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compétitivité; retard; transformation; indépendance; chaînes de valuer

Macro-économie / Taux / mobilité / électrique / UE / Chine / souveraineté

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La mobilité électrique européenne court après le temps / Le continent doit se transformer en un temps record

L’Europe ne manque pas d’ambition pour sa mobilité électrique et la dernière publication de l’Institut français des relations internationales s’en réjouit. Le think tank juge pour autant que le Vieux continent ne doit pas être naïf ; il s’agit d’un combat de longue haleine dans lequel la Chine a pris de l’avance et où il faut agir vite tout en ne négligeant aucun des multiples aspects du sujet.
L'Europe cherche à augmenter son contrôle des chaînes de valeur de la mobilité électrique. Attila Volgyi / XINHUA / Xinhua via AFP
L'Europe cherche à augmenter son contrôle des chaînes de valeur de la mobilité électrique. Attila Volgyi / XINHUA / Xinhua via AFP

"Un défi industriel existentiel ". Voilà comment l’Institut français des relations internationales (Ifri) qualifie l’effort que le Vieux continent doit produire pour être compétitif dans le secteur du véhicule électrique. De nombreuses pistes sont mises en avant par le think tank pour y parvenir, allant de l’approvisionnement en électricité, en passant par le développement de "la sobriété à tous les niveaux", à l’acquisition "d’une maîtrise intégrée de la chaîne de valeur" notamment via la formation de la main-d’œuvre.

 

Un temps de retard

 

Malheureusement si l’Europe doit en faire autant aujourd’hui, c’est en grande partie parce qu’elle se lance avec un retard important dans cette course à la mobilité électrique. Ses atouts actuels ne sont pas tous convertibles ; si " ses acteurs dominaient la chaîne de valeur du véhicule thermique, elle doit non seulement rattraper son retard technologique sur la Chine dans le véhicule électrique, développer les chaînes de valeur industrielles en Europe mais aussi composer avec le constat que de nombreux maillons clés, et souvent peu connus, de cette chaîne de valeur très complexe sont chinois ".

Le constat posé est sévère, arriver à "européaniser ces maillons (des chaînes de valeurs ndlr) est à la fois complexe, coûteux et, parfois, impossible à court et moyen termes ". L’Union européenne (UE) ne peut s’attendre à se mettre à niveau en un coup de baguette magique et quelques mois. Le volet technique n’est pas le seul qui doit être maîtrisé puisque parmi les priorités énoncées, on relève qu’il faut "compléter le cadre législatif par des outils de mise en œuvre représente un travail de fond de longue haleine, qui ne manque pas d’inquiéter des industriels du secteur".

Un talon d’Achille de l’industrie automobile électrique française et européenne est évoqué dans la publication ; il s’agit de l’amont de la chaîne de valeur des batteries. Sur lequel se fait sentir une "accélération de l’accroissement des besoins en matériaux, dans un contexte de forte concurrence d’usages, intervient après des années de sous-investissement minier et se heurte à l’incapacité de la production minière de s’ajuster si rapidement ", l’Europe semble payer son désintérêt pour la chose depuis des années et devra persévérer pour se mettre au niveau.

Cependant tout n’est pas à jeter dans les atouts de l’Europe, il faudra certes travailler " à développer les compétences et à former la main-d’œuvre" mais il est à noter qu’un véhicule électrique "requiert 40 % de main-d’œuvre en moins et s’assemble en un jour, contre trois pour un véhicule thermique", ce qui contribuera à limiter le désavantage induit par des chaînes logistiques et industrielles bien différentes de l’automobile traditionnelle.

 

Se battre avec ses armes

 

Loin de céder au pessimisme, le think tank appelle plutôt la France et le reste de l’UE à faire ce qui est possible et vite ; il est argué " tout doit être mis en œuvre pour relancer l’activité minière en Europe et en France ". En cas d’un objectif européen qui serait de " couvrir 10 % des besoins par la production intérieure en 2030 – ce qui semble peu réaliste à cet horizon – , de nombreux projets peuvent toutefois être rentables, en particulier en France, à condition que les coûts soient maîtrisés, et qu’il y ait de l’acceptabilité sociétale et une volonté politique forte".

La mainmise chinoise sur "la détermination des cours des métaux : indirectement via la taille de son marché et son poids économique, directement via son contrôle étendu sur la production mondiale de nombreuses matières premières, les subventions à l’achat de VE qui impactent la demande", n’en restera pas moins handicapant pour les ambitions du Vieux continent. Ce dernier doit faire face à "des produits chinois [qui] sont ultra-compétitifs et attractifs, et les acteurs européens sont confrontés à des risques, voire menaces, de nature économique et technologique car la Chine n’est pas une économie normale de marché".

Pour parvenir à suivre un tant soit peu le rythme effréné de l’Empire du Milieu, il est préconisé par le think tank de "rendre la coopération avec des acteurs européens plus attractive pour les pays détenteurs de ressources, tout en les incitant à améliorer leurs pratiques et cadres réglementaires". La difficulté supplémentaire pour l’Europe est caractérisée par ses hautes ambitions environnementales auxquelles l’ensemble de la planète n’adhère pas pour le moment. L’Hexagone et son outil nucléaire constitueraient un des rares atouts indéniables de l’Europe sur ce sujet : "la production d’aluminium bas-carbone, pour laquelle un pays avec un parc nucléaire comme la France est particulièrement bien positionné"

La question de l’énergie n’est pour le reste que peu à l’avantage de l’Europe, dans le cas où elle souhaite se " donner comme ambition de transformer sur son territoire au moins 40 % de sa consommation annuelle en matières premières stratégiques d’ici 2030 (ce qui semble peu réaliste dans les circonstances actuelles, mais agit comme un fort facteur d’impulsion), elle se confronte au désavantage structurel des prix d’énergie plus élevés que chez ses compétiteurs". Une des problématiques qu’on retrouve dans les leviers évoqués pour permettre la compétitivité européenne sur la mobilité électrique.

Il a aussi été question d’investissements et de sommes à débourser, et tout particulièrement de "mettre en place et calibrer le dispositif de soutien au déploiement de maillons de la chaîne de valeur de la mobilité électrique propre en France", avec un coût pour le budget qui pourrait être de l’ordre de 8 à 9 milliards d’euros chaque année. Rattraper son retard demandera bien du temps et de l’argent pour être souverain sur ces chaînes de valeurs.

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