Régulation / Concurrence / TF1 / m6 / Autorité de la concurrence / Fusions & Acquisitions / audiovisuel
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Fusion TF1-M6 : l’Autorité de la concurrence a fait le job
Faire émerger de grands groupes français sur la scène internationale oui, mais pas au détriment des entreprises et des consommateurs français. Après des mois d’instruction, un rapport de plus de 400 pages rendu en juillet par ses services d’instruction (avec à la clé un avis défavorable), et enfin deux jours d’audition les 5 et 6 septembre dernier, le collège de l’Autorité de la concurrence (composé de 12 membres dont certains venus du secteur privé tels qu’Eutelsat, Atos ou encore Tikehau Capital…) a donc dit non au projet de rapprochement entre les groupes TF1 et M6.
Et Benoît Cœuré, le président du régulateur anti-trust, a souhaité faire les choses bien. Alors que la décision définitive était attendue pour le 17 octobre prochain, il a prévenu les deux parties, vendredi matin, qu’elles n’avaient plus beaucoup d’illusion à se faire, à moins de vendre l’une de leurs deux chaînes phares, à savoir TF1 ou M6. Une proposition impensable pour les deux groupes qui ont fait savoir, le même jour après Bourse, qu’ils abandonnaient leur projet industriel. "Les parties déplorent que l’Autorité de la concurrence n’ait pas pris en compte l’ampleur et la vitesse des mutations du secteur de l’audiovisuel français. Elles restent convaincues que la fusion des groupes TF1 et M6 aurait été une réponse appropriée aux défis découlant de la concurrence accélérée avec les plateformes internationales", ont-ils expliqué dans un communiqué commun.
Une pression des plateformes pas suffisante
Or, n’en déplaisent aux groupes de médias, à l’heure où Netflix vient de lancer des offres à prix réduit (abonnement à moitié prix en échange de publicité) et où Amazon diffuse des évènements sportifs en directs, la question de l’évolution du marché a bien été prise compte par le régulateur. "Les usages audiovisuels continuent de connaître des mutations profondes depuis l’avis rendu par l’Autorité en 2019 (date à laquelle le gendarme avait prévenu de l’arrivée des plateformes numériques étrangères sur le marché français, ndrl), qui affectent le secteur de la publicité télévisée. Toutefois, l’évolution des usages constatées à l’issue de l’examen approfondi de la présente opération ne permet pas de considérer que la publicité télévisée et la publicité en ligne sont suffisamment substituables du point de vue des annonceurs. Dès lors, il n’apparaît pas justifié de les intégrer au sein d’un marché unique", a expliqué Benoît Cœuré.
Il faut dire que l’Autorité de la concurrence a passé des heures à auditionner tous les acteurs du secteur depuis qu’elle a été saisi du dossier en mars dernier, et parmi lesquels se trouvaient les annonceurs (l'Autorité en a interrogé plus de 1.000). Or, pour ces derniers, il fallait bien distinguer deux types de publicité, une télévisuelle s’adressant à une population de masse et une en ligne, plus ciblée sur le consommateur. Rappelons que le projet de fusion aurait conduit à un quasi-monopole du nouvel ensemble en termes de publicité télévisuelle permettant aux deux acteurs de capter jusqu’à 75% des parts de marché en France. "A l’issue de l’examen approfondi, l’Autorité relève que la télévision reste un média très puissant auprès de la population française dans son ensemble, mais aussi des personnes âgées de 25 à 49 ans, qui constituent la principale cible commerciale des annonceurs (…). Dans ce contexte, l’opération aurait pu engendrer des risques concurrentiels majeurs notamment sur les marchés de la publicité télévisuelle et de la distribution de services de télévision", a souligné l’Autorité de la concurrence pour motiver sa décision.
Risque de hausse des prix
Surtout, la publicité n’était pas le seul problème soulevé par le régulateur. "La puissance de marché des groupes TF1 et M6 réunis, (…) (aurait) fait naître un fort risque de hausse des prix des espaces de publicité vendus par les parties au détriment des annonceurs et des consommateurs", a expliqué Benoît Cœuré. De même, le nouvel ensemble aurait également disposé d’une force de frappe redoutable en termes de négociation vis-à-vis de la distribution, tels que les fournisseurs Télécoms d’accès à Internet, ce qui aurait entraîné un risque de hausse des prix. Une préoccupation d’autant plus majeure que Canal+ et TF1 sont déjà en guerre aujourd’hui alors que le premier a décidé de ne plus diffuser les chaînes du second tant que celui-ci ne reverrait pas ses tarifs. Même chose enfin concernant l’acquisition des droits des séries, de la fiction, des compétitions sportives qui auraient également posé problème, selon l’autorité administrative. "Notre analyse et nos délibérations ont porté uniquement sur des enjeux de concurrence", a précisé Benoît Cœuré.
D’ailleurs, faut-il le rappeler, l’Autorité de la concurrence ne dit pas toujours non aux projets de fusion industrielle. Elle a, par exemple, autorisé à titre dérogatoire en avril dernier celle entre But et Conforama afin de sauver ce dernier de la faillite, une première dans l’histoire du contrôle des concentrations. En 2016, elle avait également validé l’acquisition de Darty par la Fnac.
L’avenir de M6 en jeu
Pour l’heure, l’abandon du projet de fusion passe mal en Bourse. TF1 et M6 perdaient chacun respectivement 3,42% et 4,04 % ce lundi midi. Les maisons mères elles aussi cédaient du terrain. Bouygues a reculé de 2,05% alors que RTL Group a perdu 1,29%. Il faut dire que l’avenir de M6, par exemple, se pose. Son autorisation d’émettre prendra fin le 23 mai 2023, soit dans un timing très serré. D’ici là, RTL Group (qui détient 48,26% de M6) aura dû soit trouver un acquéreur (Altice, Iliad et Xavier Niel, Vivendi, Daniel Kretinsky via son groupe CMI, mais aussi CMA CGM pourraient faire rapidement des propositions), soit demander le renouvellement de l’autorisation auprès de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom, ex-CSA). Dans ce dernier cas, il ne pourra plus en revanche vendre sa chaîne pendant les cinq années suivantes.
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