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Macro-économie / Taux / Samy Chaar / Lombard Odier

Macro-économie / Taux
Samy Chaar / Lombard Odier

exclusif L'année 2023 vue par... Samy Chaar / Chef économiste de Lombard Odier

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Samy Chaar - DR
Samy Chaar - DR

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?

 

L’économie mondiale est sur le seuil d’une récession. Les tendances en matière d’investissements privés et les niveaux de confiance des consommateurs sont déprimés dans la plupart des régions. Aux Etats-Unis, la croissance de la demande était à peine positive au troisième trimestre après avoir ralenti pendant les six mois précédents. Les dépenses de consommation et les investissements des entreprises affichent une nette décélération. Les activités manufacturières et de services déclinent dans la zone euro et en Chine, selon les indices des directeurs d’achats. Nous anticipons un premier semestre 2023 difficile, avec des épisodes de récession dans les grandes économies, y compris les Etats-Unis et l’Europe, et une hausse du chômage. Mais un pivot de cycle s’ensuivra, lorsque les taux d’intérêt américains auront culminé, annonçant une reprise plus tard dans l’année.

Les incertitudes liées à la guerre en Ukraine perdureront et notre scenario de base anticipe toujours un enlisement des hostilités, avec un impact de plus en plus contenu sur les marchés de l’énergie, au fur et à mesure que l’Europe s’ajuste à ce nouveau paradigme.

 

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ?

 

Une récession semble inévitable dans la zone euro. L’arrêt de l’approvisionnement en gaz russe a provoqué une très forte hausse des prix du gaz et de l’électricité en Europe, suscitant des craintes de crise énergétique sévère cet hiver. En tant que gros importateur d’énergie, l’Europe a subi une nette perte de pouvoir d’achat réel qui affecte durement les consommateurs et les entreprises et pourrait conduire à un déficit de sa balance courante ces prochains trimestres, après plusieurs années d’excédents significatifs.

L’ampleur du choc ne doit pas être sous-estimée. Pour l’heure, les autorités ont annoncé des mesures représentant plusieurs points de pourcentage du PIB pour protéger les ménages et les entreprises. Mais surtout, elles sont intervenues pour garantir des réserves de gaz suffisantes et éviter le risque de coupures et rationnements importants, induisant une forte baisse des prix du gaz et de l’électricité. Collectivement, une constitution de stocks de gaz plus rapide que prévu, un automne clément, l’amélioration des infrastructures et un recul de la consommation ont nettement abaissé le risque d’un scénario extrême.

En revanche, l’hiver 2023/2024 pourrait également s’avérer difficile parce qu’il s’agira de reconstituer les stocks de gaz sans importations en provenance de Russie. Mais les efforts de diversification énergétique, le renforcement des infrastructures, par exemple pour le stockage du gaz naturel liquéfié, et les réductions de consommation améliorent les perspectives.

Sur le plan de la politique monétaire, la principale différence entre nos prévisions et le consensus concerne l’ampleur du resserrement monétaire de la part de la Banque centrale européenne (BCE). La demande est faible, il n’y a aucun signe de surchauffe sur le marché de l’emploi (la croissance des salaires est deux fois moins élevée qu’aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni) : tout cela suggère que les taux ne monteront pas aussi haut, malgré une inflation plus élevée qu’aux Etats-Unis, notamment pour les denrées alimentaires et l’énergie. Nous prévoyons un pic des taux directeurs entre 2.5% et 3.0% début 2023.

 

 

Le ralentissement économique chinois vous préoccupe-t-il ? 

 

La Chine a subi un net ralentissement de sa croissance en 2022 principalement en raison de sa politique "zéro Covid". La réouverture du pays va s’accélérer en 2023. Les mesures de relance monétaire et budgétaire soutiendront la croissance jusqu’à ce que l’activité se redresse au second semestre de 2023, et en 2024.

L’augmentation de l’immunité de la population chinoise par la vaccination, notamment des personnes âgées, est une priorité. À peine 68% de la population chinoise âgée de plus de 60 ans a été vaccinée avec trois doses de vaccins nationaux, moins efficaces que ceux développés en Occident (données à fin novembre). L’urgence se fait sentir à l'approche de la saison de la grippe. Même si les campagnes de rappel s'intensifient, les retards en matière de vaccination pèseront sur la croissance, les autorités et les consommateurs s'adaptant à des taux d’infection en hausse.

C’est pourquoi nos prévisions de croissance concernant le produit intérieur brut réel de la Chine restent prudentes. Le PIB devrait progresser de 2,5% en 2022, puis la croissance s'accélérer au second semestre de 2023 pour atteindre 4% sur l'ensemble de l'année. Du fait que le gouvernement commence à supprimer de nombreux protocoles de dépistage, de traçage et de confinement, on s'attend à un fléchissement initial de l'activité. De nombreuses économies voisines de la Chine ont vu la consommation privée se contracter dans les premiers temps de la réouverture, en raison du pic des contaminations. L'expérience de la Chine pourrait même s’avérer plus dramatique encore du fait que le niveau d'immunité de sa population est probablement plus bas. Mais dès que la réouverture sera effective, la croissance devrait s'accélérer.

 

 

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ? 

 

Les facteurs inflationnistes et conjoncturels varient selon les régions. Les premiers signes d’une atténuation des pressions inflationnistes aux Etats-Unis sont apparus au mois d’octobre. Les indicateurs de l’inflation globale se sont tassés plus que prévu. Nous anticipons une baisse des coûts du logement ces prochains mois, tandis que les tendances sur un marché du travail très tendu – facteur clé des perspectives de l’inflation – évoluent dans la bonne direction. Pour l’Europe, l’inflation reste tributaire de l’évolution des perspectives du marché de l’énergie. De ce point de vue, la reconstitution des stocks de gaz pour l’hiver 2023/2024 sera essentielle.

Globalement, le combat contre l’inflation est un travail de longue haleine. La normalisation des pressions sur les prix prendra du temps, notamment dans le secteur des services et en raison de la surchauffe de certains marchés de l’emploi. Aux Etats-Unis, nous tablons sur une atténuation progressive des pressions inflationnistes vers le niveau de 2.5-3% fin 2023.

 

 

Quelle influence auront les politiques monétaires des Banques centrales sur l’économie réelle et les marchés financiers en 2023 ?

 

La trajectoire des taux dépendra de la vigueur du marché de l’emploi américain, qui s’est avéré très résilient jusqu’à présent, avec un taux de chômage proche de son plancher historique et de très fortes pressions salariales. Mais on assiste à un ralentissement tant de la croissance des salaires que des créations d’emplois mensuelles. D’expérience, ces dernières devraient perdre encore plus de vigueur en 2023. Si le chômage s’approche du seuil des 5% pendant la récession à venir, la Fed pourrait, dans le cadre de son mandat, privilégier l’objectif de plein-emploi par rapport à celui de stabilité des prix. Un ralentissement des relèvements des taux ces prochains mois lui donnera plus de temps pour évaluer leur impact. Ce qui diminue sensiblement la probabilité de durcissement excessif de la politique de la Fed, principal risque qui pèse sur l’économie mondiale.

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