Macro-économie / Taux / France / Dette obligataire / Taux-dette souveraine / taux négatifs / dette publique
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France / Dette obligataire / Taux-dette souveraine / taux négatifs / dette publique
France : une émission de dette record
C’est le genre de record dont on aimerait bien se passer : la France a levé 10,139 milliards d'euros de dette à long terme sur la seule journée d’hier, un record historique. L’Agence France Trésor (AFT) n’a décidément tiré aucune leçon des effets néfastes d’un endettement excessif. Elle qui a pour mission de gérer la dette de l'État "au mieux des intérêts du contribuable" ne respecte pas son devoir. En France, même les institutions censées être responsables se laissent appâter par l’illusion des taux négatifs.
La France a bénéficié d’un taux de - 0,36 % sur son obligation de référence à dix ans pour lever 3,95 milliards d'euros. Elle a également profité pour la première fois de son histoire d’un taux négatif (- 0,03 %) sur des emprunts à 15 ans. L’AFT a levé plus de 1,5 milliard d’euros à échéance mai 2034. La réaction des marchés a été immédiate. Les investisseurs ont sanctionné le manque de discipline en se délestant d’une partie de leurs Bons du Trésor. Le taux de rendement à 10 ans a ainsi augmenté de près de 10 points de base à - 0,27 % et le 15 ans est immédiatement revenu en terrain positif à 0,06 %.
Les marchés ont été particulièrement lucides sur la question française. Ils n'ont pas sanctionné le volume de la dette mais plutôt son allocation. Si l’argent fraîchement levé est destiné au financement de projets à forte rentabilité, la dette n'est pas un problème puisque le retour sur investissement permet de rembourser les montants initialement empruntés. En revanche, si cette dernière est consacrée à financer des dépenses de fonctionnement, la dette contractée ne génère aucune croissance future et pèse sur la solvabilité du pays. Et la France est bien placée pour le savoir. Les administrations publiques tricolores ne financent que 15 % des investissements productifs totaux dans l'Hexagone, quand ce taux est de 20 % en moyenne dans l’ensemble des pays nordiques de la zone euro. Ce décalage n'a rien d'étonnant quand on sait que plus de 55 % des dépenses de l'État français sont destinées aux prestations sociales, un record mondial.
La dette publique n'est pourtant pas une fatalité. Il suffirait que Bercy s'inspire, par exemple, de nos voisins espagnols qui ont annoncé dans le même temps la réduction d'un tiers de leurs émissions nettes de dette pour 2019. Madrid s'est engagé à lever au maximum 20 milliards d'euros à moyen terme d'ici la fin de l'année, soit son plus bas niveau depuis la crise des subprimes. L'Espagne prouve une fois de plus que les efforts paient puisque depuis 2014, le pays réduit chaque année son ratio de dette sur PIB.
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