Macro-économie / Taux / Budget / taux négatifs / Dette / Charge de la dette / Investissements
Macro-économie / Taux
Budget / taux négatifs / Dette / Charge de la dette / Investissements
Quels sont les effets des taux négatifs sur le budget de l’État ?
L’économie a entièrement changé de paradigme avec l’émergence d’emprunt à taux négatif. Là où la dette a toujours eu un coût pour son émetteur, elle en devient désormais rémunératrice. Si les États sont les premiers bénéficiaires de ce bouleversement observable seulement depuis quelques mois, devenir rentier de sa propre dette crée à la fois des effets d’aubaine mais peut également conduire à des comportements déraisonnables.
En France, les bons du Trésor à 10 ans ont connu une chute vertigineuse sur un an, passant ainsi de 0,8 % de rendement en août dernier à -0,38 % ce matin. Ce passage en terrain négatif va générer des économies budgétaires considérables pour le gouvernement. Selon le dernier rapport de la Cour des comptes traitant de ce question, les taux négatifs devraient rapporter 400 millions d’euros cette année à la France. Et si les taux venaient à se stabiliser à leur niveau actuel, les économies du coût de fonctionnement de l’État s’établiraient à 4 milliards d’euros l’an et jusqu’à 22 milliards d’ici 2022 selon le rapporteur général du Budget, Joël Giraud.
Les taux négatifs font progressivement disparaître le poids de l'endettement au sein du budget de l’État. Dès l’année prochaine, la France pourrait passer sous la barre des 30 milliards d’euros à payer au nom du service de sa dette. Une situation que n’a plus connue le pays depuis 1988 où le volume de la dette publique ne représentait que 34 % du PIB quand elle frôle actuellement les 100 % du PIB. Dans ce domaine c'est le Japon qui détient la palme d'or, puisqu'avec une dette publique s'élevant actuellement à 225 % du PIB, le pays a une charge d'intérêt annuelle inférieure à celle qui prévalait en 1976, alors que sa dette atteignait à peine 26 % du PIB.
L’État français a donc une double responsabilité dans un environnement d’argent gratuit. D’une part, le gouvernement doit saisir l’opportunité historique qui se présente en réalisant des investissements à forts rendements notamment dans les domaines des infrastructures, de l'éducation, et en innovation, pour ainsi libérer la capacité d'expansion de l’économie. Car financer des projets futurs, qui plus est gratuitement, c’est créer la croissance de demain et dans un contexte où les perspectives de long terme sont moroses se priver d'investir serait préjudiciable. L’État ne doit cependant pas devenir déraisonnable en s’endettant de trop, surtout s’il s’agit de financer des dépenses courantes - comme la France le fait si souvent - qui sont improductives et ne font que dégrader la solvabilité des administrations publiques.
Pour Bercy, l’endettement public doit rester le sujet de préoccupation numéro un puisque la croissance de la dette française n’est pas due à des investissements productifs qui rapporteront de futurs revenus à l’État mais à une dépense publique étouffante dont l’efficacité est plus que douteuse.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

