites et l’exploration. Lors du plan Neos, la croissance moyenne du chiffre d’affaires a atteint 6,5%, mais 4,5% si l’on exclut l’acquisition d’Airgas, qui a accru le chiffre d’affaires du groupe d’un tiers environ, se défend Benoît Potier.

Pour atteindre ses objectifs de rentabilité, Air Liquide va jouer sur les leviers qu’il a déjà largement actionnés les années précédentes : les prix, notamment dans l’industriel marchand, les mesures d’efficacité portées à 1,6 milliard d’euros tout au long de la durée du plan ("dans les achats d’une part et l’efficacité industrielle d’autre part, notamment dans la consommation d’énergie et la logistique", explique le directeur financier Jérôme Pelletan) et une gestion de portefeuille pour densifier sa présence dans les activités prioritaires et céder les activités non essentielles ou générant une marge insuffisante.

Ces ambitions ont un coût : accorder la priorité aux investissements dans la phase cruciale de la transition énergétique signifie que les éventuels excédents de cash flow ne seront pas (ou peu) restitués aux actionnaires, qui devront se "contenter" d’un taux de distribution de 50 à 55%. Les investisseurs ont d’ailleurs été déçus de l’absence de plan de rachats d’actions : l’action Air Liquide s’inscrivait en légère baisse aujourd’hui.

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