WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Banques / Lombard Odier / BCE / taux négatifs

Banques
Lombard Odier / BCE / taux négatifs

La détresse des petits prêteurs

Une première Banque française a annoncé taxer les dépôts de ses clients malgré les mesures prises par la BCE pour aider une reprise du secteur bancaire européen. À mauvais modèle, mauvais résultat ?
Lombard Odier
Lombard Odier

C'est tout de même un paradoxe. Lors de la crise des Subprimes, il a été reproché aux établissements bancaires de prêter sans être trop regardant sur les garanties proposées par leurs clients. Dans le pire des cas, le prêteur récupérait sa mise avec la vente de la maison, sans avoir songé à la baisse rapide et continue du prix de l'immobilier. Désormais, la Banque centrale européenne augmente les taxes sur les liquidités excédentaires des banques pour les inciter à prêter ces fonds aux ménages et aux entreprises, et ainsi doper l'activité dans la zone euro. Au risque de jeter les bases de la prochaine crise.

Après la crise, la croissance des prêts est devenue négative et est restée déprimée pendant de nombreuses années, non pas parce qu'un système financier défaillant n'avait pas les capitaux nécessaires pour accorder du crédit, mais parce que les ménages et les entreprises surendettés étaient déterminés à rembourser leurs dettes même si les taux d'intérêt étaient nuls.

Désormais, la BCE use de tous les stratagèmes pour relancer l'économie puisqu'il est clair que les gouvernements nationaux sont réticents à fournir une relance budgétaire coordonnée. Mais une telle décision porte atteinte à la rentabilité des établissements qui n'hésitent plus à faire tomber un vieux tabou, celui de taxer les dépôts en liquide de leurs clients. C'est ce que vient d'annoncer Lombard Odier pour tous les dépôts supérieurs à 1 million d'euros, sans préciser pour autant le montant des pénalités prévues. Cette décision suit de près celle de la filiale suisse d'UBS qui a annoncé au début du mois d'août un nouveau prélèvement de 0,6 % sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros. Et celle de Crédit Suisse, qui a déjà commencé à facturer un taux de 0,4 % sur les dépôts de ses clients supérieurs à 1 million d'euros. Comme Julius Baer ou encore Pictet. 

Pour atténuer le phénomène, la BCE a aménagé un système à deux niveaux de taxes dit "tiering". Les réserves excédentaires égalant jusqu'à six fois les réserves obligatoires ne seront plus taxées. En revanche, chaque euro déposé au-delà de ce seuil sera taxé à un taux de 0,5 %. Auparavant, toutes les réserves étaient taxées à un taux de 0,4 %. En résumé, les établissements bancaires sont désormais davantage taxés mais sur une partie de leurs réserves alors qu'ils étaient auparavant moins taxés mais sur l'ensemble de leurs liquidités placées. 

Ce système de paliers devrait cependant profiter aux banques les plus solides des pays du noyau dur de la zone euro, tels que l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, qui détiennent ensemble environ un tiers du total des dépôts de la BCE. L'institution privilégie encore les banques d'importance systémique dont les prises de risques excessives et autres abus ont entraîné la crise de 2008. Pourtant, les petites banques ont aussi leur importance si elles sont prises dans leur ensemble, car elles ont un impact fort sur le retour de la croissance et l'emploi. "Les banques centrales devraient s'intéresser avant tout aux flux de crédit, autrement dit restaurer et maintenir la capacité et la volonté des banques locales à prêter aux PME. Mais le choix d'un mauvais modèle empêche les banques centrales d'agir au mieux - et risque même d'aggraver la situation", conclut le prix Nobel Joseph E. Stiglitz.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article